![]() |
| Jusqu’à quel point l’influence sioniste est-elle devenue partie intégrante de la structure normale de la vie politique québécoise et canadienne ? |
Ce silence ne constitue pas, à lui seul, une preuve irréfutable que la rencontre a bien eu lieu. Mais il soulève une question politique évidente : si l’information était fausse, pourquoi la candidate ne la dément-elle pas simplement ?
Et surtout : pourquoi devient-il normal, dans une campagne électorale, qu’un contact avec le représentant d’Israël ne nécessite aucune explication aux électeurs ?
C’est ici que la question dépasse la personne de Valérie Assouline.
Nous ne parlons pas d’une présence israélienne marginale au Québec. En 2023, le gouvernement du Québec a ouvert un bureau officiel à Tel-Aviv, présenté comme un canal pour les relations gouvernementales, institutionnelles, économiques et universitaires avec Israël.
Plus révélateur encore, le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) ne cache pas son rôle dans ce processus. Il affirme que sa représentation au Québec a contribué à faciliter les premières visites officielles en Israël d’un premier ministre du Québec et du maire de Montréal, ainsi qu’à l’établissement du bureau du Québec en Israël.
Nous sommes donc face à un réseau de relations politiques et institutionnelles parfaitement public, et non à une quelconque construction imaginaire ou conspirationniste.
C’est dans ce contexte que le cas Assouline prend une dimension particulière.
Si la candidate a effectivement rencontré le consul israélien, puis choisi de ne confirmer ni de démentir cette rencontre, son silence peut apparaître comme une manière de préserver la relation d’un côté, tout en évitant d’en payer le prix politique de l’autre.
Et cela est particulièrement significatif dans Saint-Laurent, où vivent de nombreux électeurs arabes et musulmans, alors que la guerre à Gaza et la question du soutien à Israël sont devenues des enjeux politiques extrêmement sensibles.
En termes plus directs : la candidate ne veut pas fermer la porte aux milieux favorables à Israël, mais elle ne veut pas non plus dire aux électeurs arabes et musulmans ce qui se passe derrière cette porte.
C’est là que se révèle le caractère opportuniste de la démarche : tenir les deux bouts de la corde à la fois — préserver les relations avec les milieux pro-israéliens tout en laissant les électeurs arabes et musulmans dans le flou afin de ne pas les perdre électoralement.
Mais la question fondamentale dépasse largement le cas d’Assouline.
Elle concerne la présence et l’influence sionistes croissantes dans l’espace politique québécois et canadien : relations avec les partis, rencontres avec des responsables politiques, activité des groupes de pression, présence dans les institutions et les médias, et multiplication des relations officielles entre le gouvernement du Québec et les institutions israéliennes.
Le problème n’est évidemment pas qu’Israël possède une ambassade ou un consulat au Canada, ni qu’il entretienne des relations diplomatiques avec le Canada. Cela est normal entre États.
Le problème est que la défense des intérêts et du récit politique israéliens s’est progressivement imbriquée dans la vie politique intérieure, au point qu’une rencontre entre une candidate électorale et le consul israélien peut avoir lieu à l’abri des regards, sans que la candidate se sente tenue de l’expliquer aux électeurs.
C’est cela qu’il faut entendre par pénétration politique : pas nécessairement l’existence d’ordres secrets ou d’une conspiration centralisée, mais la constitution progressive d’un réseau d’intérêts, de relations et d’influences qui rend la présence d’Israël dans la politique locale de plus en plus banale, tandis que sa remise en question devient, elle, exceptionnelle.
La véritable question n’est donc pas seulement :
Valérie Assouline a-t-elle rencontré le consul israélien ?
Mais plutôt :
Jusqu’à quel point l’influence sioniste est-elle devenue partie intégrante de la structure normale de la vie politique québécoise et canadienne ?
Et dans cette affaire, le silence ne fournit pas la réponse.
Mais il rend certainement la question plus urgente.
Dr. Tannous Chalhoub - Montréal
Le 16 septembre 2026

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire