Colonisation accélérée, refus de toute souveraineté palestinienne, mécanique génocidaire, nettoyage ethnique, extension des logiques de confrontation armée au Liban, à la Syrie, à l’Iran : depuis près de trente ans, Benyamin Netanyahou s’oppose à toute issue politique négociée. À la veille des élections législatives du 26 octobre 2026 en Israël, retour sur le bilan d’un criminel de guerre qui a mis tout le Moyen-Orient à feu et à sang.
Les commémorations du 30e anniversaire de l’assassinat, le 4 novembre 1995, d’Yitzhak Rabin se sont déroulées sans Benyamin Netanyahou, en 2025. Un gage offert par le chef du gouvernement israélien à ses alliés de l’extrême droite religieuse, qui tiennent l’auteur de ce crime, Yigal Amir, pour un héros – la mort de Rabin, artisan, avec Yasser Arafat, des accords d’Oslo, avait fini d’enterrer ce processus de paix, déjà miné par les reniements et les falsifications.
Benyamin Netanyahou avait personnellement combattu ce compromis censé permettre aux peuples israélien et palestinien de vivre en paix. Il se trouvait même parmi les manifestants qui caricaturaient Yitzhak Rabin en homme de la Gestapo à la veille de son assassinat. Et depuis son premier mandat, de 1996 à 1999, le chef du Likoud s’est méthodiquement employé à entraver l’émergence d’un État palestinien souverain, et à substituer à la recherche d’un accord de paix une stratégie d’annihilation du peuple palestinien. Jusqu’à allumer la guerre partout au Moyen-Orient, de Beyrouth à Téhéran.
Ardeur expansionniste sans pause ni reflux
Quelques semaines seulement après le 7-Octobre et les attaques meurtrières du Hamas, et alors que se déchaînait la guerre génocidaire livrée aux Palestiniens de Gaza, il se disait, sans circonlocutions, « fier » d’avoir bloqué la solution à deux États.
Dans l’arsenal de ce dirigeant israélien décidé à obturer toute issue négociée et à miner la perspective d’une indépendance palestinienne : l’expansion des colonies. Le nombre de colons, dans les territoires occupés de Cisjordanie et de Jérusalem-Est, est passé de 300 000 en 1996 à près de 750 000 aujourd’hui.
Terres spoliées, maisons détruites, oliviers brûlés… Sous ses gouvernements successifs en violation du droit international, le feu vert à la multiplication des implantations illégales et les logiques d’apartheid, qui façonnent jusqu’au réseau routier, ont eu pour résultat de fragmenter le territoire palestinien, de faire obstacle aux déplacements des Palestiniens et de resserrer le contrôle d’une population livrée à l’arbitraire de l’armée israélienne et à la fureur assassine des colons.
Cette ardeur expansionniste n’a connu, sous ses mandats, ni pause ni reflux. Une stratégie confortée par la présence, dans le gouvernement Netanyahou, de ministres eux-mêmes issus des colonies et dotés de pouvoirs accrus sur l’administration des territoires occupés.
Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale, Bezalel Smotrich, ministre des Finances, et d’autres figures du courant suprémaciste orchestrent les attaques et les violences des colons, dans une campagne délibérée de nettoyage ethnique. L’objectif est ouvertement revendiqué : vider la Cisjordanie des Palestiniens.
Une situation d’annexion de facto à Jérusalem
En fait, l’horizon de Benyamin Netanyahou et de ses alliés intégristes et millénaristes est bien l’annexion. Le premier ministre israélien avait même fait de la promesse d’annexion de la vallée du Jourdain, défendue par certains responsables israéliens depuis 1967, un argument de campagne en 2019. Projet finalement « gelé » sous la pression internationale et dans les négociations qui ont conduit à la conclusion des accords d’Abraham avec les Émirats arabes unis.
Mais une situation d’annexion de facto prévaut déjà à Jérusalem, où Benyamin Netanyahou rejette tout scénario de souveraineté partagée, puisqu’il tient la ville pour la capitale « indivisible » et « éternelle » d’Israël. Les timides réprobations de la communauté internationale ne l’ont jamais dissuadé d’approuver la densification massive des blocs de colonies implantés à Jérusalem-Est, où il a encouragé la création de nouvelles enclaves de colons, alors que des quartiers palestiniens entiers étaient rejetés hors de la ville par le tracé du mur de séparation.
Un peuple privé de voix est un peuple sans défense : le chef du Likoud s’est toujours plu à manœuvrer pour entretenir les divisions et empêcher l’émergence d’un interlocuteur palestinien unique et crédible, et il n’a jamais fait mystère de sa volonté d’anéantir l’Autorité palestinienne. Le 16 décembre 2023, il vilipendait ainsi « l’erreur » commise à ses yeux avec le retour de l’OLP en terre palestinienne en 1994, dans le sillage de la signature des accords d’Oslo.
« Je ne permettrai pas que le « Hamastan » soit remplacé par un « Fatahstan » », jure-t-il, excluant tout contrôle de Gaza par l’Autorité palestinienne après la guerre génocidaire livrée aux Palestiniens de l’enclave. Son rôle est plus sordide encore, lorsqu’on songe à sa complaisance à l’endroit du Hamas, dont il a facilité, voire encouragé, le financement.
Enterrer toute perspective de paix
Depuis 2014, Benyamin Netanyahou ne prend même plus la peine de faire semblant de négocier : aucune initiative diplomatique majeure n’a pris corps après cette date.
Toutes les démarches visant à stopper la colonisation, à lever le blocus de Gaza et à relancer des négociations sur la base de deux États vivant côte à côte ont été combattues, qu’elles viennent de l’ONU, de l’administration américaine, de l’Union européenne ou des pays arabes, le chef du gouvernement israélien assumant une stratégie de « gestion du conflit » en lieu et place de la recherche d’une issue négociée.
Son approche économique et sécuritaire a trouvé sa traduction dans les accords d’Abraham, entérinant une normalisation des relations diplomatiques avec certains États arabes – Émirats arabes unis, Bahreïn, Maroc – sans règlement de la question palestinienne. Une rupture avec le principe défendu en 2002 par l’initiative arabe de paix, qui conditionnait la normalisation au règlement du conflit en Palestine.
Pendant près de trois décennies, Benyamin Netanyahou s’est consacré à l’enterrement de toute perspective de paix entre Israéliens et Palestiniens. Mais l’horizon de ce fauteur de guerre est bien plus vaste, et sa responsabilité écrasante dans l’escalade régionale consécutive au massacre du 7-Octobre perpétré par le Hamas – une attaque dont l’avait averti, dix jours auparavant, le dirigeant des Émirats arabes unis, Mohammed Ben Zayed, si l’on en croit les révélations des journalistes israéliens Shlomi Eldar et Ruth Yuval, dans leur livre d’enquête Otages : 843 jours d’abandon.
En choisissant d’élargir la confrontation avec le Hezbollah, il a d’abord porté la guerre au Liban. Les échanges de tirs, relativement limités, dans un premier temps, à la zone frontalière, ont donné à l’armée israélienne le prétexte d’une forte intensification de ses bombardements, jusqu’au tournant de septembre 2024, avec l’invasion terrestre du sud du Liban, et une campagne aérienne de grande ampleur ciblant la vallée de la Bekaa, les banlieues de Beyrouth et plusieurs régions éloignées du front. Ces opérations ont provoqué de très lourdes pertes civiles et des déplacements massifs de population.
Exactions en territoire syrien
À la même époque, après la chute, en Syrie, du régime de Bachar Al Assad en décembre 2024, l’armée israélienne s’est emparée, sur le plateau du Golan occupé, de la zone tampon démilitarisée depuis l’accord de désengagement de 1974.
Elle a pris le contrôle, également, du versant syrien et du sommet du mont Hermon, une tour de guet offrant une vue imprenable sur tout le Proche-Orient. Israël, qui a installé une dizaine de bases militaires dans les provinces de Quneitra et de Deraa, continue de multiplier les bombardements et les incursions en territoire syrien, où ses soldats se livrent à de nombreuses exactions.
La doctrine avancée pour justifier l’ouverture de ces multiples fronts : celle du démantèlement d’un « axe » fédérant, sous la conduite de Téhéran, le Hamas, le Hezbollah, les milices chiites en Syrie et en Irak, les Houthis au Yémen. Et c’est en toute logique que Benyamin Netanyahou s’est fait l’architecte principal d’une confrontation directe avec l’Iran, alors même que ses affirmations sur l’imminence de la bombe iranienne ont été régulièrement contestées par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
L’Iran, une vieille obsession
Une vieille obsession chez lui : depuis les années 1990, il a fait de la lutte contre le programme nucléaire iranien le cœur de sa vision stratégique. Invoquant une « menace existentielle », il a mené une campagne internationale résolue contre le JCPOA, l’accord de Vienne conclu en 2015 entre l’Iran, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), l’Allemagne et l’Union européenne.
Et lorsque Donald Trump, quinze mois après son arrivée à la Maison-Blanche, a retiré, en 2018, Washington de cet accord signé par son prédécesseur, Barack Obama, le premier ministre israélien est allé jusqu’à se vanter d’être à l’origine de cette décision.
Dix ans plus tard, il a personnellement revendiqué le lancement de l’opération « Rising Lion » contre des installations atomiques et balistiques iraniennes, se flattant au terme d’une campagne de bombardements de douze jours d’avoir « anéanti » le programme nucléaire avec le renfort des États-Unis. Mais cet « anéantissement » n’a pas suffi, semble-t-il, à étancher sa soif de guerre puisque, le 11 février suivant, c’est dans la situation room, au sous-sol de la Maison-Blanche, que Benyamin Netanyahou a convaincu Donald Trump, plans à l’appui, d’engager une offensive militaire plus vaste contre l’Iran.
Soulèvement populaire, entrée des Kurdes en guerre, chute du régime : le scénario vendu à l’hôte de la Maison-Blanche par le chef du gouvernement israélien, qui excluait toute fermeture du détroit d’Ormuz, avait alors été jugé « grotesque » par la CIA, rapporte une enquête du New York Times. « Cela me semble bien », a pourtant tranché Donald Trump, franchissant le premier pas vers un bourbier dont les États-Unis peinent aujourd’hui à se tirer.
L’embrasement du Moyen-Orient entraîne désormais le monde entier en terre inconnue. La pax americana de Trump n’a en rien enrayé la mécanique génocidaire à Gaza. L’impunité perdure : les violations répétées du droit international revendiquées par Benyamin Netanyahou, criminel de guerre visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, n’ont jamais été sanctionnées.
Le 26 octobre 2015, dans le huis clos d’une réunion de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, il résumait d’une formule sa vision, et le sens du projet impérialiste et colonial qui le guide et qu’il incarne : « On me demande si nous vivrons éternellement par l’épée. Oui. »
Rosa Moussaoui
L'Humanité du 02 octobre 26

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