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A Gaza, un an de « cessez-le-feu » sans paix ni reconstruction, sous les bombardements : « Le plan Trump n’a rien changé »

 

Trois ans après le 7-Octobre, les habitants du territoire palestinien survivent toujours dans les ruines, tandis que le plan conclu le 10 octobre 2025 sous l’égide du président américain s’enlise. Malgré cet accord, la guerre d’anéantissement menée par Israël continue.
Watine Hamad a un an. Elle est née à la veille du cessez-le-feu conclu le 10 octobre 2025 entre le Hamas et Israël. La petite fille est arrivée comme un « miracle », après des années d’attente pour Ali et Hyam Hamad, qui ne parvenaient pas à avoir d’enfants. Mais ce n’est pas ainsi qu’ils avaient imaginé la voir grandir. Comme plus de 1 million d’habitants de la bande de Gaza, la famille survit sous une tente rafistolée, à la merci des insectes, des rongeurs et de la promiscuité, au milieu d’un territoire dévasté. « A côté d’une décharge. C’est ça, l’environnement de ma fille : les odeurs nauséabondes, les maladies cutanées et les infections respiratoires. Ce n’est pas cette vie-là que je voulais lui offrir », confie Ali Hamad, 38 ans, par téléphone, l’un des seuls moyens de recueillir des témoignages à Gaza, Israël interdisant depuis trois ans l’accès au territoire palestinien à la presse étrangère.
La population est exsangue. Il y a un an, elle célébrait avec douleur, dans les rues pulvérisées, l’annonce d’un cessez-le-feu qui porte bien mal son nom. Conclu sous l’égide du président des Etats-Unis, Donald Trump, il devait mettre fin à la guerre d’anéantissement menée par Israël contre l’enclave palestinienne après les attaques terroristes commises par le Hamas le 7 octobre 2023 en échange, entre autres, d’une libération des otages, du désarmement du groupe islamiste palestinien et de son retrait définitif des affaires. En parallèle, une aide humanitaire « complète et illimitée » devait être acheminée, la reconstruction commencer et l’armée israélienne amorcer son retrait.
Un an plus tard, Israël n’a toujours pas retiré ses troupes de Gaza. Son occupation s’est étendue aux deux tiers du territoire, poussant plus de 2,2 millions d’habitants à s’entasser sur 130 kilomètres carrés. Originaire du camp d’Al-Bureij, dans le centre, la famille Hamad ne reverra jamais son habitation. Située à l’est de la « ligne jaune », du côté occupé par les Israéliens, elle n’est plus qu’un tas de ruines, comme la quasi-totalité des bâtiments de cette partie de l’enclave méthodiquement rasée par l’armée israélienne. Transformé en « zone tampon », ce no man’s land est parsemé d’avant-postes militaires et accueille des milices palestiniennes très impopulaires, formées et armées par l’Etat hébreu pour mener des attaques contre le Hamas.

« Insécurité alimentaire »
Si les bombardements massifs ont nettement diminué, ils n’ont pas cessé. Des attaques israéliennes sont menées presque quotidiennement au nom de la lutte contre les éléments restants du Hamas. Plus de 1 470 personnes ont été tuées et 5 190 blessées ces douze derniers mois, portant à 74 250 le nombre de morts depuis trois ans, selon les chiffres du ministère de la santé de l’enclave. « On ne se sent pas en sécurité, la peur est toujours là. Il y a les assassinats ciblés, les bombardements, et les dynamitages que l’on entend la nuit. Une petite fille a été tuée il y a quatre jours près de chez moi par des balles perdues provenant de quadricoptères israéliens », témoigne Mahmoud Abou Roukba, père de famille de 42 ans, déplacée dans le camp d’Al-Mawassi. « Le plan Trump n’a rien changé en un an. Nous avons les mêmes besoins : trouver de la nourriture, de l’eau, un logement », ajoute-t-il.
« L’insécurité alimentaire à Gaza n’est plus épisodique, elle est structurelle », écrit Médecins du monde dans son dernier rapport sur la situation « inhumaine » dans l’enclave. Les habitants dépendent largement de l’aide humanitaire et des cuisines communautaires. Les produits ne manquent plus sur les marchés, comme au temps de la famine de l’été 2025, mais leurs prix sont inabordables pour une population majoritairement sans emploi et qui a perdu tous ses biens. L’aide transite essentiellement par le seul point de passage de Kerem Abou Salem, dans le sud de Gaza. Les organisations humanitaires, beaucoup moins nombreuses après que des dizaines ont été bannies par Israël, dénoncent toujours les entraves imposées par l’Etat hébreu à son entrée.
Le secteur de la santé est l’une des premières victimes de ces entraves. Des produits aussi élémentaires que la gaze, les aiguilles de seringue ou les cathéters sont en pénurie, tout comme les traitements contre le cancer et le matériel nécessaire à l’hémodialyse, mettant en danger la vie de milliers de patients. Les appareils d’IRM de l’enclave, tous détruits, n’ont jamais été remplacés, ni les scanners, mammographes et autres équipements de dépistage en raison des restrictions israéliennes sur les biens dits « à double usage », terme désignant du matériel civil susceptible d’être détourné à des fins militaires. En septembre 2026, seuls 20 des 36 hôpitaux de Gaza fonctionnaient partiellement, contre 14 en octobre 2025, au moment du cessez-le-feu.
Les évacuations médicales vers des pays tiers se font au compte-gouttes, malgré l’engagement du plan Trump. A cela s’ajoute la menace d’épidémies à la suite de la destruction des réseaux d’assainissement. « Les autorités israéliennes continuent à empêcher la reconstruction du système de santé, à restreindre l’accès aux médicaments et équipements, et à limiter les déplacements des patients nécessitant des soins vitaux. Le cessez-le-feu ne saurait être considéré comme la fin des actes génocidaires commis par Israël », dénonce l’ONG israélienne Physicians for Human Rights.
L’enseignement reste largement dispensé à distance, ou dans des espaces insalubres en raison de la destruction de plus de 90 % des écoles et universités. Seule une poignée d’établissements ont réussi à effectuer des réparations partielles ou à louer des salles pour accueillir leurs étudiants en présentiel. Nirmine Mourad, mère de trois enfants, est incapable de procurer un téléphone portable à sa fille, qui commence sa première année d’université en ligne. « Les rares qu’on trouve sont vendus 4 000 shekels [1 166 euros] », affirme cette habitante de la ville de Gaza.

Pas de projet politique
L’année écoulée devait pourtant voir se déployer le plan en 20 points de Donald Trump, dévoilé le 29 septembre 2025 et présenté comme la voie vers une paix plus large au Moyen-Orient. Cinq mois plus tard, le 28 février, le président américain lançait, aux côtés de son allié israélien, une offensive contre l’Iran, précipitant la région dans une guerre aux répercussions mondiales, tandis que Gaza demeurait abandonnée à son sort. « Seuls 2 des 20 points du plan Trump ont été pleinement appliqués. Il s’agit de la partie transactionnelle : le retour des otages israéliens et la libération des prisonniers palestiniens. Tout le reste − la gouvernance de Gaza, le désarmement du Hamas, le retrait israélien et la reconstruction − est à peine sorti du papier. Ce schéma est très révélateur », explique Jaser Abu Mousa, chercheur au Middle East Institute, aux Etats-Unis.
Le Conseil de la paix, organe créé par Donald Trump et composé de ses fidèles – davantage hommes d’affaires que diplomates – pour superviser la mise en œuvre de son plan, tente d’afficher des avancées. Le 23 septembre, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, Jared Kushner, gendre du président américain, a annoncé un programme de relèvement de Gaza de 2,45 milliards de dollars (2,18 milliards d’euros). Cette somme n’est toujours pas réunie, alors que le montant de la reconstruction est estimé à 71,4 milliards de dollars sur dix ans.
A la fin du mois de juillet, Nickolay Mladenov, le diplomate bulgare nommé pour Gaza, avait détaillé une feuille de route pour le désarmement du Hamas. Fait inédit, le mouvement islamiste l’a acceptée, tout comme le principe de remettre l’administration civile de l’enclave. Mais là encore, Israël a placé la barre plus haut : le désarmement doit être immédiat et total, faute de quoi, il n’y aura ni retrait de ses troupes ni reconstruction. Résultat : la population gazaouie demeure sous la seule autorité du Hamas.
« Le désarmement est devenu l’alibi de l’impasse : une condition préalable qui garantit que rien ne bouge. D’autant qu’en pleine campagne électorale israélienne, le retrait de Gaza représente un coût politique. La véritable faiblesse du plan Trump, c’est que personne n’arbitre le passage d’une étape à l’autre. Et les obligations d’Israël ne sont assorties ni d’un mécanisme de vérification ni de conséquences en cas de non-respect », estime Jaser Abu Mousa.
Le plan pour Gaza conçu par le président américain laisse un grand absent : les Palestiniens eux-mêmes. Le territoire palestinien y est abordé comme un dossier sécuritaire et un chantier d’ingénierie. Et il reste muet sur le projet politique auquel les Palestiniens sont censés adhérer. Tout aussi absente, la question de la justice : le plan n’offre aucune perspective de reddition de comptes pour Israël.

Par Marie Jo Sader
Le Monde du 09 octobre 26

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