L’incertitude planait toujours à quelques heures de l’expiration de la trêve conclue le 8 avril entre les États-Unis et l’Iran. Des négociations pourraient néanmoins reprendre malgré les tensions dans le détroit d’Ormuz.
Le jour qui s’est levé sur le détroit d’Ormuz n’a pas dissipé les incertitudes. Ce 21 avril marque la fin d’un cessez-le-feu accepté par les États-Unis et l’Iran le 8 avril, il y a deux semaines donc, mais le bras de fer n’a pas cessé, y compris durant les quelques heures de négociations qui se sont déroulées à Islamabad, réunissant pourtant des délégations de haut niveau, en général signe d’accord proche.
Tout se passe comme si les deux protagonistes cherchaient avant tout à se renforcer intérieurement avant de s’engager plus avant et laisser espérer le monde entier autant effrayé par cet affrontement hors du commun que par ses conséquences économiques. Les États-Unis maintiennent le blocus des ports iraniens, tandis que l’Iran a levé puis rétabli son propre blocus du trafic maritime transitant par le détroit d’Ormuz, par lequel passe habituellement environ un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz.
Terrible bataille navale
Washington et Téhéran s’y livrent pourtant à une terrible bataille navale. Lundi, les inquiétudes se sont accrues quant à la tenue du cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, et après que ces derniers ont annoncé avoir arraisonné un cargo iranien qui tentait de forcer le blocus et que le premier a promis de riposter.
« Nous avons la pleine maîtrise de leur navire et nous vérifions ce qu’il y a à bord ! » s’est empressé d’écrire Donald Trump sur les réseaux sociaux. « Nous avertissons que les forces armées de la République islamique d’Iran répondront et riposteront prochainement à cet acte de piraterie armée perpétré par l’armée américaine », a répondu un porte-parole militaire iranien, affirmant que le navire provenait de Chine.
De manière moins provocatrice, le premier vice-président iranien, Mohammad-Reza Aref, a écrit sur les réseaux sociaux : « On ne peut pas restreindre les exportations de pétrole iranien tout en exigeant la sécurité pour les autres. Le choix est clair : soit un marché pétrolier libre pour tous, soit le risque de coûts importants pour chacun. »
Ce qui n’a pas empêché Donald Trump d’affirmer que ses envoyés arriveraient à Islamabad lundi soir, soit la veille de la fin du cessez-le-feu de deux semaines. Mais les commentaires des médias d’État iraniens, selon lesquels il n’était « actuellement pas prévu de participer » à des discussions, semblaient contredire le président états-unien.
Il est vrai qu’un récent article publié par le Wall Street Journal incite à prendre avec prudence toutes les déclarations du milliardaire agent immobilier. « Trump a fait campagne sur la promesse de mettre fin aux guerres étrangères, mais a parié qu’il pouvait résoudre, grâce à la puissance aérienne et navale américaine, un problème de sécurité nationale qui avait tourmenté sept présidents précédents », rappelle le quotidien dans son édition du 18 avril.
« Contrairement à l’opération réussie au Venezuela, qui a renforcé sa confiance, Trump est confronté à un adversaire plus inflexible en la personne de l’Iran, qui jusqu’à présent refuse de céder à ses exigences. » Le journal note également : « Les principaux conseillers de Trump se sont relayés pour dire au président qu’il devait limiter les interviews impromptues, car elles ne faisaient que convaincre le public qu’il tenait des propos contradictoires. »
Entre fin de la guerre et reprise des attaques
C’est bien ce qui inquiète. Un jour Trump parle de la fin de la guerre, le lendemain il évoque une reprise des attaques. On pourrait également souligner que même l’équipe qu’il envoie à Islamabad est hétéroclite. Entre un vice-président, J. D. Vance, qui était en réalité opposé à la guerre, et deux hommes, Steve Witkoff, envoyé spécial de Trump au Moyen-Orient, et son gendre Jared Kushner, plus habitués, l’un et l’autre, à conclure des contrats financiers juteux, il n’est pas certain que la délégation états-unienne perçoive bien les complexités techniques, politiques et économiques des dossiers traités. Au point même d’inquiéter leurs partenaires européens.
Quoi qu’il arrive, et si les nouvelles négociations reprennent, leur issue reste incertaine, compte tenu des questions sensibles non résolues, notamment les modalités de l’enrichissement nucléaire. Selon des responsables américains, l’administration Trump souhaitait un moratoire de vingt ans sur l’enrichissement nucléaire, alors que l’Iran a proposé un moratoire de cinq ans. Téhéran, qui nie vouloir se doter de la bombe atomique, défend son droit au nucléaire civil.
Le statut du détroit d’Ormuz demeure également un sujet de discorde. Le détroit « doit rester ouvert », a insisté le président chinois Xi Jinping lors d’une conversation téléphonique avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane Il a également appelé à « un cessez-le-feu immédiat et global ». Un ton inhabituel pour Pékin qui montre combien cette question est d’une importance économique et stratégique d’importance. Lundi, les cours du pétrole étaient en forte hausse.
Dans la journée du 20 avril, cependant, les éléments de langage évoluaient, laissant penser que quelque chose allait se produire avant l’expiration du cessez-le-feu. Un responsable iranien a indiqué que le Pakistan, en tant que médiateur, déployait des efforts positifs pour mettre fin au blocus américain des ports iraniens et garantir la participation de l’Iran. Moyennant quoi, l’Iran envisageait de participer à des pourparlers de paix avec les États-Unis à Islamabad.
Signe néanmoins d’un certain apaisement, les deux principaux aéroports de Téhéran ont rouvert ce 20 avril, après plusieurs semaines de fermeture en raison de la guerre. L’autorité iranienne de l’aviation civile a même annoncé que les vols reprendraient aussi dans dix autres aéroports du pays « à partir de samedi ». L’espoir de paix pourrait enfin décoller.
Pierre Barbancey
L'Humanité du 20 avril 2026

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