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« Nous allons être confrontés à une violence physique et politique sans précédent » : la Cour suprême force le retrait de Sami Abou Shehadeh, la démocratie Israélienne vacille

 

Sami Abou Shehadeh, chef du parti nationaliste arabe Balad, candidat sur la Joint List qui rassemble sa formation et la coalition Hadash incluant les communistes, a été poussé par la plus haute autorité judiciaire israélienne à se retirer de la course aux élections législatives du 27 octobre 2026. Un dangereux précédent.
Le 23 septembre, la Commission électorale centrale israélienne avait voté l’exclusion des partis et candidats de la Liste Unie incluant le Hadash, le Balad et Ta’al, ainsi que celle de la Liste arabe unifiée (Ra’am) de Mansour Abbas. La commission s’était également prononcée en faveur de la disqualification de deux candidats individuels : Sami Abou Shehadeh, le dirigeant du mouvement nationaliste arabe Balad, dont elle a rejeté la candidature à une écrasante majorité de… trente-et-une voix contre quatre, ainsi que celle du député communiste, élu sous les couleurs de la coalition Hadash, Ofer Cassif (exclu à dix-neuf voix contre cinq).
Le jugement de la Cour suprême concernant Sami Abou Shehadeh, qui entérine définitivement son exclusion, a été rendu le 1er octobre. Dans son style provocateur habituel, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, dont le parti d’extrême droite Otzma Yehudit est à l’origine du recours auprès de la Commission Centrale Électorale (CCE) visant à disqualifier Sami Abou Shehadeh, est arrivé au tribunal vêtu d’une toge d’avocat. « Sami Abu Shehadeh ne peut pas être membre de la Knesset. Un partisan du terrorisme a sa place en prison », a-t-il lancé, accusant le dirigeant du Balad d’avoir « soutenu » les attaques perpétrées par le Hamas le 7 octobre 2023.
Accusation reprise par la procureure générale, Gali Baharav-Miara, qui a soutenu la disqualification du candidat en raison d’un article qu’il a publié le lendemain du 7-Octobre et qui, selon elle, exprimait un soutien à la lutte armée contre Israël. Le président de la CCE et juge à la Cour suprême, Noam Sohlberg, ainsi que les partis de l’opposition sioniste (dont les « démocrates », représentés par le candidat modéré Yair Golan), ont eux aussi appuyé cette exclusion.

Racisme et rhétorique génocidaire
Dans l’article incriminé, cependant, nulle mention d’un soutien effectif à des crimes, mais un rappel que les injustices commises envers les Palestiniens et la dépossession de leur terre depuis 1948 ont engendré un sentiment de revanche qui a lui-même conduit à la violence. Pendant ce temps, rappelle le média indépendant israélo-palestinien + 972, le racisme et la rhétorique génocidaire décomplexés de l’extrême droite israélienne se déversent quotidiennement dans tous les médias du pays sans engendrer la moindre réaction de la Justice.
Mais de manière inhabituelle, le président de la Cour suprême israélienne a offert au candidat arabe un choix : retirer sa candidature avant que la décision ne soit prononcée ou bien la maintenir et prendre le risque de créer un précédent pouvant se répercuter sur d’autres listes à l’occasion d’autres échéances électorales.
Face à ce dilemme, le comité central et le bureau politique du Balad ont tenu une réunion conjointe afin d’examiner les derniers développements dans l’affaire de l’inéligibilité du chef du parti, Sami Abu Shehadeh. La réunion a donné lieu à des débats houleux, mais après une longue nuit de délibérations, le Balad a finalement décidé de retirer cette candidature.
« S’il avait insisté, les juges auraient rendu un verdict potentiellement très sévère, créant un précédent. Cela aurait été une nouvelle frontière posée par la Cour suprême à la liberté d’expression », analyse Aida Touma-Suleiman, membre du Hadash et députée à la Knesset elle-même exclue deux mois de l’Hémicycle pour sa critique des crimes commis par l’armée israélienne à Gaza.

Tournant liberticide
Pour la députée palestinienne à la Knesset, l’enjeu est de savoir comment se positionner dans l’arène politique vis-à-vis des institutions israéliennes. « Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, dans un nouveau système qui discrimine ceux qui combattent l’occupation et défendent dans ce pays la démocratie et l’égalité citoyenne », s’alarme-t-elle.
Dans un pays où les Palestiniens de citoyenneté israélienne représentent près de 20 % de la population, cette menace d’invalidation visant à effacer de la scène parlementaire la représentation arabe et la gauche, constate-t-elle, survient alors que la droite et l’extrême droite peuvent laisser libre cours à leurs outrances et à l’apologie de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
« Si ce gouvernement fasciste se maintient ou se renforce, nous ferons face à des plans et des situations horribles. Nous avons en mémoire le plan promu par le ministre des finances, Bezalel Smotrich : soit nous nous soumettons et acceptons que nous ne serons jamais les égaux des juifs, soit nous prenons des coups en tentant de changer le rapport de force, résume Aida Touma-Suleiman. Smotrich promeut la judaïsation des territoires occupés, mais aussi du Néguev et de la Galilée (régions encore majoritairement arabes en Israël, NDLR). Leur objectif est d’accélérer la destruction de nos maisons. Nous allons être confrontés à une violence physique et politique sans précédent. C’est pour cela qu’il est impératif d’élargir autant que possible notre coalition à l’avenir, et pas uniquement avec des partis de gauche. ».

Sylvain Mercadier
L'Humanité du 02 octobre 26

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