Dans un nouveau rapport, Amnesty International dénombre plus de 2 500 livraisons d’armes indiennes à Israël depuis le début du génocide. Une nouvelle preuve de l’union économique et idéologique des deux dirigeants d’extrême droite.
Au-dessus du charnier à ciel ouvert qu’est devenue la bande de Gaza, il y a les bombes du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, qui rêve de son « Eretz Israël », le « Grand Israël ». Il y a aussi les armements de son homologue indien Narendra Modi, chantre d’une « Akhand Bharat » (« Inde indivisée »).
Un nouveau rapport d’Amnesty International prouve que depuis octobre 2023, New Delhi n’a jamais cessé de livrer des ogives pour drones, des obus ou des composants de véhicules blindés à Tel-Aviv. L’ONG dénombre « au moins 2 596 cargaisons », sans compter les armements à usage défensif ou civil, envoyées d’Inde, qui « risque de devenir complice des crimes contre l’humanité d’apartheid et de génocide ».
La haine des musulmans en commun
Pas sûr que cela n’émeuve Narendra Modi, qui a couvert les pogroms antimusulmans de 2002 au Gujarat et prône encore l’hindutva, « l’hindouïté » de l’Inde. Dans le pays le plus peuplé du monde, les cadres du Bharatiya Janata Party (BJP, extrême droite) théorisent sans fard un « jihad de l’amour » poussant les jeunes femmes hindoues dans les bras des Indiens musulmans, justifiant leur lynchage et la démolition de leurs maisons.
L’islam, c’est aussi la hantise des ministres suprémacistes juifs que sont Bezalel Smotrich ou Itamar Ben Gvir. Lorsque les dirigeants indien et israélien se retrouvent tout sourire sur le tarmac de Ben-Gourion, en février dernier, Benyamin Netanyahou assure : « La relation entre Israël et l’Inde est une alliance stratégique profonde entre deux puissances qui partagent une vision commune. Dans cette vision, nous bâtissons un puissant hexagone d’alliances, un axe de pays du Moyen-Orient, d’Europe, d’Afrique et d’Asie, unis contre les axes radicaux. »
Pleinement conscient du génocide en cours depuis bientôt trois ans, le gouvernement indien « fabrique et fournit des armes transférées à Israël par le biais des grandes entreprises fournisseuses qu’il détient et contrôle, affirme Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty international. Non seulement il ne réglemente pas les exportations d’armes (…), comme le lui imposent le droit international et les normes internationales, mais en outre il a renforcé son partenariat de défense avec Israël ».
Proximité idéologique et intérêts économiques
L’un des principaux groupes en cause est Adani, aux mains de l’un des hommes les plus riches du monde, Gautam Adani, proche du premier ministre indien. Plusieurs contrats auraient été signés avec l’entreprise israélienne d’armement Elbit Systems, sans compter PLR Systems Private Limited, « une entreprise commune d’Adani et d’Israel Weapon Industries » basée dans le Gujarat natal de Narendra Modi.
« Les entreprises impliquées dans les transferts d’armes à Israël peuvent aussi contribuer à des violations du droit international humanitaire, rappelle l’ONG. Leur responsabilité pénale peut être engagée. »
Car la proximité idéologique des deux dirigeants, si elle produit des causes tout à fait matérielles, n’est que secondaire face à leurs intérêts économiques. Ils attendent tous deux les retombées économiques majeures que devrait générer le corridor Inde – Moyen-Orient – Europe (Imec), qui doit relier l’Ouest indien à la Méditerranée en passant par Israël, le tout opéré par l’armateur français CMA-CGM.
Par ailleurs, New Delhi y envoie des dizaines de milliers de travailleurs, évidemment parmi les plus précaires, dans les champs et sur les chantiers, y compris en Cisjordanie occupée. Enfin, l’Inde est depuis plusieurs années – et de très loin – la première importatrice mondiale d’armes, de drones et de technologies de renseignement israéliens. Et ça ne date pas d’hier : lors de « la guerre des glaciers », qui opposa l’Inde au Pakistan en 1999, l’armée israélienne avait fourni Delhi pour qu’elle bombarde les positions d’Islamabad dans l’Himalaya.
Changement d’alliances
Le parallèle est aujourd’hui frappant avec le Pakistan, qui s’est imposé comme le médiateur principal entre l’Iran et les États-Unis. Sous Narendra Modi, qui prône un « multi-alignement » en réalité très atlantiste, l’Inde se rapproche toujours plus d’Israël comme des pays du Nord global, poussée par la nécessité de diversifier ses partenariats face à l’imprévisibilité de son allié états-unien et de ses menaces douanières.
Le peuple indien, lui, a pourtant été un soutien sans faille de celui de Palestine, faisant flotter le drapeau lors de manifestations, bloquant au port des cargos d’armes destinés à Tel-Aviv. Le Borkum était l’un de ces bateaux, parti de Chennai en avril 2024, quelques mois après le 7-Octobre. L’un des premiers interdits d’étape en Espagne, sous la pression des dockers. Il fendait alors vers Ashdod, à quelques kilomètres de la bande de Gaza, pour y livrer 20 tonnes de composants pour roquettes, 12,5 tonnes de roquettes équipées de charges explosives, et 1,5 tonne d’explosifs.
Axel Nodinot
L'Humanité du 30 juillet 2026

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