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France - L’Union syndicale des lycéens: « La mobilisation doit continuer »

 

À Saint-Denis (93), devant le lycée Paul-Éluard. Les élèves dénoncent des classes surchargées, des professeurs non remplacés et la pression de Parcours sup.
© Hugo AYMAR/HAYTHAM-REA 
« La mobilisation doit continuer », a déclaré le président de l’Union syndicale des lycéens (USL) Ryad Rani quelques minutes avant le lancement, depuis la place de la République, de la manifestation parisienne de lycéens. Placée en tête d’un vaste cortège, l’organisation lycéenne regrette l’absence, pour l’instant, de réponses du gouvernement aux revendications du mouvement lycéen. « Il n’y a toujours aucune réponse politique à la colère des lycéens et lycéennes », a-t-il abondé.

450 000 manifestants dans toute la France dont 100 000 à Paris, selon les organisateurs
Les manifestations lycéennes ont réuni mardi 450 000 personnes dans toute la France dont 100 000 à Paris, ont estimé les organisations lycéennes et étudiantes organisatrices (USL, Fage, Union étudiante, Unef) de l’« acte III » du mouvement.
La CGT a indiqué à l’Agence France-Presses qu’elle validait cette estimation, sa dirigeante Sophie Binet affirmant sur LCI qu’elle « démontre qu’il y a une nouvelle amplification de la mobilisation des jeunes ».

Les présidents d’université appellent à « des états généraux de la jeunesse » 
France universités, association qui fédère les présidents d’université, adresse son soutien au mouvement. « La jeunesse a soif d’apprendre. Elle veut pouvoir étudier dans des conditions décentes. Elle est attachée à l’École de la République et à l’enseignement supérieur public. Parce qu’elle aspire à un avenir meilleur, elle s’implique, elle s’engage, elle est solidaire. Les jeunes ont des choses à dire : écoutons-les ! », déclare-t-elle dans un communiqué mardi. 
« La colère et le mal être de cette jeunesse viennent de loin, poursuit l’association. Depuis des années, les crises sanitaires, écologiques et géopolitiques, qui se succèdent et se cumulent, heurtent de plein fouet les nouvelles générations qui vivent également les inégalités territoriales et sociales en matière de mobilité, d’orientation et de poursuite d’études comme des injustices. »
France universités appelle à « des états généraux de la jeunesse » et souhaite que la campagne présidentielle 2027 fasse « enfin des jeunes une priorité de notre projet de société ». 

La Commission nationale consultative des droits de l’homme dit sa « vive inquiétude » sur le « recours disproportionné à la force »
« En sa qualité d’institution nationale des droits de l’homme », la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) souligne que « la gestion des contestations lycéennes exige avant tout mesure, écoute et strict respect des libertés fondamentales ».
Elle met aussi en garde contre « la tentative d’assimiler l’ensemble du mouvement lycéen aux violences illégitimes qui peuvent être commises en marge des manifestations, et ainsi justifier une répression exacerbée ».
L’organe consultatif chargé de conseiller le gouvernement estime que « la réponse de l’Etat face aux troubles doit demeurer ciblée, nécessaire, proportionnée et adaptée à la vulnérabilité particulière du public lycéen ». Une réponse « essentiellement policière et judiciaire » ne fait, selon l’organisme, « que creuser la défiance » entre forces de l’ordre et lycéens, et ce « alors même qu’ils portent des revendications qualifiées de “légitimes” par le ministre de l’Education nationale ».
La CNCDH se dit « particulièrement préoccupée » par l’instruction du ministre de l’intérieur Laurent Nuñez adressée aux préfets précisant que « l’usage proportionné de la force ne doit jamais inhiber l’action visant à rétablir l’ordre ». Elle souligne aussi « la plus grande inquiétude » que suscite pour elle une récente circulaire du ministre de la justice Gérald Darmanin, appelant à ce que les auteurs « puissent faire l’objet de présentations très rapides devant la justice ».
Soulignant que « l’intérêt supérieur de l’enfant doit primer en toutes circonstances », la CNCDH estime que « la parole des jeunes doit être écoutée et prise en considération, et en aucun cas criminalisée ». « Les autorités doivent faire preuve de la plus grande modération dans l’usage de la force et le déclenchement de poursuites », résume la commission consultative, alors des manifestations sont prévues partout en France mardi.

