Depuis le palais de l’Élysée, Emmanuel Macron et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, se sont retrouvés, ce lundi, pour évoquer la situation au Moyen-Orient et acté lors d’un forum économique de nouveaux partenariats. De nombreuses ONG ont condamné cette visite.
La lune de miel se poursuit entre Paris et Riyad. Après le Grand-Palais, dimanche, c’est à l’Élysée, que se retrouvent Emmanuel Macron et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS), ce lundi. Au menu, la première réunion du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien, créé lors de la visite du président français en Arabie saoudite fin 2024.
Iran, Liban, Gaza, Syrie, Ormuz… la situation au Moyen Orient devrait dominer les échanges. Sur un certain nombre de dossiers, un rapprochement diplomatique entre les deux pays s’est accéléré. En juillet 2025, Paris et Riyad ont par exemple organisé la tenue d’une conférence internationale sur la Palestine, aux Nations Unies. L’une des priorités des discussions, ce 24 août, porte sur la guerre lancée par les États-Unis à l’encontre de l’Iran, le 28 février, et ses conséquences régionales. Riyad est intervenu auprès de Washington afin d’éviter une nouvelle escalade militaire et soutenu la stratégie de nouvelles sanctions.
Pétrole, armements, Exposition universelle au menu
Emmanuel Macron avait refusé de participer à la coalition de Donald Trump pour sécuriser et rouvrir le détroit d’Ormuz. Le président français avait également critiqué le manque de partage d’information sur la stratégie américaine. Face aux difficultés énergétiques et économiques que provoque ce conflit, les deux administrations vont aborder la diversification des routes d’approvisionnement.
L’Arabie saoudite demeure un des principaux producteurs mondiaux de pétrole et de gaz. Le royaume, qui cherche à renforcer son autonomie stratégique, pourrait être intéressé par l’achat de nouveaux armements. Riyad pourrait acheter une cinquantaine d’avions de combat Rafale et s’intéresse à des radars anti-missiles de la société Thalès, avec les tirs de missiles et drones iraniens, depuis fin février. Dans cette volonté de s’émanciper de Washington, l’Arabie saoudite a récemment signé un accord sécuritaire avec la Turquie et le Pakistan.
L’autre enjeu porte sur la coopération économique bilatérale. Un forum a réuni lundi plusieurs dirigeants d’entreprises françaises et responsables saoudiens de divers secteurs : énergie, tourisme, culture, intelligence artificielle, jeu vidéo, transports ou santé. Deux projets doivent être abordés : l’Exposition universelle en 2030 et rachat du parc d’attractions Mirapolis, fermé depuis des années.
De nombreuses ONG ont dénoncé la normalisation des relations avec l’Arabie saoudite et MBS. L’ensemble des syndicats français des journalistes ont condamné cette visite officielle qui « sonne comme une provocation pour les défenseurs de la liberté de la presse et de la liberté d’expression ». Ils rappellent « la responsabilité directe de Mohammed ben Salmane dans la capture, les actes de torture et l’assassinat particulièrement abject du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 2 octobre 2018 au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul ». Alors que son assassinat est toujours en cours d’instruction, « la nouvelle venue de MBS en France est choquante, s’indigne Nathalie Godard, Directrice de l’Action à Amnesty International France. Le business ne doit pas éclipser les droits humains. Nous attendons notamment d’Emmanuel Macron qu’il s’exprime sur la situation des activistes des droits des femmes toujours emprisonnées, comme Manahel Al Otaibi, torturée et condamnée pour de simples messages sur les réseaux sociaux ».
Amnesty alerte aussi sur le sort du ressortissant franco-égyptien Amr Abdelfattah détenu en Arabie saoudite depuis juin 2024, en raison d’un visa invalide. Son avocat en France vient d’apprendre sa condamnation, en août, à « des années » de prison, sans plus de précisions sur la peine spécifique ni les motifs de cette condamnation. L’ONG dénonce le refus « de consulter pleinement un avocat » et d’avoir été « soumis à des séquences répétées de torture et de mauvais traitements ».
Vadim Kamenka
L'Humanité du 24 août 26

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire