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| Rencontre entre le cabinet de guerre du gouvernement israélien et le secrétaire d’État états-unien Antony Blinken, le 3 novembre 2023, à Tel Aviv. © Amos Ben Gershom/Israel Gpo/ZUMA/IMAGO |
Le récit de 55 pages du premier ministre Benyamin Netanyahou sur les échecs qui ont conduit aux attentats du 7-Octobre « ne reflète pas ce qui s’est réellement passé », a déclaré Avi Gil, dans une interview publiée vendredi 9 octobre par le media Israel Hayom. Le secrétaire militaire du premier ministre au moment de l’attaque terroriste du Hamas fait ainsi référence au document remis par Netanyahou au bureau du contrôleur d’État le 5 février 2026.
« Ce qu’on raconte au public ne correspond pas à la réalité », a-t-il encore affirmé avant d’expliquer pourquoi il a finalement décidé de prendre la parole deux jours après les commémorations : « Il y a trop de mensonges qui circulent. J’espérais qu’une commission d’enquête d’État serait mise en place et enquêterait sur toute l’affaire, mais malheureusement cela ne s’est pas produit, et je doute que cela se produise un jour ».
Dans cet entretien choc, l’ex-secrétaire révèle que le premier ministre avait rejeté la recommandation des responsables de la défense d’éliminer les chefs du Hamas de Gaza avant le 7-Octobre. Le service de renseignement avait périodiquement proposé des opérations ciblées à Gaza lors de réunions entre Netanyahou et les chefs de la sécurité, mais ces dernières n’avaient pas été approuvées.
« Je me souviens d’au moins trois occasions où Ronen a recommandé d’éliminer les agents à Gaza qui dirigeaient des actions terroristes en Judée-Samarie, et d’élaborer des scénarios allant jusqu’à cibler Sinwar et Deif. Ces recommandations n’ont pas été mises en œuvre, toujours en raison de la politique en vigueur. On disait craindre une escalade, que ce n’était pas le moment d’une nouvelle escalade du conflit et que la normalisation était imminente », détaille-t-il encore.
Plusieurs accords pour la libération des otages torpillés
Par ailleurs, Avi Gil rapporte que Benyamin Netanyahou a torpillé « plusieurs accords pour libérer » les otages israéliens détenus par le Hamas à Gaza pour des raisons politiques, prolongeant ainsi leurs souffrances et contribuant au meurtre de certains d’entre eux en captivité. Selon lui, plus d’otages auraient pu être libérés plus tôt si Netanyahou avait approuvé cet accord.
Avi Gil révèle également de nouveaux détails concernant la falsification présumée des comptes-rendus de conversations entre Netanyahou et de hauts responsables. Deux semaines après le début du conflit, il aurait commencé à remarquer que des personnes de l’entourage proche de Netanyahou collectaient des documents de manière disproportionnée.
Gil explique alors en avoir informé le procureur général qui, dans la foulée, a demandé l’ouverture d’une enquête à la police israélienne. L’objectif : déterminer si de hauts responsables du cabinet du premier ministre avaient tenté de modifier le protocole des réunions du cabinet tenues pendant la guerre, ainsi que les transcriptions des conversations téléphoniques des décideurs – dont Netanyahou – durant les premiers jours du conflit. Une enquête qui a donné lieu a des instructions claires qui ne seront pas respectées.
« Un comportement criminel récurrent »
Il se souvient particulièrement de ce jour où, entre deux réunions, une des sténographes est entrée dans son bureau et lui a indiqué que le chef de cabinet du Premier ministre lui avait demandé la transcription de sa conversation avec le Premier ministre le 7 octobre à 6 h 40. Elle lui a alors confié que l’ordre lui avait été intimé de modifier l’horaire à 6h29.
Une situation que Avi Gil juge comme « un comportement criminel récurrent de la part de personnes qui se croient tout permis, et le chef d’état-major s’est comporté comme quelqu’un qui pensait pouvoir faire tout ce qu’il voulait », assure Gil. Pire, « il se pourrait que, même à l’époque, ils travaillaient déjà sur le récit que nous connaissons aujourd’hui, selon lequel le premier ministre était le seul à agir lorsque les attentats du 7-Octobre ont commencé, analyse-t-il. C’est un scénario grave, mais plausible. Et il y a un autre scénario extrêmement grave. »
Et de poursuivre son explication : « Onze minutes se sont écoulées entre le premier et le deuxième appel. Pendant ces onze minutes, j’ai reçu des renseignements que je ne possédais pas lors du premier appel, renseignements que j’ai transmis au premier ministre lors du deuxième appel. S’il est possible d’établir que ces renseignements étaient déjà disponibles à 6 h 29, cela signifierait que quelqu’un savait déjà à ce moment-là ce qui allait se produire. Autrement dit, il y a eu trahison. »
« Qu’a fait Netanyahou ? Rien »
À la question du média Israel Hayom : « Devons-nous supposer que d’autres transcriptions ont également été falsifiées ? », Gil répond : « Toute commission d’enquête mise en place doit exiger les enregistrements complets, et non les transcriptions, car j’ignore ce qui a été modifié. J’attends du contrôleur d’État qu’il en fasse de même, plutôt que de se fier à des extraits de transcriptions fournis par le Premier ministre. »
Avi Gil soutient que « le document soumis au contrôleur d’État ne reflète pas la réalité. Il dit une partie de la vérité, mais pas toute la vérité. » Selon lui, Netanyahou était au courant de ces falsifications.
« Et même si ce n’était pas le cas, souligne-t-il, c’est extrêmement grave. Les récits ne sortent pas de nulle part ; quelqu’un en est responsable, quelqu’un les approuve. Il y a probablement eu une discussion, et quelqu’un a manifestement jugé important de modifier l’heure de cet appel. Mais supposons qu’il ne le savait pas. Une fois que je l’ai signalé, il le savait. Qu’a-t-il fait ? Rien. »
« Propagande politique » pour Netanyahou
Le Likoud, parti de Netanyahou a réagi à l’interview du média dans un communiqué affirmant que le reportage est « une propagande politique fabriquée de toutes pièces contre le Premier ministre Netanyahou et le Likoud, visant à renverser le pouvoir de droite et à instaurer un gouvernement de gauche qui établira un État palestinien ».
« Il est évident pour moi que la machine à diffamer va s’acharner sur moi. Ils vont tenter de me salir et de détruire ma crédibilité. Mais je ne suis pas le sujet. Le sujet, c’est l’État d’Israël. Ce n’est pas ma vérité. C’est la vérité du pays », a prévenu l’homme qui sort du silence trois ans après l’attaque terroriste du Hamas et la réplique génocidaire d’Israël.
L'Humanité du 09 octobre 26

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