« La Palestine, une histoire » : sur France 5, la grande sacrifiée de l’histoire moderne

 

Palestine, une histoire, France 5, dimanche 19 avril, 21 h 5
Ce que montre ce documentaire, c’est à quel point les Palestiniens sont dans une nasse, sacrifiés y compris par ceux qui devraient les protéger.© Littlebigstory
À l’aide de photos et de films d’archives, le réalisateur Alain Lewkowicz convoque des historiens et spécialistes de la région, qui racontent, sur cent cinquante ans, le destin tragique des Palestiniens.
Il était temps. Temps de regarder l’histoire du côté des Palestiniens, temps d’essayer de comprendre ce qui se joue sur le long terme pour les habitants de cette partie du monde, temps enfin de prendre la mesure de toutes les responsabilités qui aboutissent aujourd’hui à un territoire morcelé, une population traquée, et une région à feu et à sang.
C’est tout le propos d’Alain Lewkowicz, qui se pose une question, qu’il décline en trois épisodes d’environ une heure : de quoi la Palestine est-elle le nom ? En découpant l’histoire en trois grandes parties, en partant du milieu du XIXe siècle, il montre, à l’aide d’historiens et de spécialistes sérieux de cette région, comment les Palestiniens ont été les grands sacrifiés. À la fois par Israël, mais avant même par l’Empire ottoman, le mandat britannique sur la région et les instances internationales, qui tentent sans y parvenir aujourd’hui d’éteindre l’incendie qu’ils ont eux-mêmes allumé et alimenté.

Les habitants de la Palestine déjà invisibilisés
Les premières images du documentaire sont magnifiques, tellement loin de la désolation que les actualités nous ont habitués à voir sur ce bout de terre. On y voit la mer, des voitures qui roulent le long d’un côté, des champs de fleurs, des visages enjoués d’enfants : c’est la Palestine, au début du siècle dernier, qui se dévoile à nous.
Le nom de la Palestine, explique d’ailleurs l’historien Vincent Lemire, historien à l’université Gustave-Eiffel, existe depuis cinq mille ans. Et sur cette terre, où sont nées les trois grandes religions monothéistes, le peuple a vécu, bon an mal an, au rythme des saisons durant des centaines d’années : le champ appartenait à celui qui le cultivait, l’olivier à celui qui l’entretenait et ramassait les olives, poursuit l’historien.
Au XIXe siècle, l’Empire ottoman s’arroge ce territoire, et tout s’enchaîne : les règles de propriété changent, obligeant les petits paysans à trouver des acheteurs pour leurs terres, l’immigration augmente, en particulier quand les pogroms contre les juifs se multiplient en Europe, et que la théorie sioniste gagne du terrain. Sans pour autant que ce soit la Palestine qui soit toujours envisagée pour créer un État, d’ailleurs, apprend-on.
Et pourquoi la Palestine ? Parce qu’elle est ce creuset religieux, bien sûr. Mais aussi parce qu’elle est présentée comme un territoire quasi vierge d’habitants, ce qui n’est évidemment pas le cas. Dans cette société multiculturelle, on croise même une élite formée de grands savants, de gens polyglottes, avides de savoir, qui entament des correspondances dans le monde entier.
Mais elle est présentée par les Occidentaux, notamment les Anglais, qui ont mandat après la Première Guerre mondiale sur le territoire, comme un désert, faisant ainsi fi du destin de millions de personnes. L’histoire s’accélère après 1948, jusqu’à la totale catastrophe humanitaire de ces deux dernières années.
Ce que montre ce documentaire, c’est à quel point les Palestiniens sont dans une nasse, sacrifiés y compris par ceux qui devraient les protéger. On tombe de Charybde en Scylla, en visionnant ces trois épisodes denses et documentés, magnifiquement étayés par des scientifiques palestiniens, israéliens, français et belges.

Caroline Constant
L'Humanité du 16 avril 2026

Palestine, une histoire, France 5, dimanche 19 avril, 21 h 5

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