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| Des engins israéliens démolissent une maison palestinienne à la suite d’une attaque par arme à feu, à Hébron (Cisjordanie occupée), le 23 octobre 2026. MUSSA QAWASMA/REUTERS |
La Cisjordanie se trouvait déjà sous extrême tension en raison de la répression militaire, des attaques quotidiennes de colons et des tentatives de riposte des villageois palestiniens, le plus souvent armés de pierres. Après l’attaque qui a tué deux soldats israéliens près de Hébron, vendredi 23 octobre, le gouvernement a annoncé une « opération d’envergure » dans le territoire palestinien occupé par l’Etat hébreu depuis 1967, laissant craindre une nouvelle escalade dans les violences. Des dizaines de checkpoints ont été immédiatement fermés par l’armée dans toute la Cisjordanie afin d’empêcher la circulation des Palestiniens.
L’attaque a eu lieu vendredi matin sur la route 35, près de Hébron, à l’emplacement d’un des nombreux checkpoints temporaires régulièrement installés par l’armée israélienne. Deux Palestiniens, dont l’un était équipé d’une arme automatique, ont ciblé des militaires d’une unité du commandement intérieur, lesquels ont riposté. La fusillade, qui aurait duré plus de vingt minutes, a fait quatre morts : les deux assaillants et deux soldats israéliens. « C’était une attaque grave, a indiqué le chef d’état-major, Eyal Zamir. Une grande quantité de munitions a été trouvée dans le véhicule utilisé par les terroristes pour se rendre sur les lieux de l’attaque. Ces munitions étaient destinées à être utilisées dans une attaque à plus grande échelle. » Les autorités estiment que les assaillants visaient peut-être des civils ailleurs mais se sont trouvés bloqués par le checkpoint.
Le gouvernement a tenu un discours particulièrement offensif après l’attaque. « Le ministre de la défense et moi-même avons passé en revue une opération très vaste de l’armée israélienne en Judée-Samarie [nom biblique de la Cisjordanie], d’une ampleur inédite depuis la guerre des Six-Jours. L’armée est prête à la mener à bien, et nous en déterminerons le moment adéquat, mais elle est en cours de préparation », a expliqué Benyamin Nétanyahou dans une vidéo filmée depuis Hébron, où il apparaît en gilet pare-balles, comme il l’a fait à de nombreuses reprises à Gaza, au Liban ou en Syrie depuis trois ans.
Dans l’immédiat, les autorités israéliennes assurent vouloir reproduire les destructions des camps de réfugiés palestiniens dans les villes de Jénine ou Tulkarem en 2025. Plus de 30 000 personnes avaient été déplacées par la force. L’armée occupe toujours ces camps largement rasés, comme l’ont montré plusieurs enquêtes indépendantes. « Le modèle du camp de réfugiés de Jénine arrive à Hébron. Chaque quartier (…) d’où sont partis aujourd’hui les terroristes sera évacué de ses habitants et les infrastructures terroristes du quartier seront détruites », a assuré le ministre de la défense, Israël Katz. Plus de 1 100 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie par l’armée et les colons depuis le 7-Octobre. Une quarantaine d’Israéliens ont été tués dans des attaques sur la même période. Un Franco-Israélien avait ainsi été assassiné fin septembre près de Ramallah.
« Démolition immédiate »
D’autres membres du gouvernement sont intervenus pour réclamer des actions plus fortes. « J’ai ordonné la démolition immédiate d’un grand nombre de constructions arabes illégales jouxtant les lieux de l’attaque », a expliqué le ministre des finances et des colonies, Bezalel Smotrich (extrême droite religieuse), en apparaissant lui aussi en gilet pare-balles devant des bulldozers en action. Le ministre, à l’origine de l’accélération de la politique d’annexion depuis 2022, a plaidé, par ailleurs, pour une « campagne militaire globale en Judée-Samarie » comme « à Gaza et au Liban » pour « démanteler l’Autorité palestinienne, collecter les armes et éliminer les terroristes ».
« Il ne faut pas attendre qu’un 7-Octobre se produise. C’est là que la prochaine guerre va éclater », a indiqué, de son côté, le ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben Gvir (extrême droite religieuse). « L’Autorité palestinienne doit être démantelée et démilitarisée », a souligné l’homme politique qui a choisi de faire campagne dans les colonies en s’affichant avec des photos de détenus palestiniens attachés et à genoux. Ces dernières semaines, le gouvernement avait agité le risque, jugé peu crédible, que les services de sécurité palestiniens, dotés de milliers d’hommes mais très mal équipés, puissent retourner leurs armes contre l’armée israélienne. Le gouvernement avait fait savoir publiquement qu’il demandait à cette dernière d’étudier ce scénario.
Tsahal a décidé d’un renforcement immédiat de ses forces en Cisjordanie. Une partie de l’état-major de la 98e division avait déjà été déployée il y a quelques semaines pour appuyer le commandement central, chargée du territoire. Des renforts significatifs avaient aussi été ajoutés en septembre au moment des fêtes juives.
Après l’attaque, le ton de l’état-major est toutefois apparu moins martial que celui du gouvernement. « Nous continuerons à frapper et à mener des actions proactives partout où cela sera nécessaire, tout en agissant avec sang-froid. Nous ne nous laisserons pas entraîner dans des provocations et nous ne permettrons pas à nos ennemis d’influencer nos actions, en particulier alors que nous entrons dans cette semaine sensible », a prévenu le chef d’état-major, Eyal Zamir, dans une seconde déclaration en fin d’après-midi.
Annexion progressive
L’attaque et la riposte ont aussi lieu alors que l’Etat hébreu se trouve sous forte pression internationale en raison des violences commises par les colons, qualifiés de « terroristes » par des ONG, des experts en sécurité et même Gadi Eisenkot, le principal concurrent de M. Nétanyahou pour les prochaines élections.
Elle a permis à Benyamin Nétanyahou de montrer qu’il n’entendait pas changer sa ligne et qu’il continuait à défendre l’annexion progressive de la Cisjordanie. « Vous êtes un modèle pour le peuple d’Israël, vous êtes un modèle pour l’Etat d’Israël », a affirmé le premier ministre en s’adressant aux colons. « Nous allons détruire les infrastructures du terrorisme, et nous allons construire les infrastructures de la colonisation », a-t-il encore déclaré en promettant de construire « de plus en plus » de communautés juives.
L’escalade dans les violences intervient à quatre jours d’élections législatives décisives, mardi 27 octobre. Dans les derniers sondages publiés, avant le début de shabbat (le repos religieux hebdomadaire), le bloc Nétanyahou apparaissait légèrement distancé par la coalition d’opposition.
Mais le fait majeur du scrutin pourrait être la hausse significative de la participation parmi les Arabes israéliens, et donc un score élevé des partis qui les représentent à la Knesset. Dans cette hypothèse, il est possible qu’aucun des deux blocs n’atteigne la majorité des 61 sièges (sur 120), nécessaires pour obtenir une majorité parlementaire. L’un des enjeux-clés sera de savoir si la coalition d’opposition, avec Gadi Eisenkot comme leader, accepterait un soutien des partis arabes pour former un gouvernement minoritaire. Déjà forte, la pression des partis de droite et d’extrême droite pour empêcher tout gouvernement soutenu par les partis arabes va encore s’accentuer avec l’attaque intervenue près de Hébron.
Par Luc Bronner
Le Monde du 23 octobre 26

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