128 journalistes ont été tués dans le monde en 2025, dont près de la moitié en Palestine

 

Les funérailles de Shireen Abu Aqleh, correspondant à Al-Jazeera tué en Palestine.© Zuma/ABACA
Avec 56 professionnels des médias tués l'année dernière par l'armée israélienne, la Palestine occupe la première place du macabre podium pour la troisième année consécutive.  
Un bilan macabre, et en hausse par rapport à 2024 : cent vingt-huit journalistes ont été tués dans le monde en 2025 selon un décompte publié ce jeudi par la Fédération internationale des journalistes (FIJ). 
Au-delà du chiffre, il s’agit d’« une alerte rouge mondiale pour nos confrères et consoeurs » selon Anthony Bellanger, secrétaire général de l’organisation qui s’inquiète tout particulièrement de la situation dans les territoires palestiniens.  
Avec 74 journalistes tués, le Moyen-Orient et le Monde Arabe représentent 58 % de tous les professionnels des médias tués dans le monde (le Yémen arrive en deuxième position avec 13 décès, suivi de l’Ukraine avec huit). Parmi ceux-ci, 56 journalistes ont perdu la vie en Palestine. 
« On a jamais vu ça : en si peu de temps, autant de morts, sur un espace aussi réduit », a déploré Anthony Bellanger à l’AFP. Pour la troisième année consécutive, « les journalistes palestiniens ont payé le prix le plus élevé » en raison de la guerre à Gaza, note le communiqué de la FIJ, citant le meurtre d’Anas Al-Sharif comme étant « le plus emblématique ». 
Reporter d’Al Jazeera, celui-ci est mort suite à une attaque ciblée, qui a aussi emporté cinq autres journalistes et professionnels des médias qui se trouvaient dans une tente abritant des journalistes, à la périphérie de l’hôpital Al Shifa à Gaza, le 10 août 2025. 

“Les déplacements, la famille et la mort”
Alors que le droit international humanitaire stipule clairement que les journalistes doivent pouvoir exercer leur métier, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres a récemment exprimé que « les journalistes à Gaza sont confrontés aux mêmes risques que les populations qu’ils couvrent – notamment les déplacements, la famine et la mort ». Le chef de l’ONU a aussi dénoncé « l’interdiction inacceptable qui empêche les journalistes internationaux d’accéder à Gaza » 
Suite aux attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, la bande de Gaza a été placée sous un blocus total, et subit un huis clos informationnel d’une ampleur et d’une durée inédites, avec des possibilités de communiquer vers l’extérieur extrêmement précaires. Une situation qui n’a pas empêché de nombreux journalistes locaux de continuer à travailler malgré les bombardements, les privations, les pertes personnelles et les déplacements. 
« Nous ressentions une immense responsabilité envers vous, envers le monde entier », déclarait dans un message vidéo Wael Al-Dahdouh, chef du bureau de Gaza du réseau Al Jazeera, lors d’un séminaire international sur “les médias pour la paix au Moyen-Orient” organisé au siège des Nations unies, à New York, le 2 décembre dernier. 

20% des journalistes présents dans l’enclave tués
« Nous savions que si nous n’accomplissions pas notre devoir de toutes nos forces, même au prix de nos vies, le monde ne verrait pas ce que vivent deux millions de personnes dans cette région, victimes du génocide israélien », avait ajouté le journaliste. 
Selon le président du Syndicat des journalistes palestiniens Nasser Abou Bakr, plus de 255 journalistes auraient été tués à Gaza en 26 mois, soit près de 20 % du nombre total des professionnels des médias présents dans l’enclave. 
Le 1er septembre dernier, à huit jours de l’ouverture de la 80e Assemblée générale des Nations unies, plus de 270 médias issus de 70 pays avaient perturbé simultanément leurs unes, leurs pages d’accueil et leurs programmes, pour « dénoncer le meurtre des journalistes par l’armée israélienne dans la bande de Gaza, exiger la fin de l’impunité des crimes commis contre les reporters et appeler (…) à l’ouverture d’un accès indépendant pour la presse internationale dans la bande de Gaza ». 
En ce début d’année 2026, force est de constater que l’appel alors lancé pour exiger « une action forte de la communauté internationale » afin de stopper la spirale meurtrière du gouvernement de Benyamin Netanyahou n’a toujours pas été suivi d’effet. 

Luis Reygada
L'Humanité du 1er janvier 26

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