![]() |
| La version restaurée d’un film de 1993, Ahlam Saghira (Petits rêves) du cinéaste égyptien Khaled El Hagar sera projeté au Mucem le 12 octobre. |
Ce que peut le cinéma face à l’entreprise de destruction du patrimoine culturel dans le monde arabe et à l’effacement de sa mémoire et de son histoire, l’association Aflam et son festival Cinémas des mondes arabes s’emploie à le démontrer chaque année depuis près de 20 ans sur les écrans de Marseille et des environs. Cette mission est devenue urgente dans une région bouleversée par les guerres expansionnistes et d’extermination menées, au mépris du droit international, par le gouvernement israélien et son allié Donald Trump.
Dédié à la promotion et à la diffusion des cinématographies arabes, ce festival réserve depuis 5 ans, une part croissante de ses programmes aux images d’archives.
Sa 13ᵉ édition du 10 au 18 octobre, inscrite au catalogue de la Saison Méditerranée, va plus loin, avec une action inédite, la restauration d’œuvres. Ainsi, le public pourra découvrir en première mondiale, le 12 octobre, au Mucem, la version restaurée d’un film de 1993, Ahlam Saghira (Petits rêves) du cinéaste égyptien Khaled El Hagar. Ce premier long-métrage de fiction, sur l’itinéraire d’un enfant depuis la nationalisation du canal de Suez jusqu’à la guerre de 1967, a été restauré grâce à des ateliers pilotés en juin dernier par l’association Aflam et l’Archive Circulation Initiative, un collectif pour « faire revivre les films perdus », cofondé notamment par la cinéaste libanaise Jocelyne Saab.
Réparer les images pour réparer les mémoires
Le long-métrage égyptien, restauré numériquement en 4k, fera l’ouverture de cette édition. Il raconte les espérances d’un jeune orphelin, habitant Suez, séduit par le panarabisme porté alors par Gamal Abdel Nasser, et son engagement dans la guerre israélo-arabe de 1967. Le réalisateur Khaled El Hagar, né à Suez, a été l’assistant du grand Youssef Chahine, figure du cinéma mondial et fondateur de la société de production Misr International Films. Ahlam Saghira (Petits rêves), son premier long-métrage de fiction est produit par cette célèbre société de production dont le catalogue contient une bonne part du patrimoine cinématographique égyptien et panarabe. D’autres moyens et courts-métrages restaurés seront également dévoilés au public.
« Retrouver, restaurer, faire circuler des œuvres cinématographiques abîmées ou menacées de disparition est plus que jamais nécessaire, souligne la présidente Brigitte Curmi, alors que les peuples du monde arabe sont en grande souffrance. C’est contribuer à lutter contre l’effacement à l’œuvre. »
Il y a cinq ans, l’association a fait le bon choix de créer le cycle Vive archives qui rencontre un grand succès. « Faire sortir des armoires et des étagères poussiéreuses des archives cinématographiques précieuses puis, les sauvegarder et les diffuser, permet de transmettre des histoires collectives à travers le cinéma », explique la directrice artistique Mathilde Rouxel. Il s’agit de réparer les images pour réparer les mémoires. Les jeunes générations sont très impliquées dans ce travail d’archives retrouvées et réappropriées grâce à un réseau dynamique de chercheurs et chercheuses, d’associations et de cinéastes dont Beyrouth abrite l’un des viviers.
Filmer, sauvegarder et diffuser, un acte de résistance
Outre un focus consacré aux Archives du cinéma algérien et des programmes sur la formation dans les années 1950 à 1980 de cinéastes arabes à l’IDHEC et en Tchécoslovaquie, une table ronde s’intéressera aux archives des minorités arméniennes, kurdes et amazighes, invisibilisées dans les patrimoines culturels nationaux.
Lors d’une autre table ronde, des intervenants se demanderont si diffuser le patrimoine des pays arabes est un geste politique. Le Palestinien Mohanad Yacubi du Palestine film Institute, participera à la discussion. Il est venu présenter le projet de plateforme du cinéma de Palestine, un acte de résistance obstinée à l’effacement des êtres et des mémoires.
Il dialoguera avec Kassem Hawal, cinéaste irakien, né en 1940 à Bassora, dont l’œuvre est intimement liée à la cause palestinienne, au cours d’une rencontre intitulée Les révolutionnaires ne meurent jamais : cinéastes solidaires du peuple palestinien. Pour Kassen Hawal, qui a vu les bobines de ses films brûlées, chaque image est un acte de résistance, chaque film une archive arrachée à l’oubli. Pour le doyen des invités, qui sera présent à Marseille, « le geste cinématographique est politique, car filmer c’est déjà lutter ».
Latifa Madani
L'Humanité du 09 octobre 2026
Toutes les informations et le programme sur https://www.aflam.fr/edition-2026/

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire