L’histoire ne se contente pas de se répéter, fut-ce en farce tragique. Elle teste. Elle met à l’épreuve des faits les principes que l’on prétend défendre. Et dans cette séquence de guerres, de tensions extrêmes, une voix se détache, forte et claire, celle de Pedro Sanchez. En qualifiant d’illégale la guerre menée par Donald Trump contre l’Iran, en dénonçant le mépris du droit international par Benyamin Netanyahou au Liban et à Gaza, en parlant d’actes criminels, le dirigeant espagnol ne se contente pas d’une posture. Il affirme une doctrine simple, mais exigeante : l’alliance n’implique pas l’alignement. Et le droit international n’est pas une variable d’ajustement.
Cette ligne se traduit concrètement. Refus d’accès aux bases militaires. Fermeture de l’espace aérien aux opérations américaines. Appel à suspendre l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël. Acceptation, enfin et surtout, du coût politique et économique d’un désaccord avec Washington. Car il y a un prix à la cohérence. À l’échelle européenne, cette posture tranche. L’Union européenne apparaît plus soucieuse de préserver ses équilibres internes et ses alliances que de défendre le droit international. Emmanuel Macron incarne cette ligne du funambule sur un fil instable.
Et le parallèle avec Dominique de Villepin s’impose alors. En 2003, la France avait porté au plus haut niveau un refus fondé sur le droit international. Aujourd’hui, cette capacité de rupture semble s’être déplacée de l’autre côté des Pyrénées. Pourtant, partout en Europe, les opinions publiques expriment une réticence croissante face aux logiques d’escalade militaire. Les gouvernements ne peuvent plus l’ignorer.
Dans ce contexte, la position espagnole apparaît moins comme une exception que comme un révélateur. En assumant un désaccord avec États-Unis, en refusant l’engrenage de la guerre, en posant des actes concrets là où d’autres se limitent à des déclarations, Pedro Sanchez ne redéfinit pas seulement la position de son pays. Il fait une démonstration et ouvre une possibilité. Celle d’une Europe capable de dire non.
Stéphane Sahuc
L'Humanité du 09 avril 2026

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