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| Était également convié et présent le chef d’état-major israélien, Eyal Zamir. Objectif : discuter de la guerre contre l’Iran et des tensions régionales. © IDF/GPO/SIPA |
En d’autres temps, la nouvelle aurait fait l’effet d’une bombe. Les chefs d’état-major ou de hauts commandants militaires de sept pays arabes (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Bahreïn, Koweït, Qatar, Jordanie et Égypte) ont participé à une réunion secrète organisée par l’amiral Brad Cooper, grand patron du Commandement central (Centcom), responsable des opérations militaires des États-Unis au Moyen-Orient, en Asie centrale et dans une partie de l’Asie du Sud.
Était également convié et présent le chef d’état-major israélien, Eyal Zamir. Objectif : discuter de la guerre contre l’Iran et des tensions régionales. Elle est la première de ce type depuis que les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran il y a plus de six mois. Elle revêt une importance toute particulière puisque certains des participants n’entretiennent pas de relations diplomatiques officielles avec Tel-Aviv.
Un maillage militaire
Sur son compte X, Andreas Krieg, professeur associé au King’s College, à Londres, fait remarquer qu’« il existe une méfiance profondément enracinée envers le commandant du Centcom, Brad Cooper, dans les capitales arabes du Golfe, en tant que commandant trop proche d’Israël, trop belliciste à l’égard de l’Iran et présentant constamment au président des options opérationnelles militaires qui sont stratégiquement désastreuses ».
Mais il faut croire que, de Riyad à Abu Dhabi en passant par Le Caire et Doha, l’enjeu dépassait ces considérations. Cela montre en tout cas que l’ensemble de ces États s’inscrivent sans problème dans le processus des accords d’Abraham (la normalisation des pays arabes avec Israël), lancé par Trump lors de son premier mandat, le 15 septembre 2020, chacun choisissant le moment opportun pour y adhérer officiellement, au gré de ses intérêts, intérieurs et extérieurs.
Parallèlement, Washington intégrait Israël à un maillage militaire stratégiquement plus important en le transférant, un an plus tard, de l’Eucom (Commandement européen des États-Unis couvrant l’Europe, la Russie et le Caucase) au Centcom, qui rayonne notamment donc sur le golfe Persique, l’Afghanistan et le Pakistan.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si cette réunion à huis clos a été dévoilée par Israël même, par le truchement d’un journaliste du site Axios, Barak Ravid, lui-même ancien agent des services de renseignement israéliens. Brad Cooper a tenu à rassurer tout le monde : quoi qu’il arrive, les troupes américaines ne quitteront pas la région malgré les frappes iraniennes qui ont visé plusieurs de leurs bases. Il aurait également affranchi les participants sur le plan états-unien pour accroître le mouvement des navires à travers le détroit d’Ormuz.
Tel-Aviv fournit à Riyad un soutien en matière de renseignement ?
Selon Axios, Israël a déployé le système de défense antimissile Iron Dome aux Émirats arabes et a fourni à Abu Dhabi une assistance en temps réel en matière de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR), notamment pour les attaques contre l’Iran. Hasard du calendrier, cette rencontre s’est déroulée alors que l’offensive d’Ansarallah (houthie) au Yémen se déployait jusque sur les rives du détroit de Bab el-Mandeb, menaçant les intérêts économiques de l’Arabie saoudite, privée de son débouché sur la mer Rouge. Mardi 15 septembre, face à la gravité de la situation, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a d’ailleurs fait le déplacement jusque dans la capitale égyptienne pour y rencontrer Abdel Fattah al-Sissi.
Bien évidemment, en Allemagne, tous ces hommes en treillis ne se sont pas contentés de se toiser ou d’échanger des propos vagues. Le général israélien Eyal Zamir a informé ses homologues des opérations de son armée sur les différents fronts, sans que l’on sache si ceux-ci incluaient Gaza, le Liban et la Syrie. Une source présentée comme bien informée affirme qu’Israël et l’Arabie saoudite, avec l’aide du Centcom, ont discuté de la manière de soutenir les opérations militaires saoudiennes contre les Houthis.
Plus précisément, cela inclut la possibilité que Tel-Aviv fournisse à Riyad un soutien en matière de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, sur le même modèle que celui utilisé pour soutenir les Émirats arabes unis. Si ces derniers ont normalisé leurs relations avec Israël dès le départ, les Saoudiens se font encore publiquement tirer l’oreille.
Mais après ce type de révélations sur leur coopération militaire avec Tel-Aviv, on comprend bien que les dirigeants de la pétromonarchie ne sont pas opposés aux accords d’Abraham. Ils veulent simplement assurer leur avenir, serait-ce aux dépens des Palestiniens, réduits à une simple monnaie d’échange.
Pierre Barbancey
L'Humanité du 16 septembre 26

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