Le blocus israélien imposé à l’enclave palestinienne entrave l’entrée des huiles pour moteur et pièces détachées indispensables aux moteurs dont dépendent les services essentiels. Les hôpitaux fonctionnent sous un régime d’urgence et les bus transportant les personnels de santé sont à l’arrêt.
Les services médicaux tournaient au ralenti, mercredi 16 septembre, dans la bande de Gaza. Hôpitaux et centres de soins primaires ont été contraints de réduire leur activité aux seules urgences vitales. En cause : les pénuries de carburant, d’huile de moteur et de pièces détachées nécessaires au fonctionnement et à l’entretien des équipements, sur fond de restrictions israéliennes à l’entrée des biens dans l’enclave.
Des hôpitaux aux boulangeries, en passant par les stations de pompage des eaux usées, la destruction du réseau électrique gazaoui par l’armée israélienne a rendu le territoire dépendant des groupes électrogènes. Gourmands en carburant, ceux-ci nécessitent aussi une maintenance régulière, rendue d’autant plus indispensable par leur fonctionnement quasi continu. « Les hôpitaux de toute la bande de Gaza sont devenus des structures isolées qui meurent à petit feu, sous l’effet d’un siège étouffant qui continue d’empêcher l’entrée des produits les plus élémentaires nécessaires à la vie », a alerté le ministère de la santé lors d’une conférence de presse, dénonçant « un silence international honteux ».
« Le carburant et les huiles ne nous arrivent qu’au compte-gouttes. Si nous élevons la voix, les organisations internationales nous en apportent un peu, mais cela nous permet de tenir une semaine. Puis nous nous retrouvons face au même problème », affirme Zaher Al-Waheidi, directeur du département des registres du ministère de la santé de Gaza, joint par Le Monde par téléphone, seul moyen de contacter les habitants de l’enclave palestinienne, où la presse étrangère est interdite d’accès par Israël depuis presque trois ans.
La situation est devenue particulièrement critique en septembre. A l’hôpital Nasser de Khan Younès, le plus grand établissement de santé du sud de la bande de Gaza, les générateurs lâchent les uns après les autres. L’hôpital a instauré des coupures tournantes entre ses bâtiments pour économiser l’électricité. « A l’heure où je vous parle, ce soir, nous essayons de réparer un autre moteur tombé en panne, témoigne Mohammed Al-Najjar, du service d’ingénierie et de maintenance. Je ne peux même pas vous énumérer toutes les pièces qui nous manquent, tant la liste est longue. Nous n’arrivons plus à assurer la maintenance préventive. » Les conséquences peuvent être immédiates. Une panne peut priver d’électricité « les blocs opératoires, les unités de soins intensifs et celles pour les nouveau-nés prématurés », prévient le technicien.
A l’hôpital Al-Ahli, dans la ville de Gaza, la panne du générateur principal a déjà entraîné l’interruption de 60 % des services, selon l’établissement. Deux blocs opératoires sont affectés, de même que le seul scanner du nord de l’enclave, indique au Monde Moussa Ayad, un responsable de l’établissement. La plupart des équipements médicaux ont été détruits au cours de la guerre d’anéantissement menée par Israël, après les attaques terroristes du Hamas en octobre 2023. Gaza ne dispose plus que de deux scanners pour 2,2 millions d’habitants.
Pannes massives
Sous le motif de leur possible double usage, civil et militaire, le Cogat, l’organisme israélien qui gère l’entrée des biens et des personnes dans les territoires occupés, bloque l’entrée de nombreux produits. « Les refus et les retards dans l’autorisation d’entrée des huiles pour moteur et des pièces détachées menacent les services d’eau, d’assainissement, de santé et de gestion des déchets », détaille le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, dans son bilan quotidien publié le 11 septembre. Depuis le 1er mars, seulement 13 445 litres d’huile pour moteur ont été autorisés à entrer par les autorités israéliennes, tandis que 92 778 litres restent en attente d’autorisation, selon les données citées par l’agence onusienne. Le Cogat, comme à son habitude, dément catégoriquement : « Il s’agit d’affirmations biaisées et recyclées provenant du Hamas », indique l’organisme militaire israélien au Monde.
« Ces restrictions s’inscrivent dans un système plus large visant à limiter l’accès aux services et aux fournitures essentiels. Israël doit immédiatement lever son blocus », dénonçait Médecins sans frontières, le 12 août, après la panne d’un générateur de son hôpital de campagne de Deir Al-Balah. Selon l’ONG, la pénurie d’huile de moteur est telle que les prix ont été multipliés par vingt en l’espace de six mois, atteignant plus de 1 300 dollars américains (1 134 euros) le litre à la fin du mois de juillet.
Les moteurs à bout de souffle ne sont pas l’unique raison de la suspension des services médicaux à Gaza. Les compagnies de bus chargées de transporter le personnel de santé des différents établissements et organisations non gouvernementales ont suspendu leur activité, mercredi, en raison des pannes massives qui immobilisent leur flotte.
Sur leurs quelque 430 véhicules de transport, environ 150 avaient échappé aux destructions de l’armée israélienne. Mais cette flotte restante s’amenuise à son tour, les bus tombant en panne faute d’entretien. « Il nous faut des pièces de moteur et de freinage, de l’huile, des pneus, des batteries. Nos grands bus circulent avec quatre roues au lieu de six, ce qui est très dangereux pour les conducteurs et les passagers », explique Anwar Abou Alba, président du Syndicat des propriétaires de compagnies de bus de l’enclave.
A l’instar de l’huile, les prix des rares pièces disponibles pour effectuer les réparations connaissent une envolée spectaculaire : « 4 000 shekels [1 150 euros] contre 400 avant la guerre pour des pièces de freinage. Il faut pratiquement rajouter un zéro à tous les prix ! », affirme M. Abou Alba. Le syndicat des propriétaires de camions de la bande de Gaza tire lui aussi la sonnette d’alarme. Si la situation perdure, l’ensemble des opérations d’acheminement et de distribution de l’aide et des marchandises risque d’être interrompu, alors même que la population gazaouie, exsangue, dépend largement de l’aide humanitaire.
Par Marie Jo Sader
Le Monde du 17 septembre 26

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire