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| Donald Trump, à Hagerstown (Maryland), le 31 juillet 2026. JACQUELYN MARTIN/AP |
Donald Trump semblait s’être désintéressé du dossier, tout entier tourné vers la guerre en Iran qui s’enlise. Le plan de paix de 2025 à son nom, censé mettre fin, selon ses mots, à « un cauchemar de trois mille ans » entre Israël et la bande de Gaza, était dans les limbes depuis des mois. Comme oublié. Mais l’annonce du président américain assurant, jeudi 30 juillet, avoir arraché un accord « historique » sur le désarmement du Hamas, a soudain remis les projecteurs sur l’enclave, dont les habitants restent la cible continue des tirs israéliens.
L’Etat hébreu a-t-il découvert ce compromis auquel il n’a pas été associé ? Jusqu’à présent, les Etats-Unis s’étaient alignés sur la position israélienne lors des négociations menées au Caire, en faisant du désarmement du Hamas une condition préalable à toute avancée sur la reconstruction de la bande de Gaza et sur l’entrée en action du Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), appelé à gérer l’enclave. Le texte désormais sur la table marque un infléchissement notable : Washington semble placer sur un pied d’égalité le retrait progressif des forces israéliennes et la mise hors service de l’arsenal du mouvement palestinien, les deux processus devant avancer de manière parallèle.
« Israël est très content de ce deal », a assuré Donald Trump depuis la résidence de Camp David (Maryland), lieu de villégiature des présidents américains où le milliardaire venait d’atterrir, vendredi. Benyamin Nétanyahou, le premier ministre de l’Etat hébreu, n’avait pourtant pas dit le moindre mot sur cet accord, rejeté avec véhémence par Itamar Ben Gvir, son ministre de la sécurité nationale, qui l’a qualifié de « pas acceptable » pour Israël. « Les éliminations à Gaza doivent se poursuivre. (…) Israël doit gagner », a écrit le membre du parti ultranationaliste et suprémaciste Force juive, vendredi, sur X.
Aux yeux de Donald Trump, ce compromis « montre à quel point nous sommes victorieux en Iran. Si vous revenez cinq mois en arrière, un tel accord aurait été impossible », a-t-il déclaré aux journalistes, estimant que l’affaiblissement militaire du régime iranien, soutien du Hamas, expliquerait à lui seul que le mouvement islamiste ait accepté de rendre les armes. « C’est une étape importante pour le Moyen-Orient », a ajouté le président américain, se glorifiant d’avoir mis fin à huit guerres, suscitant la perplexité de l’assistance.
La réalité est plus nuancée. Le Hamas, confiné, selon les experts, sur 30 % à 35 % de la bande de Gaza, visé quotidiennement par les frappes israéliennes, et étranglé économiquement, a certes fait des concessions. « La pression militaire israélienne a décapité une grande partie de son commandement à Gaza et déplacé son centre de gravité vers sa direction extérieure, désormais incarnée par Khalil Al-Hayya », chef politique du Hamas, souligne David Khalfa, spécialiste de géopolitique à la Fondation Jean Jaurès. Mais « ce qu’il a accepté est identique à ce qu’il avait déjà concédé en mars », observe Muhammad Shehada, chercheur au Conseil européen pour les relations internationales, basé à Copenhague.
Exigences peu claires
Selon la feuille de route dévoilée vendredi par le Conseil de la paix – chargé de superviser la mise en œuvre du plan Trump –, la mise hors service et le stockage des armes lourdes seront appliqués « de manière progressive et séquentielle (…) conformément à un calendrier qui devra être finalisé dans les quatorze jours suivant l’approbation de cette feuille de route par toutes les parties ».
