Génocide à Gaza : ces partenariats académiques entre la France et Israël devant la justice

 

Des étudiants, assis devant un drapeau palestinien, bloquent l’entrée de l’Institut d’études politiques (IEP-Sciences Po) à Strasbourg, le 9 avril 2025, pour protester contre le renouvellement du partenariat avec l’université israélienne Reichman à Herzliya.© Frederick FLORIN / AFP
Pointant la politique génocidaire du gouvernement Netanyahou, plusieurs associations et syndicats demandent au juge administratif d’annuler les partenariats liant des universités françaises et israéliennes.

Ils ont laissé passer près de quatre mois, espérant des réponses « satisfaisantes » aux mises en demeure envoyées, fin novembre 2025, à huit des plus prestigieuses universités françaises ainsi qu’à leurs ministères de tutelle – Affaires étrangères et Enseignement supérieur. Ce mercredi 25 mars, c’est vers la Justice – tribunal administratif pour les universités, Conseil d’État pour les ministères — que se tournent Sud Solidaires, Nidal, CGT, l’Union étudiante ou encore l’Union juive pour la paix.
Avec le même objectif : obtenir la suspension, voire la résiliation, des partenariats liant les universités françaises et israéliennes – Tel Aviv, Bar Ilhan, Reichman, Ben Gourion du Néguev, Université hébraïque de Jérusalem. Des partenariats qui, dans le contexte génocidaire de la politique israélienne, constituent une « violation des principes du droit international », estiment les requérants.

Des universités israéliennes impliquées dans la politique génocidaire du gouvernement Netanyahou
« Compte tenu des liens que les universités israéliennes entretiennent avec l’armée israélienne, les services de sécurité intérieure et de renseignement, les universités françaises (…) doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour s’assurer que leurs partenariats ne contribuent pas à faciliter ou légitimer toute action susceptible d’être qualifiée de crime de génocide (à Gaza) », réclame une des requêtes déposées mardi auprès du Conseil d’État.
Or elles ne l’ont pas fait. Interrogées sur le contenu de ces partenariats et sur leur nécessaire suspension, elles sont « soit restées silencieuses soit n’ont pas répondu clairement aux questions, ce qui équivaut à un refus, explique l’avocate Damia Taharraoui. C’est ce refus, constitutif d’une faute, que nous attaquons en justice ». Outre le Conseil d’État, des recours sont également engagés auprès des tribunaux administratifs de Paris, Grenoble, Lyon et Marseille, pour contester les partenariats des universités de ces académies.
À l’appui de ces saisines : les principes généraux du droit international et la jurisprudence de la Cour internationale de justice (CIJ), qui imposent d’empêcher les crimes contre l’humanité, les violations du droit international humanitaire et les crimes de guerre. Les universités israéliennes sont toutes, de près ou de loin, impliquées dans la politique génocidaire du gouvernement Netanyahou, rappelle l’avocate Damia Taharraoui.
Certaines sont « situées dans les territoires palestiniens occupés ». D’autres, directement ou indirectement, « participent ou soutiennent le génocide, la poursuite de la colonisation des territoires palestiniens occupés ou la politique d’apartheid ». En prévoyant des échanges d’étudiants, des doubles diplômes ou de la coopération scientifique avec ces établissements, les partenariats signés par les universités françaises viennent « légitimer une situation illicite », soutient l’avocate. « Ils sont contraires au droit international ».
En France, des étudiants ont été punis pour avoir dénoncé ces partenariats, indique l’avocat Samy Djemaoun, qui en défend plusieurs. Contrairement à l’Espagne, à la Suisse ou à la Belgique, où des ruptures de partenariats avec Israël ont été décidées suite à des pressions étudiantes, la France continue à étouffer tout dialogue au sein de l’université, dénoncent les associations requérantes. Devant la justice, elles s’attendent à un combat « sur le temps long ». D’autres batailles, visant notamment le rôle des entreprises au sein des grandes écoles, sont envisagées.

Elisabeth Fleury
l'Humanité du 25 mars 26

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