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| « Merci à l'Iran », peut on lire sur ce mur,
dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, après l'annonce de l'accord
entre les Etats-Unis et l'Iran, le 15 juin 2026. © REUTERS/Mohamed Azakir |
Politologue libanais, Rafi Madayan est l’un des animateurs du Rassemblement des indépendants pour le Liban, un groupement qui réunit des intellectuels, des militants, des syndicalistes chrétiens opposés à toute normalisation avec Tel-Aviv et à la politique états-unienne dans la région. Il montre comment Israël entend maintenir ses positions au Liban du sud malgré l’accord passé entre les États-Unis et l’Iran.
Comment jugez-vous l’accord annoncé entre l’Iran et les États-Unis ?
De mon point de vue, il s’agit plutôt d’un memorandum of understanding (un protocole d’entente), dont le contenu est une trêve. Mais ce n’est pas la fin de la guerre. Cette confrontation multifacette va continuer pendant les soixante jours à venir.
Cela étant dit, c’est une victoire politique pour Téhéran. Washington reconnaît la position centrale de l’Iran sur l’échiquier en tant que pouvoir mondial et non pas seulement régional, comme le souligne justement le politologue américain Robert Pape. Les États-Unis ne parlent plus du programme nucléaire, des missiles balistiques, ni des proxys, c’est-à-dire de l’aide aux mouvements de résistance dans la région. C’est une victoire politique pour l’Iran aussi parce que le cessez-le-feu, ou la trêve, doit s’appliquer au Liban.
Dimanche, Netanyahou a essayé de torpiller cet accord en bombardant de nouveau la banlieue sud de Beyrouth. Le Hezbollah a répondu par des tirs de missiles vers Israël. Les Iraniens devaient également répliquer comme ils l’ont fait la semaine dernière mais, du fait de l’intervention de Trump, ils s’en sont abstenus.
Netanyahou et son gouvernement sont embarrassés. Ils essayent de contourner cet accord via une pression militaire sur le Liban et peut-être à travers les négociations libano-israéliennes prévues le 22 juin, à Washington. C’est donc une victoire politique pour l’Iran, mais ce n’est pas fini.
Quelle est la prochaine étape ?
Les négociations vont continuer, avec des pressions qui vont s’exercer de part et d’autre. L’Iran veut obtenir le dégel de ses fonds bloqués au Qatar et ailleurs. Téhéran va recevoir immédiatement 25 milliards de dollars. Les Américains devraient lever l’embargo maritime sur les ports iraniens et permettre à l’Iran de vendre son pétrole et le gaz transitant par le détroit d’Ormuz. En contrepartie, les Iraniens devraient aussi lever le blocus d’Ormuz et négocier la gestion du détroit avec Oman. Encore une fois, tout cela reste à négocier.
Après les soixante jours, les deux parties vont commencer à négocier sur le nucléaire. Il est clair que les Iraniens ne veulent pas d’une armée nucléaire mais ils ne vont pas céder leurs 440 kg d’uranium enrichi à 60 %. Et il n’est pas question pour eux de renoncer au droit d’enrichir l’uranium.
Ils vont enrichir ce qui est nécessaire pour les isotopes, c’est-à-dire le nucléaire utilisé dans la médecine nucléaire et un enrichissement de 3,67 % pour la production d’électricité sur le sol iranien. Ils sont d’accord pour le retour des observateurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur les sites nucléaires qu’ils ne fermeront pas. Concernant ce volet nucléaire, je pense que les Russes et les Chinois seront les garants et donc les partenaires de cet accord avec les Iraniens.
Qu’est-ce qui permet de penser que tout va se dérouler comme prévu, alors qu’Israël s’oppose à cet accord, auquel il ne se sent pas lié ?
Les Iraniens demandent des garanties du Congrès américain mais aussi du Conseil de sécurité de l’ONU. Ils veulent être sûrs que les Israéliens ne vont pas les attaquer. Tout ça reste à négocier. L’Iran ne demande pas seulement le cessez-le-feu et la fin de la guerre au Liban : il exige le retrait des forces d’occupation militaire israéliennes du sud du Liban. Ce qui veut dire que, concernant le Liban aussi, la guerre n’est pas finie.
D’ailleurs, le cessez-le-feu ne signifie pas que le Hezbollah ne continuera pas d’attaquer les forces d’occupation israéliennes tant que celles-ci seront stationnées en territoire libanais. Pour l’organisation chiite, il n’est pas question d’arrêter la résistance.
Elle refuse un cessez-le-feu unilatéral. Et ce d’autant plus que le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que son pays était opposé au retrait de son armée du Liban en deçà de la ligne jaune qu’il a tracé – comme à Gaza – pour créer une zone profonde de 8 à 10 km appelée zone tampon ou zone de sécurité. Il est hors de question pour le Hezbollah et tous ceux qui résistent de céder aux Israéliens et d’accepter l’occupation du sud du Liban comme un fait accompli.
Pierre Barbancey
L'Humanité du 15 juin 26

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