« La France et le Royaume-Uni doivent agir ensemble pour faire respecter le droit international en Palestine » : l’appel d’anciens ambassadeurs français et britanniques

 

Devant la politique d’occupation et de destruction menée par Israël, une centaine d’anciens représentants diplomatiques de la France et du Royaume-Uni, deux nations qui ont joué un rôle historique dans le façonnement du Moyen-Orient, expliquent, dans une tribune au « Monde », pourquoi ils appellent leurs gouvernements à agir à travers une série de sanctions visant à préserver l’Etat de droit.

Le Royaume-Uni et la France partagent des valeurs et une vision du monde. Membres permanents du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), engagés à faire respecter le droit international, nos deux pays estiment que les responsables de crimes de guerre et contre l’humanité doivent rendre des comptes. C’est seulement ainsi que nos gouvernements pourront réfuter l’accusation du deux poids-deux mesures. C’est pourquoi ils doivent agir ensemble pour faire respecter le droit international en Palestine.
Nos pays ont joué un rôle décisif dans le façonnement du Moyen-Orient. Ils doivent faire cause commune face au déni d’égalité des droits entre Israéliens et Palestiniens. La paix naît de l’égalité.
En 2025, la France et le Royaume-Uni ont enfin reconnu l’Etat de Palestine. Ce geste tant attendu appelle maintenant une action urgente pour concrétiser le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, alors que le gouvernement israélien cherche à détruire toute perspective d’un Etat palestinien indépendant, affichant son mépris du droit, des décisions de la Cour internationale de justice et d’innombrables résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.
Nos gouvernements sont attachés à la sécurité d’Israël tout comme ils sont révoltés par les souffrances du peuple palestinien sous occupation. Le Hamas a commis des crimes odieux le 7 octobre 2023, mais rien ne justifie la politique systématique de destruction de Gaza et de sa population. L’assertion de Benyamin Nétanyahou selon laquelle Israël doit vivre par l’épée est moralement erronée et contre-productive. Elle ne laisse aucune place à la négociation et met en péril sa sécurité. Dès lors, le monde ne voit plus Israël comme une véritable démocratie : il n’y a rien de démocratique à priver autrui de ses droits et de sa terre.
A Gaza, 2 millions de Palestiniens sont parqués sur 30 % d’un territoire dévasté, affamés, privés de médicaments et de logement. Plus de 1 200 Palestiniens ont été tués depuis le prétendu cessez-le-feu d’octobre 2025. A Jérusalem-Est et ailleurs en Cisjordanie, les destructions de maisons et la violence généralisée des colons – avec la connivence de l’armée et de la police israéliennes – relèvent d’un nettoyage ethnique. La Palestine s’efface sous nos yeux.
Cette politique d’occupation et de destruction s’étend au Liban, où de nombreux villages ont été rasés, et à la Syrie. Elle est une tache sur la conscience de l’humanité et commande que le Royaume-Uni et la France agissent.

Alternative à la violence
Les Palestiniens doivent veiller à ce que l’Etat reconnu par plus des deux tiers des pays soit démocratique et respecte la loi, malgré l’occupation. Gaza et la Cisjordanie doivent être réunifiées politiquement, administrativement et économiquement. Les élections prévues pour novembre doivent être libres et équitables et permettre un renouveau démocratique avec une direction palestinienne représentative et fonctionnelle.
Nos deux gouvernements peuvent faire beaucoup pour aider la Palestine à devenir un Etat démocratique pleinement fonctionnel, et notre priorité doit être de répondre à l’action systématique d’Israël qui va à l’encontre de cet objectif.
Nous formulons les recommandations d’action commune suivantes : faire respecter les décisions de la Cour internationale de justice et de la Cour pénale internationale ; suspendre l’accord d’association Union européenne-Israël et l’accord commercial et de partenariat Royaume-Uni-Israël pour violation des dispositions relatives aux droits humains ; suspendre les transferts d’armes vers et depuis Israël et toute coopération militaire bilatérale ; exiger un accès inconditionnel à l’aide pour Gaza, sous l’égide de l’UNRWA [l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens], des autres agences de l’ONU et des organisations non gouvernementales internationales, ainsi qu’aux journalistes, diplomates et parlementaires ; interdire tout commerce avec les colonies : biens, investissements, assurances et autres services financiers ; avertir les soumissionnaires potentiels pour tout financement et/ou construction de colonie, en particulier dans la zone dite « E1 »[à l’est de Jérusalem, dans les territoires occupés], qui est une ligne rouge, que leurs intérêts dans nos pays en subiront les conséquences ; faire de l’achat par nos citoyens de biens immobiliers sur des terres palestiniennes volées une infraction et retirer le statut caritatif aux « organisations caritatives » finançant les colonies.
Ces mesures, accompagnées de sanctions en cas d’infraction, visent à préserver l’Etat de droit et à montrer qu’il existe une alternative à la violence : la mise en œuvre, avec des garanties internationales, de l’égalité des droits, l’autodétermination, la justice et la sécurité pour les Palestiniens comme pour les Israéliens.
Quels que soient les résultats des élections cet automne en Israël et en Palestine, l’asymétrie de puissance entre eux nous impose de faire respecter le droit international. Ensemble, la France et le Royaume-Uni doivent entraîner les pays partageant les mêmes idées en Europe, au Moyen-Orient, dans le Sud global, au sein de la francophonie et du Commonwealth. Ces propositions reflètent notre attachement partagé au droit international et à l’égalité des droits. Il y va de notre intérêt : là où il n’y a pas de loi, personne n’est en sécurité.

Tribune - Collectif
Le Monde du 22 août 26

Premiers signataires : Charles-Henri d’Aragon, ancien ambassadeur en Arabie saoudite ; Bruno Aubert, ancien ambassadeur en Irak ; Yves Aubin de la Messuzière, ancien ambassadeur et directeur d’Afrique du Nord et du Moyen Orient ; Bernard Bajolet, ancien ambassadeur en Jordanie ; Frédéric Desagneaux, ancien consul général à Jérusalem ; Sir Vincent Fean, ancien consul général à Jérusalem ; Ann Grant, ancienne haute-commissaire en Afrique du Sud ; Sir Jeremy Greenstock, ancien ambassadeur auprès des Nations unies ; Patrice Paoli, ancien ambassadeur et directeur d’Afrique du Nord et du Moyen Orient ; Sir William Patey, ancien ambassadeur en Afghanistan.

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