À Barcelone, Pedro Sanchez en chef de file des progressistes mondiaux

 

En invitant des représentants du Sud Global et des Brics, Sanchez veut faire de l’Espagne la porte-voix d’une Europe souveraine et libérée – aux niveaux politique, économique, diplomatique, militaire… – de la tutelle états-unienne.© Thomas COEX / AFP
Figure de proue occidentale de l’opposition à Washington et Tel-Aviv, le socialiste accueille un sommet visant à élever la résistance contre les forces conservatrices et d’extrême droite.
Dans un monde polarisé par le retour d’un impérialisme états-unien sous stéroïdes, le président du gouvernement espagnol cherche à s’imposer comme une figure de proue du progressisme international. Principal représentant, côté occidental, d’une opposition frontale qui peine à trouver d’autres voix courageuses refusant de courber l’échine face à Washington et Tel-Aviv, Pedro Sanchez reçoit, ces 17 et 18 avril, à Barcelone, la première réunion de la Mobilisation globale progressiste, faisant de la capitale catalane la Mecque de la gauche internationaliste pendant quarante-huit heures.
À ce titre, le président de l’Internationale socialiste doit participer à une série de forums qui réuniront plus d’une vingtaine de dirigeants du monde entier pour offrir « une alternative nécessaire aux forces conservatrices et d’extrême droite », avec l’objectif de « rendre les solutions progressistes visibles et crédibles ».
Crise du multilatéralisme, revitalisation de l’ONU, justice sociale, guerre culturelle, défense des valeurs démocratiques, enjeux environnementaux… Des dizaines de forums et tables rondes sont à l’ordre du jour, dont certains pourront compter sur la participation de personnalités telles les présidents brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, sud-africain Cyril Ramaphosa, mexicaine Claudia Sheinbaum, colombien Gustavo Petro, irlandaise Catherine Connolly.
Au total, près de 120 intervenants issus de 40 pays : syndicalistes, militants, universitaires et responsables politiques, dont le président du Conseil européen, Antonio Costa, la vice-présidente de la Commission européenne, Teresa Ribera, le vice-premier ministre du Royaume-Uni, David Lammy, les vice-chanceliers allemand et autrichien Lars Klingbeil et Andreas Babler, la vice-présidente du Ghana, Jane Naana Opoku-Agyemang, le chef de l’opposition en Inde, Rahul Gandhi…

La place de l’Espagne renforcée sur l’échiquier international
De quoi confirmer la montée en puissance de Pedro Sanchez sur la scène internationale, ce qui lui permet chez lui de rassembler la gauche derrière lui, et à l’extérieur de donner plus de poids à l’Espagne. Après avoir été l’un des rares dirigeants occidentaux de premier rang – membre de l’Otan et de l’UE – à avoir qualifié de génocide la guerre menée depuis 2023 par Israël à Gaza, son opposition à Donald Trump et à Benyamin Netanyahou s’est intensifiée avec l’irruption des agressions contre l’Iran et le Liban, au point que le Wall Street Journal le décrivait-il y a peu comme « le porte-étendard de l’opposition politique occidentale au président des États-Unis ».
En invitant des représentants du Sud Global et des Brics, Sanchez veut faire de l’Espagne la porte-voix d’une Europe souveraine et libérée – aux niveaux politique, économique, diplomatique, militaire… – de la tutelle états-unienne, mais aussi promotrice d’un retour à une stabilité basée sur le multilatéralisme et la multipolarité. Tout le contraire de la feuille de route imposée au monde par la Maison-Blanche.
« L’Europe doit retrouver sa place dans le monde avec courage », affirmait Sanchez la semaine dernière, tandis que son ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, appelait l’UE à prendre des mesures en faveur de son « indépendance » militaire face à la tendance suiviste de l’Otan vis-à-vis des États-Unis. Tout en se tournant ouvertement vers le principal ennemi commercial de Trump : la Chine.

Sa volonté d’une « économie mondiale qui profite à tous »
En déplacement cette semaine chez le géant asiatique, Pedro Sanchez y a fortement renforcé des liens « stratégiques » pour impulser « une économie mondiale qui profite à tous », tout en demandant à son homologue Xi Jinping de jouer davantage son rôle de puissance garante de relations internationales stables. « Le monde ne tient plus dans les anciennes cartes, a assuré le premier ministre espagnol lors d’un discours à l’université de Tsinghua, à Pékin : Un monde multipolaire a besoin d’un système multilatéral solide. »
Ce vendredi, Sanchez accueillera aussi à Barcelone un sommet Espagne-Brésil, coprésidé avec un Lula qui critiquait encore, ce jeudi, ouvertement son homologue américain dans un entretien accordé à El Pais.
Face à une extrême droite mondiale boostée par le locataire de la Maison-Blanche, reste à voir si l’Espagne parviendra à faire de son nouveau regain d’influence un levier diplomatique effectif, et à créer à partir de positions sociales-démocrates un véritable élan progressiste international. Dans tous les cas, alors que le président français peine à exister sur divers dossiers internationaux, l’Espagne prouve que c’est le courage de prendre fermement position face aux injustices qui grandit les pays sur la scène mondiale.

Luis Reygada
L'Humanité du 16 avril 26

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