Lorsque l’entité israélienne poursuit ses massacres, ses destructions, ses enlèvements et ses actes de torture après l’annonce de l’accord de cessez-le-feu (27 novembre 2024), lorsque les promesses de la communauté internationale se révèlent vaines et que des victimes tombent tandis que le monde se contente de ses condamnations habituelles, cette question devient à la fois réaliste et légitime : et si le gouvernement libanais osait suspendre sa coopération avec le mécanisme international et refuser de recevoir les ambassadeurs des pays soutenant Israël, en signe de protestation ferme contre la poursuite des massacres de civils innocents et d’enfants, la destruction de villages et l’enlèvement de citoyens libanais à leur domicile ?
Cette mesure, qui peut paraître impulsive ou excessive à certains, revêt une dimension politique, juridique et nationale profonde et mérite d’être présentée sans sensationnalisme ni exagération.
Courage et responsabilité nationale
Depuis la signature de l’accord de cessez-le-feu le 27 novembre 2024, l’agression israélienne contre le Liban n’a pas cessé. Des rapports documentés indiquent que plus de 400 personnes ont été tuées et près de 1 000 Libanais blessés depuis la cessation des hostilités. La Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) a annoncé avoir recensé plus de 10 000 violations aériennes et terrestres israéliennes du territoire libanais au cours de l’année écoulée. Rien n’indique un ralentissement de l’agression israélienne ni un retrait des zones libanaises qu’elle occupe encore.
Face à cette réalité, la communauté internationale est restée inactive et l’appel du Liban au Conseil de sécurité est resté vain. Les États-Unis et Israël font pression pour que la mission de la FINUL prenne fin d’ici fin 2026. Le Liban est ainsi confronté à trois situations : des violations quotidiennes de l’accord de cessez-le-feu, un mécanisme international incapable de le protéger et un parrain américain de l’accord qui exerce des pressions pour le retrait de la force internationale. Dans ce contexte, le silence est synonyme de complicité et le courage devient un devoir national.
Que signifie l’arrêt de la coopération avec ce « mécanisme » ?
Le scénario proposé comprend deux étapes :
• Suspendre la coopération avec la FINUL, car ce mécanisme est incapable de dissuader Israël ni même de documenter efficacement ses violations. Par conséquent, le retrait du Liban ne constitue pas une violation du droit international, mais plutôt une reconnaissance de la perte de crédibilité de ce droit.
• Cesser de recevoir les ambassadeurs des pays soutenant Israël est une mesure d'escalade, mais légitime. Les pays qui fournissent des armes à Israël, le protègent politiquement au sein des instances internationales et font pression pour la dissolution de la FINUL ne devraient pas bénéficier d'un traitement diplomatique normal à Beyrouth alors que le sang libanais coule sous leurs yeux.
- Les bénéfices attendus de la suspension de la coopération :
• Restaurer le prestige de l'État libanais : le Liban souffre depuis longtemps de l'image d'un État faible qui accepte silencieusement les violations et se contente de formuler des plaintes restées sans réponse. Une telle mesure permettrait avant tout de restaurer le prestige intérieur de l'État et d'assurer aux citoyens libanais que leur État n'a pas capitulé. • Activation de la résistance diplomatique : En refusant de recevoir les ambassadeurs de certains pays, le Liban affirme qu’il n’est plus acceptable qu’un pays vende des armes à Israël et que son ambassadeur mène ensuite des négociations diplomatiques à Beyrouth comme si de rien n’était.
• Mise en lumière du double standard international : Cette décision pourrait contraindre la communauté internationale à se confronter à ses propres contradictions : comment peut-elle exiger du Liban qu’il respecte un accord dont l’autre partie ne respecte pas les termes ? Et comment peut-elle exiger le déploiement de l’armée libanaise alors qu’Israël occupe son territoire et le bombarde quotidiennement ?
• Unification de la position intérieure : La tragédie nationale actuelle pourrait jeter les bases d’un dépassement des profondes divisions. La poursuite de l’agression représente le plus grand danger pour tous, tandis qu’une réponse ferme pourrait créer un terrain d’entente national.
- Risques et défis réels :
• On s’attend à ce que les États-Unis et les pays européens réagissent par des pressions économiques et diplomatiques. Mais la question se pose : les sanctions sont-elles pires que ce que nous subissons actuellement ? Le Liban est en proie à un effondrement économique, et la poursuite des massacres et des destructions dans le sud compromet toute possibilité d’investissement ou de reconstruction.
Le Liban a besoin du soutien de la communauté internationale, mais quel genre de soutien tolère les meurtres, les enlèvements et la torture de civils, ainsi que l'occupation de son territoire ? Le silence actuel du monde arabe et international peut être considéré comme une forme d'isolement. L'initiative libanaise proposée dans cet article peut rompre cet isolement et recentrer le débat sur des principes plutôt que sur la simple demande.
Toute initiative souveraine de ce type doit s'appuyer sur un consensus national et une stratégie claire. Le gouvernement ne peut agir seul, sans soutien politique et populaire.
Le moment est-il opportun ?
Le Liban rejette le retrait de la FINUL et appelle à son maintien ou à la mise en place d'une alternative européenne. Cela signifie que le Liban ne rejette pas le mécanisme international en lui-même, mais plutôt un mécanisme qu'il juge imparfait et partial. Le Liban ne rejette pas la diplomatie, mais plutôt le deux poids, deux mesures.
Le retrait prévu de la FINUL en 2026-2027 marque un tournant dangereux. Si la force internationale est vouée à partir sous la pression américaine et israélienne, pourquoi le Liban attend-il le dernier moment pour agir ? Agir avec audace dès maintenant pourrait redéfinir le rôle de la communauté internationale avant qu'il ne soit trop tard. La décision de suspendre la coopération avec ce « mécanisme » défaillant et de refuser de recevoir les ambassadeurs des pays complices de crimes de guerre est une déclaration : le Liban n'est plus disposé à payer le prix d'un accord que l'autre partie ne respecte pas. C'est un message clair : la souveraineté n'est pas un mot d'ordre dans les discours de serment, mais une décision prise dans les moments de danger.
Le Liban risque de perdre une partie de son aide et de subir des pressions internationales, régionales et arabes, mais il gagnera quelque chose de bien plus précieux : sa dignité nationale, son droit de défendre son peuple par tous les moyens disponibles et le respect d'un monde qui ne respecte que ceux qui se respectent eux-mêmes.
N'est-il pas temps de savoir qui sont les véritables amis du Liban et quelle est la valeur de leurs promesses face à la justice ?
Omar Nashabeh
Le 13 février 2026
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire