Donald Trump a fini par trouver son issue de secours. Du moins temporairement. Et il a beau exulter, le président milliardaire ne fait pas illusion. Le protocole d’accord entre Téhéran et Washington, signé dans la nuit de dimanche à lundi, n’est pas une déclaration de paix.
Seulement une étape dans la résolution d’un conflit que la Maison-Blanche a elle-même déclenché, embarquée dans les aventures guerrières de son allié israélien, trop sûre de sa puissance. Combien de milliers de morts, en Iran, au Liban, pour parvenir, au prix du blocage d’une partie de l’économie mondiale et d’une crise pétrolière d’ampleur, à un équilibre régional qui renforce Téhéran sans contenir Tel-Aviv ? Retour antebellum. En pire.
L’extrême droite au pouvoir en Israël, d’ailleurs, n’a pas fait mystère de sa réprobation. Qu’importe si Téhéran fait de l’arrêt des bombardements au Liban une condition sine qua non de l’arrêt des hostilités, le gouvernement de Benyamin Netanyahou affirme sans ciller que cet accord ne l’engage pas. Tel-Aviv entend conserver ses positions – et perpétuer ses opérations militaires meurtrières – au Liban, en Syrie et à Gaza. Et l’infâme Bezalel Smotrich de promettre à l’Iran de « poursuivre la campagne pour la chute du régime nous-mêmes et par des moyens créatifs ». La paix selon Trump.
Prévu à signature officielle vendredi à Genève, l’accord demeure partiel, son contenu peu détaillé et, selon les sources, contradictoire. Conditions de transit dans le détroit d’Ormuz, nucléaire iranien, dégel des avoirs… Tout reste à négocier et tout peut rallumer la mèche. Les fanfaronnades de Donald Trump, qui ne manquera pas de s’afficher en faiseur de paix au sommet du G7, n’y changent rien. Il sort affaibli de cette séquence catastrophique, y compris sur le plan intérieur. Et il le sait. Ses démonstrations égocentriques pour sauver la face et ce qu’il reste de son mandat ne sauront faire oublier que le chaos au Moyen-Orient n’a qu’une raison d’être : l’impérialisme états-unien, décuplé par l’hubris d’un homme et la folie criminelle de son indéfectible allié.
Marion d'Allard
L'Humanité du 15 juin 2026

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