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A Gaza, l’ONU alerte sur la « pire crise économique jamais observée »

 

Deux enfants et leur grand-mère dans un camp de réfugiés à Gaza, le 16 septembre 2026. DAWOUD ABU ALKAS / REUTERS
Face à une économie dévastée, la population de Gaza dépend désormais presque entièrement de l’aide humanitaire pour survivre, tandis que la Cisjordanie, occupée, subit un durcissement des restrictions.

« L’effondrement de l’économie de Gaza constitue la crise économique la plus grave jamais enregistrée dans le monde, anéantissant des décennies de développement », a alerté jeudi 24 septembre l’agence de l’ONU pour le commerce et le développement (Cnuced).
« Aujourd’hui, le PIB par habitant à Gaza équivaut à 58 cents par personne et par jour [soit 83 % de moins que le niveau, déjà très bas, enregistré en 2022], tandis que le niveau des prix est supérieur de 274 % à celui de 2022 », a affirmé devant la presse à Genève Pedro Manuel Moreno, secrétaire général par intérim de la Cnuced, à l’occasion de la publication d’un rapport par l’organisation.
L’offensive israélienne déclenchée en réponse à l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 a déplacé la quasi-totalité de la population du territoire palestinien, a endommagé ou détruit la majorité des bâtiments, et a fait plus de 73 000 morts, selon le ministère de la santé du territoire palestinien, placé sous l’autorité du Hamas, dont les chiffres sont jugés fiables par l’ONU. Depuis octobre 2025, un fragile cessez-le-feu est en vigueur dans la bande de Gaza, mais l’économie est à terre.
Avant octobre 2023, « deux habitants de Gaza sur trois vivaient dans la pauvreté. Aujourd’hui, toute la population de Gaza est touchée », a expliqué le responsable de la coordination de l’assistance au peuple palestinien pour la Cnuced, Mutasim Elagraa, évoquant « une situation déjà catastrophique [qui] s’est considérablement aggravée ».
« A Gaza, le secteur du logement a subi les dommages les plus lourds, estimés à 19 milliards de dollars pour 2025 », l’activité industrielle et la production agricole y ont reculé de 94 %, avec seulement 1,5 % des terres cultivables exploitables et accessibles à ce jour, ce qui « implique une dépendance totale à l’aide alimentaire humanitaire », a-t-il énuméré.

Effondrement du système économique et social
Selon le rapport, qui repose notamment sur des données de la Banque mondiale et du Bureau central palestinien des statistiques, « le conflit a détruit des centaines de milliers d’emplois », entraînant une perte cumulée de revenus du travail estimée à 2,8 milliards de dollars depuis 2023. Aujourd’hui « plus de 90 % de la population de Gaza en âge de travailler est sans emploi », note l’organisation.
Les opérations militaires d’Israël ont détruit 92 % des établissements économiques, précise encore la Cnuced, rappelant que le montant nécessaire au redressement et à la reconstruction de Gaza, estimé à 71,5 milliards de dollars, « risque encore d’augmenter ».
Le rapport détaille aussi le durcissement des contraintes pesant sur l’activité économique en Cisjordanie, où l’organisation fait état « d’un accès réduit aux terres et aux ressources naturelles lié à l’expansion des colonies ». Il signale également une augmentation des déplacements forcés.
Egalement, les restrictions imposées à la circulation des personnes et des marchandises se sont intensifiées en 2025, grevant l’activité économique sur ce territoire. « Il faudra plusieurs années à la Cisjordanie et bien plus d’une décennie à Gaza pour retrouver le niveau de PIB par habitant qui était le leur avant la crise », a évalué le rapport.

Crise budgétaire et menaces sur le secteur bancaire
La Cnuced insiste également sur la crise budgétaire traversée par le gouvernement palestinien et sur l’état du secteur bancaire local, menacé d’« effondrement ».
La grave détérioration budgétaire s’explique, selon le rapport, par le fait qu’Israël a procédé plus fréquemment à des prélèvements sur les recettes palestiniennes, par la baisse des recettes budgétaires induite par la contraction du PIB et par le manque d’aide étrangère.
Pour soutenir les populations et reconstruire les infrastructures, le gouvernement palestinien emprunte donc massivement à des banques locales et puise dans la caisse de retraite palestinienne tout en accumulant les retards de paiement envers les prestataires privés, a-t-il poursuivi.
Or ces prestataires et les banques, déjà confrontés à la dégradation de la solvabilité des emprunteurs individuels, « ne peuvent pas supporter cette situation indéfiniment », ce qui expose ces territoires à « un effondrement du système bancaire » qui, d’après le rapport, « paralyserait l’économie tout entière ».
La Cnuced précise qu’une fois un « cessez-le-feu permanent obtenu » la communauté internationale devra mobiliser une aide financière et technique « de grande envergure » pour « inverser activement la dynamique de dé-développement à l’œuvre depuis des dizaines d’années » sur ces territoires.

Le Monde du 25 septembre 26

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