Entre trêve et feu : Netanyahu manœuvre dans le sang au Liban pour éviter l'effondrement

 

Israël ne pouvait accepter facilement l'accord de cessez-le-feu conclu entre Washington et Téhéran, négocié par le Pakistan, et ne pouvait pas non plus l'accepter sans un bain de sang contre les civils. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'est trouvé politiquement incapable de le digérer et, plus important encore, incapable de le justifier ou de le faire accepter par sa base électorale et l'opinion publique israélienne, qui observait la situation avec inquiétude et appréhension.
Netanyahu, que de nombreux Israéliens accusent de ne connaître d'autre moyen de consolider son pouvoir que de faire la guerre, a choisi de se lancer dans un nouveau spectacle sanglant qui a donné une nouvelle tournure à l'accord de trêve. Au lieu de saisir l'opportunité d'un retour au calme, il a rallumé le front libanais, ouvrant le feu sur des villes et des villages à travers le Liban, du sud à la vallée de la Bekaa, et frappant même le cœur de Beyrouth. Il a perpétré des massacres sanglants contre des civils innocents, faisant plus de 200 martyrs et 1 100 blessés, en majorité des enfants et des femmes, selon un communiqué du ministère libanais de la Santé. Dans la logique de cette voie, tuer et saboter ne sont plus des moyens, mais une fin en soi.

La convergence des trajectoires : le nœud que Netanyahu a tenté de dénouer
À la lumière de ce contexte, la violente offensive lancée hier par Netanyahu – des centaines de frappes aériennes en un temps record sur le Liban, constituant un crime de guerre flagrant et une violation manifeste d'un accord déclaré – peut être interprétée comme une tentative de briser le lien entre les trajectoires libanaise et iranienne. Ce lien avait été établi avec succès par Téhéran dans le cadre de l'accord de cessez-le-feu initial et confirmé par le Premier ministre pakistanais, médiateur clé de cet accord, lorsqu'il a précisé que « l'accord ne se limite pas à l'Iran, mais inclut également le Liban ».
Aujourd'hui, Netanyahu se trouve assailli par un torrent de critiques et d'accusations, menaçant l'image qu'il s'est efforcé de cultiver : celle de quelqu'un qui « changera le visage du Moyen-Orient », promettant un projet de « Grand Israël » et se vantant de redessiner les cartes de la région selon ses ambitions et sa cupidité. Cela compromet ses chances, ainsi que celles de sa coalition, lors des élections de novembre prochain, puisqu'il ne pourra pas tenir ses promesses. À cela s'ajoute l'échec de sa guerre destructrice contre le Liban, qui n'a jusqu'à présent abouti à aucun gain stratégique, à un renforcement de son pouvoir ou à une occupation décisive.

« Le Dernier Coup » : Fabriquer une fausse victoire sur le dos des civils
L’objectif était de créer une « fausse victoire » et des scènes de carnage flagrantes, en violation de nombreux droits humains et conventions internationales, en infligeant le plus grand nombre possible de morts, de destructions et de victimes. Il s’agissait de se forger une image finale, celle de celui qui « tire le dernier coup », avant de se soumettre à la décision de Trump et à l’issue des négociations de vendredi à Islamabad. Ces négociations s’inscrivaient dans le cadre des efforts déployés par le Pakistan, qui ont manifestement porté leurs fruits, puisqu’il comprend parfaitement que la principale exigence de l’Iran est l’arrêt de l’agression contre le Liban ; sans cela, aucun accord n’est envisageable.
Il tente également, grâce à une tactique bien rodée mise en œuvre au cours des dernières 48 heures, d’intensifier ses frappes destructrices, notamment dans les zones accueillant des personnes déplacées. Il estime que cela va déclencher un conflit interne, une tactique basée sur l'intimidation et la destruction, qui fait partie de l'approche « brûler par le feu » que Tel Aviv utilise constamment depuis des décennies pour instiller la peur dans les communautés d'accueil et les civils sans défense, dans l'espoir de créer une dissuasion psychologique et politique à long terme.

Les colonies du Nord : La peur que Netanyahu n'a pas su apaiser
Par ailleurs, l'inquiétude des habitants des colonies du nord persiste, et Netanyahu n'a pas tenu ses promesses quant à leur retour ou à leur sécurité. Ils sont également pleinement conscients des revers subis par leur armée sur le front sud-libanais, et du fait que les affirmations circulant sur l'élimination des capacités de la résistance n'ont pas résisté à l'épreuve des faits. Dans l'intervalle, ils restent prisonniers des ordres du Commandement du Front intérieur, entre abris, sirènes et pièces fortifiées. Ceci explique les agissements scandaleux de Netanyahu hier, quelques heures seulement après l'annonce du cessez-le-feu, lorsqu'il s'est empressé de déclarer que « l'accord ne concerne pas le Liban » et que « les opérations au Liban se poursuivront », commettant de facto des massacres en transformant ces zones en champs de bataille.

Course contre la montre : la manœuvre se retournera-t-elle contre lui ?
Bien que l'accord de cessez-le-feu demeure fragile, il représente une menace manifeste pour les ambitions de Netanyahu et sa crédibilité auprès de son électorat, compte tenu des promesses qu'il leur a faites. Son influence politique s'amenuise rapidement. De plus, il risque d'être poursuivi devant la justice internationale, son procès devant la justice rouvrant le 7 octobre, pour des accusations de corruption, d'abus de pouvoir, de négligence et de crimes de guerre.
Dans ce contexte, le temps semble jouer contre Netanyahu. L'accélération du rythme des événements pourrait se retourner contre lui au lieu de lui offrir une marge de manœuvre. L'intérêt de Washington à mettre fin à la guerre et à obtenir un accord de cessez-le-feu qui rouvre la voie économique vitale – le détroit d'Ormuz – sans aggraver les pertes économiques, est primordial pour Israël dans la région actuellement.

Nour Mahmoud
Le 09 avril 2026

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