La gauche appelle à la démission du ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez
Mardi, les députés « insoumis », socialistes, communistes et écologistes ont appelé à la démission du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. « Nous vivons un moment de bascule qui bouleverse la nature de notre régime démocratique. Des armes de guerres sont utilisées contre des enfants ! », a déploré le député Benjamin Lucas (Ecologiste et social). « C’est une répression policière que l’on peut qualifier de violence d’Etat », a dénoncé de son côté le chef de file des députés du PCF, Stéphane Peu.

Passe d’armes à l’Assemblée nationale entre Sébastien Lecornu et Mathilde Panot
« Il ne vous reste que la répression pour gouverner. [Mais] méfiez-vous, aucun LBD, aucune grenade ni matraque ne viendra à bout d’une jeunesse décidée à se lever pour son avenir » déclare au gouvernement Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée Nationale.
« Vous faites honte à la France », a-t-elle martelé, lors des questions au gouvernement, accusant ce dernier de « déchaîner une répression inédite contre les manifestants ». Et d’ajouter : « Les policiers exécutent vos ordres. Vous avez autorisé le pire. La répression sauvage est le contraire de l’ordre républicain. A des revendications politiques, il faut une réponse politique et non policière ».
Elle a également réagi aux accusations récurrentes don son parti fait l’objet, le gouvernement et la droite accusant LFI d’envenimer la situation. « A court d’inspiration de vous ressortez encore et encore la carte grossière “c’est la faute à LFI” », a-t-elle affirmé, qualifiant cette posture de « manoeuvre ridicule ».
De son côté, le premier ministre, Sébastien Lecornu, s’en est à nouveau pris à LFI. « La réalité, c’est que vous êtes ambigus avec la violence car la violence fait partie de votre projet politique de bordélisation du pays entre maintenant et l’élection présidentielle », a-t-il déclaré.
« Mentir sur les intentions du gouvernement ne vous sauvera pas électoralement. Semer le chaos comme vous le faites depuis le début du mouvement lycéen est un scandale » et « nous ne vous laisserons pas faire », a répondu à Mathilde Panot le Premier ministre, qui a également annoncé avoir lancé cinq chantiers pour tenter de répondre aux demandes des lycéens.


« C’est un plan d’urgence de 10 milliards d’euros qu’il faudrait pour répondre aux revendications du mouvement lycéen et étudiant », estime Eric Coquerel
Plusieurs élus « insoumis » sont présents dans les rangs de la manifestation parisienne de lycéens et étudiants. Croisé notamment, Boulevard Voltaire, le président LFI de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Eric Coquerel. « Je soutiens tous ceux qui sont dans la mobilisation aujourd’hui pour de meilleures conditions d’études, et un budget qui soit plus à l’hauteur de ce qu’il faudrait faire pour le système éducatif – y compris sur les enjeux de rénovation climatique », affirme-t-il tout en saluant le cortège de manifestants.
Le député de Seine-Saint-Denis dit par ailleurs avoir « estimé » le budget nécessaire pour mettre en œuvre les « dix mesures d’urgence » identifiés dans la plateforme commune de revendications dévoilée lundi 5 octobre, et initiée par l’Union étudiante, en lien avec l’Union syndicale lycéenne.
« C’est un plan d’urgence de 10 milliards qu’il faudrait pour répondre aux revendications du mouvement lycéen et étudiant  », a calculé Eric Coquerel. Outre son écharpe tricolore de parlementaire, l’élu « insoumis » s’est également muni dans sa poche d’un foulard blanc qu’il promet d’agiter en cas de débordements et « surtout », dit-il, « pour protéger les manifestants des policiers ».

A Paris - Professeurs et parents dans les cortèges parisiens : « on est là, avec eux »
Dans le cortège parti de la place de la République et qui avance vers Nation sous le soleil, une professeure de français est venue « soutenir les élèves ». Madame Clavel, 48 ans, enseignante au lycée Maurice-Ravel, dans le 20e arrondissement de Paris, est aussi là pour réclamer davantage de moyens pour l’enseignement public. Dans son établissement, dit-elle, « ça fait des années que c’est en ruine » : elle cite notamment les rideaux et la chaleur dans les salles de classe. Elle dénonce aussi les moyens accordés au privé et les difficultés liées à Parcoursup, qui nourrissent selon elle « l’angoisse des élèves ».
À ses côtés, une centaine d’élèves de son établissement et de celui d’Hélene Boucher, participent au cortège. « On est là, avec eux », insiste-t-elle, pour rappeler que les lycéens mobilisés ne sont pas seulement ceux qui bloquent ou cassent.
Plus loin, Wilfried Muller, 54 ans, bibliothécaire à Montreuil, marche avec sa fille Laura, 16 ans, élève en première au lycée Condorcet. Il juge les revendications des lycéens « légitimes » : « C’est eux, votre avenir. » Dans le lycée de sa fille, le mouvement a commencé mardi dernier, avec des cours perturbés puis du distanciel après l’évacuation des élèves. Laura raconte des locaux sales et des interventions policières qu’elle a trouvées trop « brutales ».
« Je ne m’attendais pas à autant de monde », appuie son père, habitué des manifestations alors que le cortège doit rejoindre Nation. Père et fille espèrent désormais que la manifestation restera pacifique.

Paroles de lycéens, dans le cortège parisien : « On ne nous a jamais vraiment parlé d’avenir »
A Saint-Ambroise, où la foule est désormais très dense, les clameurs du public se font de plus en plus fortes au passage du cortège. Parmi les manifestants, Antoine (prénom modifié), lycéen en terminale dans le lycée technologique privé Jules-Richard, dans le 19ᵉ arrondissement, est venu avec deux amis, Kenzo et Clément.
Antoine a pourtant commencé sa scolarité dans le public, au lycée Jean-Perrin, dans le Val-d’Oise. Ses parents, dont la mère est au foyer, ont choisi de le faire changer d’établissement. « On manquait de profs », explique-t-il. Tous les jours, il prend désormais la ligne H pour rejoindre son lycée privé. « Dans notre lycée actuel, il n’y a rien à dire », assure-t-il, en espérant avec ses amis obtenir de « bons résultats au bac ».
Lui dit ne pas avoir de « rêves » précis : « On ne nous a jamais vraiment parlé d’avenir. » Son plan B pourrait être de rejoindre l’armée. Il garde surtout le sentiment que ses perspectives auraient été différentes dans son ancien lycée. « Avec Parcoursup, je n’aurais jamais pu avoir ce que je voudrais. C’est un algorithme incompréhensible. »
Son ancien établissement, raconte-t-il, était difficile à vivre : il y faisait froid l’hiver, faute de chauffage, et les toilettes n’étaient pas toujours accessibles. Hier, son lycée actuel a été bloqué « tranquillement », avec des poubelles et des grilles déplacées, puis des poubelles brûlées, sans intervention policière. Sa mère, inquiète des violences policières, ne sait pas qu’il est venu manifester. Les parents de Clément, eux, lui ont dit que « c’est bien » qu’il aille manifester.


À Lyon, « on branche où la prise de conscience ? »
« Je suis impressionnée par leur mobilisation, les jeunes défendent le service public alors que les adultes baissaient les bras. Ils ne sont pas résignés », se félicite Valérie, dans le cortège, à Lyon. L’enseignante est venue du Beaujolais pour accompagner ses élèves. Plus loin, une pancarte d’une professeure de Villeurbanne proclame : « Elèves, vos voix nous élèvent. »
Beaucoup de personnels et d’enseignants du cortège de Lyon sont venus de la périphérie. Les drapeaux égrènent les noms d’établissements de Rillieux-la-Pape, de Villeurbanne, de Vénissieux, de Vaulx-en-Velin… Une banderole annonce « Lycées des quartiers populaires ». Les parents aussi viennent parfois de loin. « Je suis là parce que je les soutiens. La répression, c’est un peu flippant, mais il faut les écouter, ils ont tellement de choses intéressantes à dire », témoigne Alice, mère de deux enfants, venue de Grigny-sur-Rhône, au sud de Lyon. Ses enfants sont partis dans la foule joyeuse des lycéens, avec leurs camarades qui brandissent une pancarte en carton disant : « On branche où la prise de conscience ? »

A Toulouse, « jamais une jeunesse n’a subi une telle pression au lycée »
Dans le cortège de plusieurs milliers de personnes à Toulouse, qui avance dans le calme, beaucoup de professeurs ou de parents d’élèves. Françoise Berjoan, retraitée de 67 ans, estime que « jamais une jeunesse n’a subi une telle pression au lycée ». Mère et sœur d’enseignants, elle dénonce également des « conditions qui se dégradent partout. Carole Delga, la présidente socialiste de région, préfère mettre du fric dans l’A69 plutôt que dans des lycées. Voilà le résultat », dit-elle.
Non loin de là, Magali, 55 ans, chercheuse au CNRS, constate « des effectifs en baisse constante. Sous pression, alors qu’il y a beaucoup de décrochages dans les classes, il y a un manque de suivi psychologique et d’infirmières », selon elle.
Présents dans la manifestation, les députés François Piquemal ou Hadrien Clouet (LFI) se font discrets. Il a été demandé aux adhérents du parti mélenchoniste de défiler sans drapeaux ni slogans particuliers. Au terme du parcours, place Saint-Cyprien, les portes et accès au métro sont désormais fermés. Et un dispositif impressionnant de forces de l’ordre a quadrillé le quartier.

À Paris, un cortège d’environ 2 000 étudiants en marche vers la place de la République
À Paris, un cortège d’environ 2 000 étudiants remonte de la place de la Bastille vers celle de la République par le boulevard Beaumarchais. Parmi eux, des élèves de l’Ecole normale supérieure, des établissements du quartier latin ou encore de l’université d’Assas expriment leur « solidarité » avec les lycéens, comme le proclament de nombreuses pancartes.
L’un des chants de ralliement favoris : « Siamo tutti antifascisti ». Les slogans sont très politiques, visant le Rassemblement national, Emmanuel Macron ou le gouvernement. Les manifestants marchent tranquillement sur un côté du boulevard, tandis que, sur l’autre voie, les voitures avancent doucement, certains conducteurs exprimant leur soutien à coups de klaxon. 

A Rennes, « on ne devrait pas avoir peur de la police à 16 ans ! » 
Salomé, Emma, Iris et Louane marchent dans un cortège très dense à Rennes (Ille-et-Vilaine). Elles sont lycéennes en première dans un des 35 établissements du département fermés sur ordre de la préfecture. Emma brandit une pancarte : « Assez grandes pour se faire gazer mais pas pour manifester. »
Encore choquées, les quatre amies racontent l’intervention des forces de l’ordre devant leur lycée en fin de semaine passée. « Le blocus se déroulait calmement. A l’aube, on parlait avec nos professeurs devant les portes de l’établissement. Les CRS sont arrivés en trombe, ils ont couru et gazé tout le monde. Ils nous coursaient comme s’ils y prenaient du plaisir », décrit Salomé. Emma reprend : « Maintenant, dès que l’on croise des policiers, on se méfie. Surtout les CRS. On ne devrait pas avoir peur de la police à seize ans ! »
Iris et Louane s’agacent : « On ne comprend pas cette répression. La très grande majorité des lycéens dénoncent les violences et la casse. Nous sommes pacifistes. On veut juste faire entendre nos revendications. L’ampleur de cette manifestation va nous aider à montrer combien elles sont partagées. »
Peu après, de premières grenades lacrymogènes étaient lancées sur la place de la République.

A Clermont-Ferrand, « je suis venue (...) en tant que mère pour dénoncer ces violences policières que je n’ai jamais connues lorsque je manifestais plus jeune »
Environ 1500 personnes selon le quotidien local La Montagne défilent à Clermont-Ferrand dans une ambiance festive. Outre les lycéens, le cortège est nourri par de nombreux étudiants, des enseignants et des agents de la fonction publique. « On est contents de se sentir soutenus, d’être unis car les conditions de travail sont dégradées pour tous », confie Lilou, 15 ans, en première dans un lycée public de Clermont-Ferrand. En tête de cortège, elle tient la banderole derrière laquelle est regroupé le cortège.
Alice, qui a choisi un prénom d’emprunt, 15 ans, en première également dans un lycée public de la ville, dénonce l’insalubrité des établissements. « Dans mon lycée, il y a des trous dans les portes. A l’internat, il y a des rats et l’eau parfois est non potable », s’insurge-t-elle.
Des parents sont là en soutien mais surtout pour dénoncer les violences policières qui ont émaillé certains blocages la semaine dernière. « Je suis maman de filles déjà étudiantes. J’ai fait des manifestations quand j’étais lycéenne mais jamais on a été traités comme ça. On ne peut plus manifester, c’est très liberticide », dénonce Stéphanie Chagnon. Caroline, institutrice dans une école privée de la ville, est venue en famille avec sa fille Valentine, 22 ans, en recherche de travail, et son fils lycéen, qui manifeste aujourd’hui.

A Tours, des lycéens espèrent que la journée de mardi « devienne un point de bascule »
Sur la place de la Liberté, à Tours, des élèves du lycée Grandmont se sont réunis pour participer à la manifestation qui s’est élancée en début d’après-midi. « J’ai ramené cinq pancartes, une vingtaine de masques et du coton », raconte May, en prévision d’éventuels débordements. « Les mots ne servent plus pour se faire entendre. Le gouvernement nous écoute seulement quand il y a des débordements », regrette la jeune fille de 16 ans. Malgré cela, elle affiche sa détermination : « Je suis à fond, je suis d’attaque pour me faire entendre, crier et perdre ma voix s’il le faut ! »
Son camarade Sann espère lui aussi que la marche se déroulera pacifiquement. « Il ne faut pas les violenter, les policiers, parce que ça montre qu’on ne vaut pas mieux qu’eux ! », défend le lycéen. « On n’attend que ça, que cette journée devienne un point de bascule », poursuit-il. « Mais la seule chose qui nous manque, c’est que le gouvernement ouvre ses oreilles. »
Outre les lycéens, des enseignants de plusieurs établissements tourangeaux défilent aux côtés des syndicats, des étudiants et des parents d’élèves, à l’instar de Charlotte (prénom d’emprunt). « Notre travail, en tant qu’enseignants, est de faire en sorte de les protéger », explique cette professeure de philosophie au lycée Vaucanson, dans le nord de la ville, qui veut les protéger à la fois des forces de l’ordre et des casseurs.
Elle témoigne notamment des dégradations matérielles commises dans son établissement par des casseurs venus de l’extérieur. Elle se réjouit néanmoins de l’ambiance « bon enfant » de la manifestation. « Je suis contente de voir tout le monde, pas que des lycéens. Ça donne de la voix à leurs revendications », dit-elle. « Je ne sais pas si je suis optimiste, je n’irai pas jusque-là, mais je trouve qu’il y a quelque chose de très beau qui est en train de se produire. »


