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| Benyamin Nétanyahou et Donald Trump, à la Maison Blanche, à Washington, le 28 juillet 2026. SERVICE DE PRESSE DU GOUVERNEMENT ISRAÉLIEN/AFP |
Les sujets de discussion ne manquaient pas entre la guerre en Iran, l’accord nucléaire avec l’Arabie saoudite, le Liban, l’avenir de Gaza… mais l’enjeu principal de la rencontre entre Donald Trump et Benyamin Nétanyahou était ailleurs. Il s’agissait avant tout de prendre le pouls de la relation entre le président américain et le premier ministre israélien, qui s’est dégradée progressivement ces derniers mois, au fil de l’enlisement du conflit avec l’Iran que le premier a déclenché sur les conseils du second.
Les deux hommes ne s’étaient pas revus depuis cette fameuse réunion de février, lors de laquelle les Israéliens avaient plaidé avec succès pour une offensive conjointe contre l’Iran, accusé de tout faire pour obtenir sous peu une arme nucléaire.
La guerre a commencé le 28 février, elle devait durer quatre à cinq semaines. Elle vient de franchir la barre des six mois, et aucune sortie de crise ne se profile à l’horizon. Mardi 28 juillet au soir, l’armée américaine a annoncé avoir intercepté une salve de missiles balistiques, une offensive soudaine après une pause de plusieurs jours.
Officiellement, le rendez-vous s’est déroulé sous les meilleurs auspices, même si peu d’éléments sur le contenu des discussions ont fuité. Une photo des deux dirigeants tout sourire a été postée sur les réseaux sociaux de Benyamin Nétanyahou. La visite intervenait juste après celle du président ukrainien, Volodymyr Zelensky. « Les deux rencontres étaient positives et productives », a écrit, sur X, Karoline Leavitt, la porte-parole de la Maison Blanche. La diplomatie israélienne a publié un communiqué qualifiant les échanges, ayant porté essentiellement sur l’Iran, d’« excellents et compréhensifs », et assurant que les deux parties avaient « réaffirmé leur engagement inébranlable à garantir que l’Iran ne dispose jamais de l’arme nucléaire ».
L’ambiance n’était pas aux esclandres diplomatiques. Le premier ministre israélien était à Washington pour participer à la cérémonie en mémoire de Lindsey Graham, le sénateur de Caroline du Sud, fervent défenseur de la cause de l’Etat hébreu, mort brutalement le 11 juillet. Donald Trump s’est chargé lui-même de l’éloge funèbre de celui qui était tout à la fois son ami, son partenaire de golf et l’un de ses conseillers officieux sur les affaires internationales, tandis que Benyamin Nétanyahou avait participé avec sa femme à un dîner, lundi soir, rassemblant des proches du défunt.
« “Bibi” veut que je reste impliqué »
Il n’empêche, le président américain a envoyé, avant la visite de la délégation israélienne, quelques messages au ton peu amène. Plusieurs médias s’étaient fait l’écho du fait que Benyamin Nétanyahou pourrait lui présenter des éléments attestant que les Iraniens ont l’intention de poursuivre leurs activités d’enrichissement d’uranium, grâce à l’enfouissement de matériel sous le mont Kolang (la « montagne de la pioche »). « Je n’ai pas besoin que “Bibi” [surnom de M. Nétanyahou] me dise ça, “Bibi” me dit ça parce qu’il veut que je reste impliqué », a réagi Donald Trump, interrogé, mardi matin, sur ce sujet par la chaîne conservatrice Fox News.
La veille, il avait déjà rétorqué sèchement à la question d’un journaliste à propos de la réticence d’Israël à la vente par Washington d’avions de chasse F-35 américains à la Turquie. « Personne ne me dit ce que je devrais vendre, a-t-il répondu. La Turquie n’est pas une grande fan d’Israël, pas une grande fan de “Bibi”. Mais ils ont été super avec moi. »
La frustration de Donald Trump est allée croissant ces derniers temps. En juin, il avait déjà exprimé son agacement après la poursuite de l’offensive israélienne au Liban, qui menaçait ses efforts pour obtenir un cessez-le-feu avec Téhéran, permettant une reprise du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, couloir de navigation essentiel pour le commerce mondial, notamment énergétique. Le protocole d’accord finalement conclu avec l’Iran, baptisé « Memorandum of Understanding » (« mémorandum d’entente ») et qualifié de « meilleur de tous les temps » par le président américain, a fait long feu. Les hostilités ont repris au cours du mois de juillet.
Donald Trump ne cesse de menacer le pays d’une offensive totale, avec des frappes sur les infrastructures énergétiques – une escalade pour laquelle plaide Benyamin Nétanyahou –, mais laisse également la voie ouverte aux négociations. Après une phase de durcissement la semaine du lundi 20 juillet, à la suite d’attaques meurtrières de bases militaires américaines de la part de l’Iran, les tirs ont de nouveau été suspendus samedi 25 et dimanche 26 juillet, jusqu’à la nouvelle offensive iranienne ce mardi.
Le président américain avait assuré, lundi, au média américain Axios, qu’il s’agissait de donner une chance aux initiatives de paix de ses deux envoyés spéciaux – Steve Witkoff et Jared Kushner, gendre de Donald Trump – par l’intermédiaire du Qatar, du Pakistan et de l’Egypte, ainsi qu’aux discussions que Téhéran mène avec Oman sur la circulation navale dans le détroit. Ce dernier volet semble vacillant : l’Iran, qui veut garder la maîtrise de toutes les entrées et de la moitié des sorties, a rejeté, mardi, la proposition du sultanat de partager le corridor en deux.
Nétanyahou plein de ressources
Donald Trump est mis sous pression par les conséquences économiques de ce conflit. Le baril de brut s’établissait à 83 dollars (72,80 euros), mardi, après avoir brièvement franchi la barre des 100 dollars la semaine du 20 juillet, tandis que le gallon d’essence reste au-dessus des 4 dollars (3,51 euros), soit 1 dollar de plus en moyenne qu’avant la guerre. Un mauvais signal à trois mois d’élections de mi-mandat cruciales, alors que l’inflation demeure élevée.
Benyamin Nétanyahou a lui-même ses propres échéances électorales. Il espère être reconduit dans ses fonctions aux élections législatives du 27 octobre, après un scrutin qui s’annonce compliqué, d’autant plus s’il venait à perdre le soutien de son principal allié à l’international.
Mais quand il s’agit de Donald Trump, le premier ministre israélien a toujours montré de grandes ressources pour retourner la situation à son avantage. Un récent épisode en atteste avec la conclusion d’un accord entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, permettant à Riyad de développer des capacités nucléaires civiles. Alors que le texte avait déjà été approuvé et signé par les deux parties, Donald Trump a ajouté une condition par un message sur ses réseaux sociaux : la signature par les Saoudiens des accords d’Abraham pour la reconnaissance de l’Etat hébreu.
Par Nicolas Chapuis
Le Monde du 29 juillet 26

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