Réseaux sociaux, emploi du temps, appels téléphoniques... Rima Hassan pistée, la France insoumise dénonce un « scandale d'Etat »

 

Les réseaux sociaux et l'emploi du temps de Rima Hassan sont passés au crible, tandis qu'Air France, l’Agence nationale des données de voyage, la SNCF, Thalys mais aussi Europol et l'opérateur téléphonique sont sollicités.© MathildeMAZARS/REA
Mediapart a révélé, jeudi 16 avril, l'ampleur des moyens policiers mis à disposition de l'enquête visant l'eurodéputée insoumise Rima Hassan pour « apologie du terrorisme » dont le traçage de son téléphone. Son avocat dénonce une atteinte à la vie privée et à l'immunité parlementaire.
Débauche de moyens policiers, fuites mensongères lors de sa garde-à-vue, téléphone tracé… Le traitement réservé à Rima Hassan confine à l’acharnement. L’eurodéputée insoumise est visée par une enquête pour « apologie du terrorisme » après la publication d’un tweet (supprimé depuis), le 26 mars 2026, dans lequel elle cite Kozo Okamoto, l’un des auteurs de l’attaque du 30 mai 1972 à l’aéroport de Tel-Aviv, tuant vingt-six personnes. Le lendemain, plutôt que de convoquer directement Rima Hassan, les enquêteurs se lancent, selon Mediapart, dans un pistage de la parlementaire qui apparait comme disproportionné. 
Ses réseaux sociaux et son emploi du temps sont passés au crible, tandis qu’Air France, l’Agence nationale des données de voyage, la SNCF, Thalys mais aussi Europol et l’opérateur téléphonique sont sollicités. L’objectif est de savoir où elle se trouvera les jours suivants, afin de procéder à une interpellation, mais pas seulement.
Selon Mediapart, les enquêteurs cherchent aussi à répertorier tous les déplacements qu’elle a réalisé dans les mois précédents, depuis le 1er janvier, grâce à la géolocalisation. « Sans jamais indiquer le lien avec la procédure pour apologie de terrorisme, les policiers persistent à minutieusement retracer son périple en nommant les villes et parfois même les rues qu’elle traverse », raconte le site d’investigation. Tout cela pour, finalement, contacter la parlementaire par téléphone et la convoquer le 2 avril, pour une garde-à-vue durant laquelle de fausses informations, selon lesquelles des drogues auraient été saisies dans son sac à main, circulent dans plusieurs médias.

« Pas normal qu’une députée soit placée sous surveillance »
« Toute cette investigation et le traitement qui m’a été réservé montrent que cette procédure s’inscrit surtout dans une répression d’opposante politique », dénonce l’intéressée auprès de Mediapart. « Il n’existe aucune justification à ces mesures, à plus forte raison compte tenu de la date du début de la géolocalisation en janvier 2026, alors que le message qui lui est reproché date du 26 mars », dénonce son avocat, Vincent Brengarth, pour qui cette procédure implique une atteinte à la vie privée de l’eurodéputée mais aussi à son immunité parlementaire.  
Ce jeudi 16 avril, l’affaire s’est imposée dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, le député LFI Antoine Léaument mais aussi l’écologiste Sandrine Rousseau et le socialiste Olivier Faure demandant des comptes au ministre de l’Intérieur Laurent Nunez. « Pouvez-vous nous expliquer pourquoi le téléphone de madame Rima Hassan a été placé sous surveillance ? (…) Il n’est pas normal qu’une députée de la République française soit placée sous surveillance (…), que l’apologie du terrorisme soit utilisée pour réprimer les opposants politiques », a interpellé Antoine Léaument dont le mouvement évoque un « scandale d’Etat ».  
« C’est une procédure judiciaire. Il faut qu’on respecte l’Etat de droit et la séparation des pouvoirs », s’est contenté de répondre Laurent Nunez. De son côté, Rima Hassan envisage de saisir le rapporteur indépendant des Nations unies et le Parlement européen.

Florent LE DU
L'Humanité du 17 avril 26

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