« Ceux qui se livrent à la torture de Palestiniens ne courent aucun risque » : l’armée israélienne enterre une enquête sur 5 soldats accusés d’avoir battu et violé un prisonnier

 

Des dossiers médicaux montraient que le prisonnier palestinien incarcéré au centre de détention militaire de Sde Teiman a été hospitalisé, en juillet 2024, pour des blessures comprenant des côtes cassées, un poumon perforé et des lésions rectales.© Jamal Awad/Xinhua
Le procureur général de l’armée israélienne Itay Offir a annoncé, jeudi 12 mars, l’abandon des charges retenues contre cinq soldats. Ces derniers étaient accusés d’avoir roué de coups, électrocuté et poignardé au niveau de ses fesses un prisonnier palestinien, suite à la diffusion d’une vidéo révélant les crimes.
L’impunité des forces d’occupation israéliennes reste de vigueur malgré la multiplication des crimes commis sur des Palestiniens. Le procureur général de l’armée israélienne, Itay Offir, a annoncé, jeudi 12 mars, l’abandon des charges retenues contre cinq soldats accusés de violences et de viol sur un détenu palestinien originaire de la bande de Gaza.
Itay Offir affirme que les procureurs en charge estiment manquer de preuves essentielles. Ces derniers justifient leur décision par le renvoi de la victime à Gaza, « la conduite de hauts responsables du corps de l’avocat général militaire » et la « difficulté de procédure concernant le transfert de documents d’enquête pertinents (…) ce qui porte atteinte au droit des accusés à un procès équitable ».

Un poumon perforé et des lésions rectales
Sari Bashi, directrice exécutive du Comité public contre la torture en Israël, a fustigé cette décision : « Le procureur général militaire israélien vient de donner carte blanche à ses soldats pour violer, du moment que la victime est palestinienne. » Suhad Bishara, la directrice juridique d’Adalah, un groupe de défense des droits humains, a aussi critiqué cette décision, dénonçant que « ceux qui se livrent à la torture de Palestiniens ne courent aucun risque d’avoir à rendre des comptes ».
Pour rappel, les cinq militaires israéliens en question, tous réservistes, ont été inculpés pour avoir infligé de « mauvais traitements aggravés » et des « lésions corporelles graves » à un prisonnier palestinien incarcéré au centre de détention militaire de Sde Teiman, résume l’acte d’accusation daté de février 2025. Des dossiers médicaux montraient que le détenu a été hospitalisé, en juillet 2024, pour des blessures comprenant des côtes cassées, un poumon perforé et des lésions rectales.
Les cinq accusés ont « roué de coups le détenu, l’ont traîné au sol, lui ont marché dessus et l’ont électrocuté avec un pistolet à impulsion électrique », énumère le journal israélien Haaretz. L’acte d’accusation annonce également que la victime a été poignardée au niveau des fesses, provoquant une lésion rectale.
Une vidéo de l’agression a été rapidement diffusée par plusieurs médias israéliens, amenant à l’arrestation de soldats. Mais l’affaire a pris un – léger – tournant national lorsqu’un collectif d’extrême droite, dont un ministre et des parlementaires, a fait irruption dans la base pour exiger leur libération. Les cinq soldats ont ainsi reçu un soutien massif.

« La grande majorité des actions sont masquées par des boucliers »
Au final, la seule enquête toujours en cours vise la prédécesseure d’Itay Offir, Yifat Tomer-Yerushalmi. La militaire est accusée de fraude, d’abus de confiance, d’abus de fonction, d’obstruction à la justice et de divulgation d’informations officielles. Elle avait, deux jours après le début de l’enquête, démissionné de son poste, avouant être à l’origine de la fuite de la vidéo pour « contrer la propagande mensongère visant les forces de l’ordre au sein de l’armée ».
Yifat Tomer-Yerushalmi avait été mise en garde à vue durant plusieurs jours en novembre dernier. Le ministre des Finances israélien – et fasciste – Bezalel Smotrich a estimé, jeudi, qu’il « ne reste plus qu’à veiller à ce que le procureur général militaire destitué soit jugé ». Malgré les éléments rendus visibles par la diffusion de la vidéo, son successeur estime que les images de l’incident « ne présentent pas une représentation sans équivoque des accusations portées contre les accusés », puisque « la grande majorité des actions sont masquées par des boucliers ».
Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, lui-même visé par un mandat d’arrêt international, a salué cette décision : « L’accusation de crime rituel… qui a diffamé Israël dans le monde d’une manière sans précédent, est désormais terminée. » Le chef de gouvernement a surenchéri en annonçant que « l’État d’Israël doit persécuter ses ennemis et non ses combattants héroïques ».
Le ministre de la Défense, Israel Katz, a également salué l’abandon des charges par l’armée. Fidèle aux éléments de langage de Benyamin Netanyahou, il estime ainsi que la « justice a été rendue » et a qualifié l’affaire de « calomnie rituelle ». Une impunité préservée malgré la réalité des violences, au détriment du peuple palestinien, victime d’un génocide et sans possibilité d’obtenir justice.

Tom Demars-Granja
L'Humanité du 13 mars 2026

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