L'économie mondiale traverse actuellement une nouvelle vague d'inquiétude et d'instabilité en raison de la flambée des prix de l'énergie. Cette hausse est liée à l'agression sioniste-américaine contre l'Iran et à la manière dont la République islamique y fait face, notamment par l'utilisation du détroit d'Ormuz comme moyen de résistance. Cette escalade a rapidement impacté les marchés pétroliers mondiaux, car la région du Golfe est l'un des plus importants centres de production énergétique au monde et surplombe l'un des passages maritimes les plus sensibles du commerce pétrolier mondial : le détroit d'Ormuz, par lequel transite une grande partie des exportations de pétrole du Golfe vers le reste du monde.
Dans de telles circonstances, les marchés n'ont pas besoin d'une rupture d'approvisionnement réelle pour que les prix augmentent ; la simple possibilité de perturbations des flux pétroliers ou de mise en péril des routes maritimes suffit à déclencher des vagues de spéculation et d'inquiétude sur les marchés mondiaux. Par conséquent, les crises militaires dans cette région entraînent généralement une hausse rapide des prix du pétrole et du gaz, conséquence de ce que l'on appelle en économie la « prime de risque géopolitique ». Par exemple, lors de certaines périodes d'escalade des crises, les prix du pétrole ont augmenté de plus de 20 à 30 % en quelques semaines, impactant directement les coûts des transports, de l'agriculture et de l'industrie.
Cependant, l'impact de la hausse des prix de l'énergie ne se limite pas au seul secteur pétrolier et gazier, mais s'étend progressivement à l'ensemble de l'économie mondiale. Dans l'économie moderne, l'énergie n'est pas simplement une matière première parmi d'autres ; c'est un élément fondamental de la production de la plupart des biens et services. Des études économiques indiquent que chaque augmentation de 10 % des prix du pétrole entraîne une hausse d'environ 0,25 à 0,5 % des prix alimentaires, tandis que l'inflation globale augmente de 0,1 à 0,3 %, ce qui démontre la forte sensibilité économique de la vie quotidienne aux chocs énergétiques.
Dans le secteur agroalimentaire en particulier, l'impact de l'énergie est frappant. L'agriculture moderne ne dépend plus uniquement de la terre, de l'eau et du travail humain ; elle est devenue une activité industrielle énergivore. Tracteurs, charrues et moissonneuses-batteuses fonctionnent au carburant, les systèmes d'irrigation utilisent des pompes électriques ou diesel, et le transport des produits agricoles des champs aux entrepôts, puis aux usines et aux marchés, nécessite un vaste réseau de transport lui aussi dépendant du carburant. La production d'engrais chimiques, notamment azotés, est directement liée aux prix du gaz naturel, ce dernier étant la principale matière première de leur fabrication.
Après la production agricole vient la transformation des aliments, qui consomme également d'importantes quantités d'énergie. La mouture, la mise en conserve, la pasteurisation, la congélation et le stockage sont autant d'opérations énergivores, et le transport et la distribution engendrent des coûts supplémentaires liés au carburant, influant ainsi sur le prix final des produits alimentaires.
Il en va de même pour le secteur des services. De nombreux services, tels que les transports publics et privés, le transport maritime, la logistique, la construction, le tourisme et même certains services de santé, dépendent de l'énergie pour faire fonctionner leurs équipements ou transporter des personnes et des marchandises. Lorsque les prix des carburants augmentent, les coûts d'exploitation de ces secteurs augmentent, et cette hausse se répercute finalement sur les prix payés par le consommateur.
L'évolution de la conjoncture économique mondiale a clairement illustré le lien structurel entre énergie et alimentation lors de l'intervention russe en Ukraine. La hausse de plus de 50 % des prix du pétrole et du gaz en quelques mois a entraîné une augmentation de 20 à 30 % de l'indice mondial des prix alimentaires, selon les données de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), alors même que la production agricole restait globalement stable. Cette situation s'explique non seulement par les perturbations des exportations de céréales, mais aussi par une forte augmentation des prix des engrais, du transport et de l'énergie utilisée dans l'agriculture et l'industrie agroalimentaire.
Des études indiquent que l'énergie représente 10 à 15 % des coûts de production agricole, 5 à 15 % des coûts de transport et peut atteindre jusqu'à 50 % des coûts variables dans certaines industries agroalimentaires. Ces chiffres montrent la rapidité avec laquelle les chocs sur les marchés pétroliers se répercutent sur les prix à la consommation, reflétant la dépendance structurelle à l'énergie de l'économie agroalimentaire moderne.
Face à ces évolutions, les chercheurs en économie politique et en économie de l'environnement ont commencé à s'intéresser au concept de « système alimentaire comme système énergétique déguisé ». Les aliments qui arrivent dans nos assiettes ne sont pas seulement le fruit de la terre et du travail humain, mais aussi le résultat d'une énorme consommation d'énergie à chaque étape de leur production : de l'utilisation des tracteurs et la production d'engrais au transport, à la transformation, au stockage et à la distribution. De ce point de vue, le lien étroit entre les prix du pétrole et les prix des denrées alimentaires apparaît clairement ; la hausse des coûts de l'énergie entraîne automatiquement une augmentation des coûts pour l'ensemble du système alimentaire.
En résumé, l'énergie représente l'infrastructure invisible de l'économie moderne. Elle n'est pas une simple marchandise, mais un intrant fondamental pour la production alimentaire et de services. Par conséquent, toute perturbation majeure des marchés de l'énergie se répercute rapidement sur le reste de l'économie, se traduisant par une hausse tangible des prix des produits alimentaires et des services essentiels qui affectent le quotidien des citoyens.
La flambée des prix des produits alimentaires et des services résultant des guerres déclenchées par l'impérialisme est une conséquence directe de la mainmise du capital sur le système énergétique et alimentaire mondial. Les chocs pétroliers et les guerres sont des outils politiques et économiques utilisés pour redistribuer les coûts sur les masses, tandis que les profits des élites et des monopoles augmentent. Les ménages et les citoyens paient le prix quotidien des politiques impérialistes : chaque hausse du prix de l'essence ou du blé ne reflète pas des déficits du marché, mais les mécanismes structurels du monde capitaliste qui transforment les crises énergétiques en profits.
Dr Tannous Chalhoub
Le 17 mars 2026
Traduit de l'arabe par Roland Richa

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