La Résistance palestinienne : du boycott des élections à la construction d'une alternative

 

Si les élections du Conseil législatif palestinien prévues le 28 novembre 2026 doivent se dérouler dans un contexte de rapport de forces préexistant, et si leurs résultats ne sont pas susceptibles de modifier la structure de l'OLP et sa fonction politique issues d'Oslo, alors la participation à ces élections ne signifie pas nécessairement changer la réalité, mais elle peut se transformer en un moyen de reproduire la structure existante et lui conférer une nouvelle légitimité.
Par conséquent, le boycott de ces élections par toutes les factions et organisations de la Résistance, par leurs assises populaires et par les personnalités nationales ne doit pas être interprété comme un retrait de l'action nationale ou comme un rejet du principe de représentation démocratique, mais plutôt comme une prise de position politique face à un processus électoral qui ne modifie pas l'équilibre des pouvoirs et n'ouvre pas la voie à la reconstruction du Mouvement national sur de nouvelles bases.
Cela dit, un boycott à lui seul ne suffit pas. Boycotter les élections sans un plan alternatif revient à laisser le champ libre à la structure en place pour continuer à monopoliser la représentation palestinienne. Pour cette raison, le boycott doit s'inscrire dans un plan politique et organisationnel visant à construire une force nationale alternative qui reprend l'initiative sur ce qui a été décidé à Oslo, en réunifiant le peuple palestinien dans les territoires occupés et la diaspora, et en fonfant les bases d'une nouvelle représentation nationale.
Ce qu'il faut, ce n'est pas simplement remplacer une direction par une autre, ou une faction par une autre, ni créer un cadre supplémentaire en parallèle aux cadres existants, mais de reconstruire le Mouvement national sur la base de l'unité du peuple, de l'unité de ses droits, de la démocratie populaire, de l'indépendance vis-à-vis de l'occupation et de la tutelle étrangère, et de lier la Représentation nationale au projet de libération, et non à la gestion de la réalité imposée par l'occupation.

Par conséquent, la question qui doit orienter notre position sur les élections n'est pas : Qui va gagner ? Le résultat est largement connu. Il s'agit plutôt de savoir : Que ferons-nous au lendemain du boycott ? Comment transformer notre refus de reproduire la structure existante en une force politique et organisationnelle capable de construire une alternative ?

Dès lors, les tâches fondamentales du cadre national alternatif sont :

1. Reconstruire l'unité nationale palestinienne sur la base de l'unité du peuple et de ses droits nationaux, et non sur la base d'un consensus factionnel.
2. Réunifier politiquement le peuple palestinien dans la Palestine historique et dans la diaspora, et mettre fin à la fragmentation engendrée par les accords d'Oslo.
3. Redéfinir la Représentation nationale palestinienne afin qu'elle repose sur la volonté populaire et sur des élections démocratiques, et non sur des nominations et des quotas factionnels.
4. Élaborer un programme unifié de Libération nationale qui définisse les objectifs de la lutte et les moyens de les atteindre.
5. Résister à l'occupation, à la colonisation et au projet colonial sioniste par toutes les formes de résistance : militaire, politique, populaire, juridique, internationale, et autres.
6. Défendre le droit au retour des réfugiés comme un droit national et historique inaliénable.
7. Défendre les droits des Palestiniens dans les territoires occupés de 1948, en tant que partie intégrante du peuple palestinien.
8. Dissocier la Représentation nationale de l'Autorité issue d'Oslo et ne pas réduire la cause nationale aux seules institutions et fonctions de cette Autorité.
9. Reconstruire les institutions nationales sur des fondements démocratiques et représentatifs. Des institutions indépendantes de l'occupation et de toute tutelle étrangère.
10. Unifier les énergies populaires, syndicales, sociales et culturelles et les transformer en une force politique organisée.
11. Établir des relations arabes et internationales soutenant la cause palestinienne, fondées sur l'indépendance politique et le rejet de toute tutelle et sujétion.
12. Contrer la normalisation arabe et internationale avec le projet sioniste et contrecarrer les tentatives de liquidation politique de la cause palestinienne.
13. Développer une capacité économique et sociale palestinienne relativement indépendante, réduisant sa dépendance avec l'occupation, les donateurs et les institutions internationales.
14. Lancer un processus démocratique populaire et inclusif aboutissant à une Conférence nationale élue, représentative des différentes composantes du peuple.
15. Reconstruire l'équilibre des pouvoirs au sein du Mouvement national afin de permettre la restructuration du cadre de la Représentation nationale sur de nouvelles bases.
16- Fournir un cadre politique aux forces et mouvements palestiniens en dehors des structures existantes, afin qu'ils n'aient pas à choisir entre l'intégration au cadre d'Oslo et l'isolement politique.
En tout état de cause, la tâche centrale qui doit être prioritaire car elle résume l'essence même du projet est la construction d'une force nationale indépendante capable de redéfinir la Représentation nationale et de reprendre l'initiative politique sur ce qui a été décidé à Oslo.

Par le Dr. Tannous Chalhoub
Traduit de l'arabe par Roland RICHA
Le 02 septembre 2026

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