Guerre en Iran : aux États-Unis, entre superprofits et soupçons de délits d’initiés, les fabricants d’armes et parieurs anonymes se frottent les mains

 

Sans grande surprise, le premier grand gagnant est le numéro 1 mondial de l’armement, Lockheed Martin dont l’action s’inscrit en hausse de 25 % depuis le début de l’année.© Nick Hannes/PANOS-REA
Avant le cessez-le-feu instauré mercredi 8 avril, la guerre contre l’Iran déclenchée par Donald Trump et Benyamin Netanyahou a fait le bonheur de parieurs anonymes et surtout du complexe militaro-industriel.

Le 28 février dernier, quelques heures avant le déclenchement de l’opération « Furie épique », Polymarket, une plateforme de marchés de prédiction en ligne, enregistre des mouvements qui s’avéreront suspects. Des traders parient sur une attaque des États-Unis contre l’Iran et finiront pas empocher plus d’1 millions de dollars.
Certains comptes ont été créés juste avant les paris et ne disposent d’aucun historique de mises. Selon la formule, ce sont des « traders trop précis pour être chanceux ». Quelques élus démocrates, le sénateur Chris Murphy et le député Greg Casar, accusent des personnes proches du pouvoir d’avoir pu profiter d’informations confidentielles pour en tirer des profits, manifestation d’un système « fondamentalement corrompu », selon eux. À ce jour, pourtant, aucune preuve n’a été apportée même si les soupçons dominent.
Quelques jours plus tard, sur les marchés financiers classiques, d’autres clignotants virent au rouge. À plusieurs reprises, des achats massifs de contrats pétroliers sont effectués sont enregistrés peu de temps avant des annonces de bombardements ou d’initiatives diplomatiques. En une occasion, une vente est réalisée 15 minutes avant une allocution présidentielle. « Trop précis pour être chanceux » : cela sent le délit d’initiés à plein nez mais aucune preuve à ce jour.

Hausse des actions pour Lockheed Martin et Northrop Grumman
En revanche, la guerre déclenchée par Donald Trump et Benyamin Netanyahou fait le bonheur officiel et non masqué de ce que Dwight Eisenhower, président de 1953 à 1961, avait appelé le « complexe militaro-industriel », dont les activités ont, depuis plusieurs années, été favorisées par le contexte géopolitique (guerre en Ukraine, génocide à Gaza) et l’augmentation continue des budgets militaires US.
Sans grande surprise, le premier grand gagnant est le numéro 1 mondial de l’armement, Lockheed Martin dont l’action s’inscrit en hausse de 25 % depuis le début de l’année. Les carnets de commandes (194 milliards de dollars) du constructeur de F-35, missiles et défense anti-aérienne sont pleins et vont gonfler le chiffre d’affaires (75 milliards de dollars) comme la colonne profits (5 milliards).
RTX Corporation, le spécialiste des missiles, a lui aussi le vent belliciste en poupe. Lorsqu’on produit les systèmes anti-missiles Patriot, les missiles Tomahawk et les moteurs des avions F-35, toute guerre est une aubaine. Les ventes ont augmenté de 10 % et les profits affichent une hausse atteignant 25 % sur certains segments. Sur la troisième marche du podium guerrier : Northrop Grumman, spécialiste des bombardiers B-21, des missiles nucléaires et des systèmes spatiaux, dont l’action a bondi de 46 % depuis l’été 2025.
Pourtant, avant la conclusion d’un fragile cessez-le-feu, des indices faisaient état d’une révision à la baisse des attentes de bénéfices, liée notamment à ces incertitudes politiques. Fournir des armes à une guerre en train de se perdre sur le terrain politique ramène certes des dollars mais aussi sa dose d’opprobre.

Christophe Deroubaix
L'Humanité du 09 avril 2026

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