Entre avril et septembre 2026, dans le contexte d’une guerre génocidaire d’Israël contre les Palestiniens, la France a effectué 35 livraisons à Elbit Systems, principal fabricant d’armes israélien.
Tandis qu’Israël poursuit sa guerre génocidaire à Gaza et dans les territoires palestiniens, la France continue à lui fournir des équipements militaires. À la veille du lancement du « mois contre l’armement d’Israël », c’est le constat que dressent Urgence Palestine et Palestinian Youth Movement, dans un rapport que l’Humanité a pu se procurer. En avril dernier, les deux ONG avaient listé 525 livraisons réalisées entre octobre 2023 et mars 2026 par plusieurs équipementiers français en direction d’Israël.
La liste, depuis mars, s’est encore allongée. Dans un rapport actualisé, les mêmes ONG dénombrent environ 35 livraisons récentes et identifient, parmi les fournisseurs, quatre « petits nouveaux » : Sabena Technics, Carly RCS, Socitec et Lameco. Pièces d’aéronef (Sabena Technics, Liebherr-Aerospace, ADR), ventilateurs extra-plats (LMB Aerospace), modules d’affichage OLED (Microoled), connecteurs électriques (Thales), plaques laminées (Lameco), visières de casques de pilote (Savimex)…
Les équipements, fabriqués un peu partout en France, acheminés la plupart du temps par le transporteur israélien El Al, ont tous le même client final : l’entreprise Elbit Systems, premier fabricant d’armes en Israël. Un constat qui met à mal le mantra du gouvernement, encore répété ce mercredi 30 septembre par la ministre des Armées, Catherine Vautrin. « La France ne vend pas d’armes à Israël », a-t-elle asséné devant la commission de contrôle des exportations d’armes. « Lorsque le gouvernement autorise l’exportation de composants, poursuit-elle, il s’assure que le matériel n’est pas utilisé contre les populations civiles. »
Des affirmations gratuites – rien ne permet de les confirmer – que le travail des ONG vient au contraire démentir. « Comment pouvez-vous garantir la destination finale des composants exportés vers Israël, lorsqu’ils sont ensuite intégrés dans des systèmes d’armement ? », interroge la députée écologie Sabrina Sebaihi.
« Nous interdire de vendre à Israël pour nous donner bonne conscience serait une illusion totale »
Au nom de la France Insoumise, Mathilde Panot dénonce les « mensonges » du gouvernement. « Tantôt vous avez prétexté que le matériel envoyé était strictement défensif. Tantôt, qu’il ne servait qu’à la réexportation, interpelle la députée. Quoi que vous en disiez, ces pièces ont servi et servent toujours à faire la guerre, une guerre génocidaire et unilatérale, menée par Israël contre le peuple palestinien tout entier. » Confrontant les affirmations ministérielles à la réalité des équipements livrés à Israël, la députée ironise. « Canons, drones armés, brouilleurs, viseurs de pilote : rien de tout cela n’est strictement défensif. »
Bien qu’elles aient toutes été interrogées, une seule des onze sociétés, citées comme fournisseur d’Elbit Systems par le nouveau rapport des ONG, a répondu aux questions de l’Humanité. Microoled produit « des composants électroniques » qui, une fois intégrés à diverses optiques, « servent à la vision augmentée (…) de la police, du chasseur ou du soldat (…) pour l’aider à prendre des décisions, liées à sa sécurité », explique la société grenobloise.
Des composants « non soumis à la classification export des biens à double usage », précise-t-elle. Mais dont elle conditionne la distribution à des « end user certificates » ainsi qu’à « des règles strictes d’usage », assure-t-elle. Avec quels moyens de contrôle ? Et, le cas échéant, quelles mesures de rétorsion ?
« En réalité, il n’y a aucun contrôle »
« Nous nous donnons beaucoup de moyens pour contrôler les usages finaux, mais comprenez que nous ne pouvons pas les garantir au-delà de notre client de rang 1 », reconnaît Microoled. « Si nous nous interdisions de vendre à Israël pour nous donner bonne conscience, ce serait une illusion totale car cela stimulerait nos concurrents américains et chinois (…) cela tuerait une bonne vingtaine d’emplois, pour rien », ajoute l’entreprise qui, en matière d’éthique, affirme aller déjà « bien au-delà » de l’application stricte de la réglementation internationale.
D’un côté, un gouvernement qui se félicite de ses ventes records d’armes mais affirme ne livrer à Israël que du matériel « défensif » ou destiné à la « réexportation ». De l’autre, des entreprises françaises qui acceptent de vendre au principal fabricant d’armes israélien tout en admettant ne pas connaître précisément l’usage final de leurs livraisons.
« En réalité, il n’y a aucun contrôle, déplore Thomas Nayla, porte-parole d’Urgence Palestine. Ni a priori. Ni a posteriori. » Un flou très relatif, cependant. « On sait où atterrissent ces pièces. On sait ce que fabriquent les filiales qui les reçoivent », indique-t-il, appelant à une « mobilisation, partout, contre les transferts ». Un meeting devait réunir ce jeudi soir, à la Bourse de Paris, des syndicalistes (Sud, CGT, Solidaires), des élus (EELV, PCF, LFI, NPA-A) et des représentants d’associations (BDS, AFPS, Urgence Palestne, Stop arming israël).
Elisabeth Fleury
L'Humanité du 1er octobre 26

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