Une enquête journalistique s’appuyant sur des conversations divulguées révèle un plan visant à renforcer les intérêts israéliens et états-uniens en Amérique centrale.
L’affaire a tout du roman d’espionnage, mais elle surprend à peine dans une région vis-à-vis de laquelle Washington assume avec un cynisme tranquille ses ambitions néocolonialistes. Jeudi dernier, le site d’information Canal Red (1) publiait une première série de révélations en s’appuyant sur des enregistrements provenant de messageries WhatsApp, Signal et Telegram, rendus publics par un portail anonyme baptisé Hondurasgate.
Les documents audio – près d’une quarantaine – semblent dévoiler « comment (Donald) Trump, (Benyamin) Netanyahou et l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernandez (JOH, 2014-2022) coordonnent une opération visant à (permettre à ce dernier de) récupérer le pouvoir au Honduras », analyse Euronews. En contrepartie, les promesses de développer zones franches et législation favorables aux multinationales états-uniennes et israéliennes, de signer des accords bilatéraux de libre-échange, et même de construire une nouvelle base militaire yankee au Honduras.
« Faire disparaître » des personnes
Réalisées entre janvier et avril derniers, les conversations rendues publiques sont attribuées à diverses personnalités politiques honduriennes de premier plan. Parmi celles-ci, le haut gradé Romeo Vasquez, complice du coup d’État orchestré en 2009 par les États-Unis contre le président progressiste Manuel Zelaya, et qui offre les services d’« un groupe », au sein des forces armées, pour commencer la « chasse » et « faire disparaître » des personnes que l’on devine opposées au pouvoir en place et recensées dans une « liste ».
L’actuel président du pays centraméricain, Nasry Asfura, arrivé au pouvoir fin janvier après un coup d’État électoral ouvertement soutenu par Trump, suivi d’un voyage à Mar-a-Lago et en Israël pour y rencontrer Netanyahou, se voit de son côté solliciter 150 000 dollars pour financer un « bureau » basé aux États-Unis ayant pour mission de mener des campagnes médiatiques contre la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum et son homologue colombien Gustavo Petro.
Quant à JOH, dont la voix ressort dans 18 enregistrements, il apparaît comme l’homme de paille de Washington, et prêt à tout pour mieux servir son bienfaiteur. Condamné en 2024 par la justice états-unienne à 45 ans de prison pour avoir fait expédier 400 tonnes de cocaïne vers les États-Unis, il avait été remis en liberté en décembre dernier, après avoir été gracié par le président Trump.
Luis Reygada
L'Humanité du 04 mai 26
(1) Très suivi en Amérique latine, ce média est dirigé par Pablo Iglesias, ancien dirigeant du parti espagnol Podemos.

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