À Nabatieh, (sud Liban), le jour n’était pas un jour ordinaire.
Le ciel semblait s’être abaissé pour écouter la plainte de la terre. Une fillette de douze ans s’accrochait encore à la vie d’une petite main, tandis que de l’autre elle tenait celle de son père, avant que l’armée israélienne ne décide de transformer la route en abattoir.
Trois missiles.
Il aura fallu trois missiles à une armée équipée des machines de guerre les plus sophistiquées pour traquer un père et sa fille sur une simple moto.
Le premier missile ne s’est pas contenté de semer la terreur.
Il n’était que le prélude du massacre.
Le père a bondi de la moto, avec cette panique sacrée que seuls connaissent les pères lorsqu’ils sentent la mort approcher leurs enfants. Il ne pensait pas à lui-même, mais à elle. Il voulait attirer le feu sur son propre corps, éloigner sa fille du cercle de la mort, devenir son dernier rempart dans ce monde devenu sauvage.
Mais le drone israélien voyait tout.
Il observait sa peur, son hésitation, sa course désespérée, le souffle brisé de l’enfant courant derrière la vie.
Puis il a tiré un deuxième missile.
Le père est tombé en martyr.
Il est tombé comme si la terre s’était dérobée sous ses pieds, comme si le cœur du monde s’était arrêté un instant avant de reprendre sa cruauté avec indifférence.
Et la fillette…
elle a couru.
Mon Dieu, comment une enfant court-elle pour échapper à la mort ?
Comment fuit-on un ciel qui vous poursuit ?
Comment un si petit cœur peut-il comprendre qu’il doit courir loin du corps déchiré de son père ?
Elle a couru sur une centaine de mètres, avec sa robe d’enfant, sa peur encore neuve, ses larmes qui n’avaient même pas eu le temps de tomber.
Elle croyait peut-être que la distance pouvait sauver une vie.
Que le monde, malgré tout, ne pouvait pas sombrer à ce point dans l’abjection.
Mais l’armée israélienne ne lui a laissé aucune chance d’achever son enfance.
Le drone l’a poursuivie avec un troisième missile.
Un troisième.
Ce n’était pas une erreur.
Ce n’était pas un « dommage collatéral ».
Ce n’était pas une balle perdue dans le chaos de la guerre.
C’était une volonté froide, méthodique, assumée : tuer une enfant qui fuyait, terrorisée, loin du cadavre de son père.
Quelle armée voit une enfant courir… puis appuie sur la gâchette ?
Quelle doctrine exige un troisième missile pour s’assurer qu’un petit cœur cesse définitivement de battre ?
Le père est mort le premier.
Puis sa fille l’a rejoint quelques heures plus tard, comme si elle n’avait pas supporté de continuer seule dans un monde où l’on assassine les enfants avec une telle sauvagerie.
Et quelque part, une moto abandonnée au bord de la route restera le témoin silencieux d’une époque où l’armée israélienne pourchasse des pères et leurs filles avec des missiles, et a besoin de trois frappes pour rassasier sa soif de sang.
Tannous Chalhoub
Le 10 mai 2026
(Extrait des chroniques de la guerre israélienne contre le Liban)

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