Le gouvernement technocratique palestinien – le NCAG – sera chargé de collecter l’arsenal du Hamas après le déploiement de la force de supervision internationale. « Ce processus sera lié à un retrait israélien, par phases, des zones qu’Israël contrôle dans la bande de Gaza, ainsi qu’à la mise hors service des milices armées [opposées au Hamas et soutenues par l’Etat hébreu] », précise le document, qui évoque un suivi opéré par le Comité international de vérification avec le soutien de la force de supervision internationale. « Aucune arme ne sera transférée ou remise à Israël ni à des parties non palestiniennes », indique le Conseil de la paix. Les exigences sont toutefois peu claires concernant les armes légères, incluant des fusils d’assaut comme les kalachnikov.
« Une fois ces armes placées sous le contrôle du NCAG, elles seront définitivement retirées. Le gouvernement technocratique palestinien, sous l’autorité politique de Trump, n’ouvrira jamais les entrepôts pour permettre au Hamas de les récupérer, même si Israël venait à violer l’accord, analyse M. Shehada. Israël serait d’ailleurs probablement plus enclin à bombarder ces dépôts dès que l’occasion se présenterait. Avec cet accord, le Hamas laisse entendre en filigrane que l’ère de la résistance armée à Gaza touche à sa fin. »
Le flou concernant le sort des armes légères inquiète en Israël, où l’on redoute la poursuite d’une guérilla urbaine. Surtout, l’Etat hébreu n’entend pas se retirer de Gaza avant que le désarmement du Hamas ne soit enclenché. « Nétanyahou et le reste du gouvernement se sont privés de toute marge de manœuvre concernant le retrait des forces israéliennes. Ils ont revendiqué avec fierté la prise de portions toujours plus grandes de Gaza, en jurant qu’ils ne se retireraient pas [l’armée israélienne occupe aujourd’hui 70 % de l’enclave palestinienne]. Ils sont aujourd’hui politiquement coincés », explique Dan Rothem, analyste au sein du Israel Policy Forum, organisation, basée à New York, chargée d’entretenir l’engagement américain dans le conflit israélo-palestinien.
« Nétanyahou est coincé »
A trois mois des élections législatives en Israël, prévues le 27 octobre, accepter un tel règlement écornerait la réputation du premier ministre, candidat à sa succession. « Nétanyahou cherche à avoir l’image de celui qui a écrasé le Hamas et lui a fait déposer les armes. Gaza est une des meilleures façons de gagner des points pour les candidats. Plus il y a de morts, plus ils gagnent en popularité pour les élections », estime Rami Abou Jamous, journaliste pour Orient XXI, résidant à Gaza.
« Cet accord est mauvais pour Israël, mais Nétanyahou est comme pris dans une embuscade. Il est prudent et la raison de sa prudence s’appelle Donald Trump », analyse Michael Milshtein, analyste au centre Moshe Dayan, à Tel-Aviv, et ancien conseiller des affaires palestiniennes au sein de la Coordination des activités gouvernementales dans les territoires.
Le premier ministre israélien ne peut s’opposer frontalement à Donald Trump, avec qui les relations se sont tendues ces dernières semaines. Le président américain est si imprévisible qu’il pourrait, en représailles, adopter une nouvelle stratégie en Iran qui ne conviendrait pas à l’Etat hébreu, voire réduire son soutien militaire, pense M. Milstein. « Nétanyahou est coincé », décrit un diplomate européen, imaginant le premier ministre israélien adopter une posture ambiguë, ni pour ni contre cet accord, tout en faisant traîner les discussions.
A Gaza, où les bombardements continuaient ce vendredi – plus de 1 200 Gazaouis ont été tués depuis le cessez-le-feu du 10 octobre 2025 –, les habitants semblaient se faire peu d’illusions sur l’issue de ce deal prétendument « historique ». Rami Abou Jamous s’en désole : « Le Hamas dit qu’il n’y aura pas de désarmement sans le retrait israélien, et les Israéliens disent l’inverse. On revient toujours au même point. »
Par Fanny Arlandis, Claire Gatinois et Marie Jo Sader
Le Monde du 1er août 2026

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