A Nîmes, Maruan, 15 ans : « Ceux qui font le plus de buzz, ce sont toujours ceux qui brûlent et qui cassent. C’est assez injuste »
Une majorité des lycéens manifestants se sont retrouvés à deux pas des arènes de Nîmes, devant le lycée Alphonse-Daudet, encerclés des forces de l’ordre, en milieu de matinée. Ils sont environ à 500, et la circulation est bloquée sur le boulevard Victor-Hugo. Alors que quelques pétards sont lancés, des policiers se positionnent à proximité.
Elève à Alphonse-Daudet, en première, Maruan fait partie des manifestants, reçus samedi par le maire, un peu déçu. « On manifeste, mais il ne se passe rien. Aucune annonce, pas de budget supplémentaire pour les lycées. Je ne suis pas pour qu’on casse. Je suis là pour qu’on nous entende, mais quel résultat aujourd’hui ? », explique ce jeune de 15 ans. « Je me bats aussi contre les violences policières. J’ai pris une balle de flash-ball, jeudi, devant le lycée [Albert-]Camus, et j’ai l’impression que tout cela ne sert à rien. Là, c’est un mouvement pacifique. Les profs et les adultes, on est unis contre ce système qui est contre nous. Regardez, c’est calme. J’ai deux petites sœurs, et je me mobilise aussi pour elles et pour leur avenir. Mais ceux qui font le plus de buzz, ce sont toujours ceux qui brûlent et qui cassent. C’est assez injuste. »

A Lille, des parents ont fait des travaux dans l’établissement de leurs enfants, « sinon rien n’aurait été fait »
« Me retrouver à manifester à la place de mon fils, si on m’avait dit ça ! ». Thomas Lequesne a posé un RTT au dernier moment lundi soir. Son patron a compris et n’a pas fait d’histoire. « Quand j’ai appris qu’un gamin avait perdu une main à Lens, j’ai eu trop peur pour le mien. La discussion a été houleuse hier soir », reconnaît ce père de famille qui a fini par transiger : « Je venais à sa place, là il a été OK ».
Devant l’université de Lille 2 (droit et sciences politiques) fermée depuis jeudi dernier et point de ralliement pour le départ de la manifestation lilloise, Nathalie Delahaye raconte que sa fille de 17 ans « devait venir avec des copines. Elles ont eu trop peur ».
Cette éducatrice de jeunes enfants avait prévu de manifester ce matin, « et encore plus après le drame à Lens ». Pour elle, « l’éducation nationale est en déshérence complète, de la maternelle à la fac. Pourtant, ce n’est pas une fatalité ». A 57 ans, elle se souvient de l’époque où elle était au lycée : « on se plaignait parce qu’on était 25 ans par classe. Dans 10 ans, ils se plaindront d’être 45 ? La France maltraite ses enfants ».
Corneille, 43 ans, ingénieur en informatique, a une fille de 15 ans, en seconde au lycée César Baggio de Lille. « Elle n’est pas encore très autonome », reconnaît-il, pour dire comment ce mouvement de colère effraie sa fille. « Il faudrait que l’Etat entende ce qui se passe et négocie. Les lycéens ont des revendications justes. Certains sont très jeunes, ce sont encore des enfants », rappelle ce père, bien conscient que « d’autres viennent pour casser ». Représentant des parents d’élèves au collège de sa fille l’an dernier, il raconte comment, avec d’autres parents, ils ont fait des travaux dans l’établissement, pour réparer les toilettes notamment « sinon rien n’aurait été fait ». Il s’inquiète de la communication qui circule via les réseaux sociaux « avec une compétition du bordel entre établissements ».
Avec son gilet fluo floqué CGT, Michel a perdu tout espoir de « surveiller du coin de l’œil » son fils et ses copains, noyés dans la foule : « De toute façon, je lui fiche la honte si je me montre devant ses copains ». « Je suis fier de leur engagement », pose cet agent hospitalier, persuadé que « le moment est venu pour le gouvernement d’entendre la colère qui monte ». Pour lui, les lycéens et les étudiants seront bientôt suivis par d’autres « et, là, on ne sait pas comment ça peut tourner ».

A Marseille, « on veut leur montrer qu’il y a aussi une manière pacifique d’accompagner leurs revendications légitimes »
A Marseille, le cortège de plusieurs milliers de personnes (30 000 selon les organisateurs) est bloqué à la porte d’Aix par le déploiement de CRS devant la gare Saint-Charles. Les prises de parole se succèdent sur le camion de l’intersyndicale qui menait le défilé.
Antoine Clanet 24 ans, assistant d’éducation (AED) au lycée Antonin-Artaud dans le 13e arrondissement est venu manifester « pour [ses] droits et [son] salaire », mais il dit être surtout là pour encadrer les élèves dont il a la charge quotidiennement dans cet établissement des quartiers populaires de Marseille. « Ils ont manifesté en reproduisant ce qu’ils voient sur les réseaux sociaux et dans les médias… La course au lycée qui sera le plus violent. On veut leur montrer qu’il y a aussi une manière pacifique d’accompagner leurs revendications légitimes. Ils ont entre 15 et 17 ans. Moi, à cet âge-là, je ne savais pas ce que c’était que manifester », constate le jeune homme, 24 ans.
« Nos élèves sont issus de quartiers où on n’a pas trop l’habitude de participer aux cortèges en centre-ville, avec des personnes dont ils ne sentent pas proches », estime également Isabelle Sève, conseillère principale d’éducation dans le même lycée, qui défile au milieu des personnels éducatifs. Pour elle, le mouvement lycéen n’est pas une surprise. « Depuis le Covid, on sent de plus en plus de jeunes ne pas aller bien. Pour des raisons diverses, mais avec une montée d’anxiété générale individuelle et collective, constate celle qui travaille à Artaud depuis 19 ans. Un avis partagé par Marc Rosmini, professeur de philosophie dans le même lycée : « Aujourd’hui, aucun de mes élèves ne se dit : “Qu’est-ce que c’est chouette ce système éducatif !”, témoigne-t-il. Je comprends totalement qu’ils n’acceptent plus de se faire malmener. »

A Aubervilliers, les professeurs et les parents mobilisés n’ont « pas de leçons à donner aux lycéens »
Entre distribution de cookies et musique, l’ambiance devant le lycée professionnel d’Alembert tranche avec ce qu’ont pu connaître d’autres établissements d’Aubervilliers en fin de semaine dernière. « On trouve qu’il y a moins de monde que la dernière fois, relèvent pourtant Yacine et Nour, élèves en première. Mais de voir les professeurs présents, ça nous fait plaisir. » Les lycéens qui souhaitent aller en cours passent par les portes du collège Diderot attenant. Les autres restent devant l’établissement ou discutent dans le parc en face.
La fermeture des lycées Le Corbusier et Jean-Pierre Timbaud, par arrêté préfectoral, a fait converger les lycéens mobilisés vers le lycée d’Alembert. Mathis, en seconde au lycée Henri-Wallon, s’est « levé à 6 heures du matin pour voir s’il y avait un blocus sur [son] lycée ». « Je suis venu ici pour aider. C’est très bien que les lycéens se réveillent, il y a trop de problèmes dans l’éducation nationale », ajoute-t-il.
Personnels, parents d’élèves et élus sont aussi venus en renfort ce matin. « On se mobilise pour les revendications des élèves, qui sont aussi les nôtres », explique Rémy, professeur au lycée d’Alembert. Pour Sam, enseignante au collège Jean-Moulin, le rôle des professeurs est aussi de « protéger les élèves. S’ils se mettent en danger avec la police, on les protégera ». Certains viennent d’autres établissements, comme Aurélie, AED dans un collège à Saint-Mandé, qui espère qu’il n’y aura pas de violences. Elle « attend plutôt (...) partager des moments de solidarité ».
Drapeau FCPE en main, Nicolas est venu en solidarité. Comme lui, une petite dizaine de parents d’élèves sont présents, mobilisés à travers un groupe WhatsApp nommé « Adultes solidaires », qui regroupe professeurs et parents d’Aubervilliers. « On n’a pas de leçons à donner aux lycéens, parce qu’on a porté leurs revendications pendant longtemps sans aboutir à quelque chose, précise-t-il. On ne cherche pas à récupérer le mouvement, mais à le protéger. »

Les ministres Laurent Nuñez et Edouard Geffray auditionnés mercredi à l’Assemblée nationale
Les ministres de l’Intérieur Laurent Nuñez et de l’Education nationale Édouard Geffray seront auditionnés mercredi par les députés à l’Assemblée nationale, au lendemain de l’acte III de l’exceptionnelle mobilisation lycéenne et étudiante.
Edouard Geffray sera entendu à 10H00 “sur le blocage des lycées” en commission des Affaires culturelles et de l’Education. Laurent Nuñez sera lui auditionné à 15H00 par les députés membres de la commission des Lois “sur
la gestion de l’ordre public suite aux mobilisations lycéennes et la protection des personnes face aux violences”.

Lecornu promet de « corriger » Parcoursup… Huit ans après
La mobilisation paie : le premier ministre a reconnu, ce mardi 6 octobre à l’Assemblée, qu’il était nécessaire de revoir le dispositif entré en vigueur en 2018. « Tout ce qu’on peut corriger (…) on le corrigera », a promis Sébastien Lecornu devant l’Assemblée nationale, à propos de Parcoursup.
« Il y a évidemment des questions sur Parcoursup », a affirmé le Premier ministre, en rappelant que le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, avait mis en place « déjà un certain nombre de consultations et de groupes de travail ».
Mais lycéens et étudiants exigent la suppression de Parcoursup et le rejet de tout triage pour l’entrée dans l’enseignement secondaire depuis plusieurs années. Signe que le gouvernement fait seulement, pour l’heure, semblant d’entendre la colère de la jeunesse.

A Belfort, la plainte visant un policier pour tentative de meurtre transférée au parquet de Vesoul
Selon l’AFP, la plainte pour tentative de meurtre déposée contre un policier par un adolescent de 17 ans, en marge du mouvement lycéen à Belfort, a été dépaysée à Vesoul, a indiqué ce mardi 6 octobre le parquet général de Besançon.
Cette plainte, visant le policier « et sa chaîne de commandement », a été « transmise pour compétence au parquet de Vesoul », car l’enquête est « susceptible d’impliquer (…) un fonctionnaire de police habituellement, de par ses fonctions, en relation avec les magistrats du parquet de Belfort », a précisé le procureur général près la cour d’appel de Besançon, Olivier Caracotch.
Il s’agit d’une décision « assez habituelle dans ce type de contentieux, elle ne présume en rien du sérieux des charges pouvant peser sur l’intéressé », a ajouté le magistrat. Selon l’avocat du lycéen, Arié Alimi, le policier, chef du renseignement départemental, aurait tenté de noyer le jeune homme en lui maintenant la tête sous l’eau, alors qu’il tentait de l’interpeller aux abords d’un ruisseau, après l’avoir identifié comme l’auteur de jets de projectiles et de feux de poubelles.

Sébastien Lecornu annonce une « banalisation des emplois du temps » pour un « temps de démocratie interne »
Sébastien Lecornu a annoncé ce lundi 6 octobre, à l’occasion des questions au gouvernement de l’Assemblée nationale, la suspension des cours au lycée en fin de semaine pour organiser un « temps de démocratie interne » avec les élèves qui manifestaient à nouveau ce mardi pour réclamer des moyens supplémentaires pour leurs établissements.
Le ministre de l’Éducation nationale, Edouard Geffray, « a décidé de libérer du temps. Dès demain matin, dès jeudi, dès vendredi, banalisation complète des emplois du temps pour permettre à chaque équipe de direction, à chaque proviseur, d’avoir un temps de démocratie interne au sein du lycée », a affirmé le Premier ministre devant l’Assemblée nationale. Près de deux semaines après le début des mobilisations lycéennes.

(Avec les agences de presse du 06 octobre 2026)

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