Une enquête publiée mercredi 25 mars par le quotidien britannique « Guardian » démontre qu’aucun responsable présumé de meurtre de civils palestiniens en Cisjordanie occupée n’a été poursuivi par les autorités israéliennes depuis 2020. Pendant ce temps, les raids de colons israéliens se multiplient aux quatre coins du territoire.
Sans surprise, les policiers israéliens aux frontières qui ont massacré la famille Bani Odeh à proximité de Naplouse, en Cisjordanie occupée dix jours plus tôt, criblant de balles deux parents et deux de leurs quatre enfants, ne seront ni poursuivis, ni même interrogés, d’après l’ONG israélienne Breaking the Silence. Pour Khaled et Mustafa, les deux survivants de ce crime abject que l’Humanité a pu rencontrer, la justice est un vain mot. Cette dernière a depuis toujours été bafouée au service de l’impunité, celle dont jouissent les forces d’occupation israéliennes dans les territoires palestiniens occupés.
La nuit du drame, la famille Bani Odeh rentrait chez elle en voiture. « La police affirme que le véhicule a accéléré en leur direction. Ils ont riposté en tirant des dizaines de balles. Les quatre victimes ont été touchées à la tête. Les policiers n’ont donné aucun avertissement, n’ont pas ordonné au conducteur de s’arrêter, n’ont pas tiré en l’air et n’ont pas visé les pneus », dénonce l’organisation. Personne n’a été interrogé : ni les policiers, ni les Palestiniens, ni même les deux enfants survivants. La version initiale de la police a été acceptée comme une vérité établie. Aucune vérification, aucune responsabilité. Cela correspond parfaitement à la politique israélienne qui consiste à laisser le recours à la force létale impuni. »
Cette impunité, le Guardian l’a documenté de manière méticuleuse. D’après l’analyse du quotidien britannique publiée ce mercredi, les autorités israéliennes n’ont ainsi poursuivi aucun soldat ou colon israélien responsable présumé de meurtre de Palestiniens en Cisjordanie occupée depuis 2020.
Les raids de colons israéliens se multiplient
Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires rappelle qu’au moins 1 100 civils ont été tués rien que dans le territoire colonisé entre cette période et le 15 mars 2026, dont au moins un quart était des enfants. Toujours selon le Guardian, la dernière inculpation d’un membre des forces d’occupation israéliennes pour ces attaques remonte à 2019, et à 2018 s’agissant de meurtre perpétré par un colon.
Si, dans la foulée des attaques du Hamas du 7 octobre 2023 et de la guerre génocidaire menée par Israël dans la bande de Gaza, la violence des colons israéliens s’est intensifiée en Cisjordanie occupée, celle-ci a connu un nouveau regain depuis le début du mois de mars, c’est-à-dire après le lancement de la guerre illégale contre l’Iran. D’après les autorités palestiniennes, six Palestiniens ont été tués depuis le 2 mars par des tirs de colons en Cisjordanie occupée. Jaloud, Silat Ad-Dahr, Qaryout…
Le week-end dernier, en représailles à la mort d’un colon juif dans un accident de la route, plusieurs centaines de colons israéliens ont mené des raids sur un nombre important de localités palestiniennes. Ils se sont illustrés par des barrages routiers, des incendies de maisons et de véhicules, des jets de pierre et des agressions sur des habitants. Dimanche, le Croissant-Rouge a affirmé avoir pris en charge dix blessés, principalement victimes d’ « agressions physiques », dans la localité de Deir al-Hatab, près de Naplouse, après une « attaque de colons. »
Les événements à l’œuvre ne sont que l’énième manifestation d’un fanatisme messianique promu depuis Tel-Aviv par Benyamin Netanyahou bien sûr, mais aussi par ses affidés suprémacistes, avec la complicité des forces d’occupation sur place. « Je suis particulièrement préoccupée en ce moment par ce qui se passe en Cisjordanie, a déclaré mardi la ministre britannique des Affaires étrangères Yvette Cooper. Je suis également très préoccupée par la capacité à maintenir sur les rails le plan en 20 points pour Gaza, précisément en raison du conflit plus large au Moyen-Orient ». Ses déclarations résonnent dans le vide, tant elles ne sont accompagnées d’aucune sanction contre Israël, que ce soit de la part du Royaume-Uni ou des pays d’Europe, à commencer par la France.
Antoine Portoles
L'Humanité du 25 mars 26

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