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| Cette photo prise le 14 avril 2026 montre un bâtiment détruit lors des frappes américaines et israéliennes à Téhéran, en Iran.@ Shadati/Xinhua/ABACAPRESS.COM |
« J’ai tout le temps du monde, mais ce n’est pas le cas de l’Iran ». Sur son réseau Truth Social, le président des États-Unis a assuré ce jeudi ne pas être pressé de mettre un terme aux hostilités au Moyen-Orient, où le cessez-le-feu en vigueur depuis deux semaines entre Téhéran et Washington ne semble tenir qu’à un fil.
Dans la soirée d’hier, des médias iraniens ont rapporté des explosions dans la capitale iranienne, pour la première fois depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril, qui devait prendre fin mercredi mais a été prolongé de manière unilatérale par la Maison Blanche.
Mais l’indolence affichée par Donald Trump pourrait s’expliquer d’un point de vue logistique : un article publié par le New York Times signale que le conflit aurait considérablement réduit une grande partie des stocks de munitions (et notamment des missiles de croisière Tomahawk, des missiles intercepteurs Patriot et des missiles terrestres de précision et ATACMS) de l’armée états-unienne, contrainte d’acheminer d’urgence au Moyen-Orient du matériel depuis ses commandements en Asie et en Europe.
En parallèle, le Pentagone a indiqué que le porte-avions George Bush « navigue dans l’océan Indien, dans la zone de responsabilité du commandement américain pour le Moyen-Orient », portant à trois le nombre de ses puissants bâtiments déployés dans la région. Et si le républicain a durement balayé l’idée d’utiliser l’arme nucléaire contre l’Iran, pendant un échange avec la presse dans le Bureau ovale, ce jeudi, le gouvernement de Benyamin Netanyahou quant à lui, semble plus que jamais déterminé à en découdre.
Israël : plonger l’Iran « dans l’âge des ténèbres »
« Nous attendons le feu vert des États-Unis, avant tout pour achever l’élimination de la dynastie Khamenei et replonger l’Iran dans l’âge des ténèbres et l’âge de pierre en détruisant des installations énergétiques et électriques clés et en démantelant son infrastructure économique nationale », a déclaré sans aucune gêne son ministre de la Défense. Dans un message vidéo diffusé jeudi, Israël Katz a averti que toute attaque future serait nettement plus destructrice, « différente et meurtrière, et elle portera des (nouveaux) coups dévastateurs aux endroits les plus sensibles (…) qui ébranleront (l’Iran) et feront s’effondrer ses fondations ».
Les menaces de Katz visent directement Mojtaba Khamenei, nommé guide suprême pour succéder à son père Ali Khamenei tué le 28 mars. Grièvement blessé lors de cette attaque, Mojtaba Khamenei n’a depuis pas été vu en public, et n’a communiqué qu’à travers des déclarations écrites. Il aurait subi trois plusieurs interventions chirurgicales à une jambe, à une main, et son visage et ses lèvres auraient été gravement brûlés ; il serait toutefois « vif d’esprit et actif », selon des informations rapportées de jeudi par le New York Times, qui cite plusieurs responsables iraniens sous couvert d’anonymat.
Une mission multinationale pour sécuriser le détroit d’Ormuz ?
Vivant dans un lieu tenu secret, le leader iranien aurait « pour l’instant » délégué le pouvoir décisionnel à des généraux des Gardiens de la Révolution. Ceux-ci seraient actuellement chargés de la stratégie militaire d’un conflit aux répercussions mondiales, notamment économiques, avec l’avenir en suspens du détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique soumise à un double blocus américain et iranien.
Les deux belligérants y ont multiplié les saisies et inspections de navires, alors que sa paralysie ébranle chaque jour davantage l’économie mondiale : les cours du pétrole ont bondi de plus de 5 % jeudi.
Jeudi, les ministres de la Défense britannique John Healey et française Catherine Vautrin ont appelé les responsables militaires de plus de 44 pays de tous les continents réunis à Londres à aboutir à un plan conjoint pour sécuriser le détroit. L’objectif est de mettre sur pied « une mission multinationale à vocation défensive qui renforcera la confiance de la marine marchande et, si nécessaire, permettra de déminer (le détroit) et de protéger les navires lorsque les hostilités auront pris fin », a précisé John Healey.
Bombardements d’infrastructures civiles : l’Iran dénonce des « actes de terrorisme d’État et des crimes de guerre »
Déclenché le 28 février par une offensive israélo-américaine contre Téhéran, la guerre a fait des milliers de morts, essentiellement au Liban et en Iran, où les autorités ont notamment dénoncé les bombardements visant les infrastructures civiles, des attaques prohibées par le droit international. Dans une lettre datée du 22 avril et adressée le 22 avril au numéro un de l’ONU, Antonio Guterres, et au président du Conseil de sécurité de l’ONU, Jamal Fares Alrowaiei, le représentant de l’Iran Saeed Iravani a dénoncé une récente série de bombardements visant des installations « exclusivement dédiées à des fonctions scientifiques et de service public (de communication) », qualifiés d’« actes de terrorisme d’État et des crimes de guerre » qui révéleraient selon le diplomate de « la véritable intention criminelle des agresseurs ».
Ces dernières semaines, les tractations diplomatiques se sont multipliées pour mettre fin au conflit, mais les négociations entre États-uniens et Iraniens, qui étaient censées reprendre en début de semaine à Islamabad après une première session le 11 avril, sont toujours en suspens.
« Il n’y aura d’accord que lorsque ce sera pertinent et bon pour les États-Unis, nos alliés et, en réalité, le reste du monde », a assuré Donald Trump. Deux jours après que le président nord-américain eut évoqué des « divisions » au sein du pouvoir à Téhéran, de hauts responsables iraniens ont affiché unité suivant « un Dieu, une nation, un dirigeant, un seul chemin, celui de la victoire de l’Iran auquel nous tenons plus que tout. »
Dans un message publié jeudi soir sur son compte X, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a souligné que le champ de bataille et la diplomatie « constituent des fronts parfaitement coordonnés dans la même guerre », mettant en avant une cohésion nationale grandissante et affirmant que son peuple était aujourd’hui « plus uni que jamais face aux pressions extérieures ».
Luis Reygada
L'Humanité du 24 avril 26

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