Alors que l’extrême droite et ses relais médiatiques se sont emparés d’une erreur du journal Le Monde sur la présence de tracts du RN dans le véhicule du tueur de Trappes Kevin T., Mediapart révèle des conversations privées attestant du soutien de l’auteur de l’attentat raciste aux idées du parti.
Le tueur de Trappes était bel et bien acquis aux idées de Marine Le Pen. N’en déplaise à l’extrême droite et à ses relais médiatiques, qui ont cru trouver dans une erreur du journal Le Monde de quoi écarter toute proximité idéologique entre Kevin T. et le Rassemblement national. Le quotidien avait annoncé, à tort, la découverte de tracts du RN dans le véhicule du terroriste. Une information rapidement rectifiée par le quotidien du soir, puis démentie par le procureur antiterroriste Olivier Christen.
Mais l’occasion était trop belle pour Marine Le Pen de dénoncer sur X une « opération militante visant à salir le RN », et pour Jordan Bardella de réclamer des « excuses publiques ». CNews et Frontières se sont également emparés de l’affaire, Frontières allant jusqu’à dépêcher un journaliste devant les locaux du Monde. Seulement voilà : l’erreur du quotidien sur la présence de tracts ne dit rien des convictions politiques du suspect, puisque celles-ci sont désormais documentées.
« Marine est ton amie »
En effet, dans une enquête publiée mardi 27 octobre, Mediapart révèle plusieurs conversations privées de Kevin T., qui se sont tenues sur Facebook et Messenger entre 2022 et 2023. Le suspect de 39 ans y affiche sans ambiguïté son soutien à Marine Le Pen et aux idées du RN.
L’immigration revient constamment dans les échanges révélés par Mediapart. « Je supporte plus d’être envahi et de rien faire contre ça », écrit Kevin T. le 9 mars 2022. Il accuse également la gauche de favoriser une « émigration massive » et présente l’extrême droite comme un moyen de « lutter contre l’invasion des étrangers ».
Son hostilité vise aussi les musulmans. Dans une conversation datée de mai 2023, il affirme que les musulmans vivant en France seraient « presque tous islamistes ». Le trentenaire ne cache pas davantage ses préférences électorales. Au printemps 2023, alors qu’il échange avec des amis, il invite l’un d’eux à revenir « à la raison » : « Marine est ton amie », lui écrit-il. Dans une autre discussion, il assure à un autre proche que « le RN n’est pas ton ennemi ».
À l’inverse, Kevin T. désigne toujours la gauche et les syndicats comme des adversaires. « La France est ingouvernable à cause de tous les syndicats et la gauche », affirme-t-il en mai 2023.
Une radicalisation alimentée par les « chaînes d’info »
Ces convictions étaient connues de son entourage. Plusieurs proches interrogés par Mediapart racontent avoir tenté, pendant des années, de faire changer d’avis Kevin T. Dans les conversations consultées par le journal, certains contestent ses propos et tentent de le convaincre que l’extrême droite ne défend pas ses intérêts. « Quand on gagne moins de 2 000 €/mois, on a aucun intérêt à voter à droite ou à l’extrême droite », lui explique notamment l’un d’eux.
Mais les arguments semblent rester sans effet. Dès 2022, alors qu’un ami espère encore le détourner d’un vote pour Marine Le Pen, un autre lui répond par SMS : « Ça fait cinq ans que j’essaye, il est irrécupérable du point de vue politique mec. » Une radicalisation que ses proches relient notamment aux médias. « Tous ses problèmes à lui, c’était à cause des Noirs et des Arabes », témoigne l’un d’eux auprès de Mediapart, déplorant une spirale raciste alimentée par les « chaînes d’info ».
Pierre Cazemajor
L'Humanité du 27 octobre 2026

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