Alors que les massacres se poursuivent dans l’enclave palestinienne, avec 57 morts entre le 13 et le 20 juillet, plusieurs ONG israéliennes ont saisi la juridiction, qui a refusé de revenir sur l’interdiction imposée par l’État aux patients et aux blessés gazaouis d’accéder à des soins en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.
Cinq organisations de défense des droits humains basées en Israël ont saisi la Haute Cour de justice pour qu’un corridor médical humanitaire soit rouvert depuis Gaza afin de permettre aux blessés et aux patients d’avoir accès aux soins, dans les hôpitaux de Cisjordanie et de Jérusalem-Est.
Ces cinq ONG – Médecins pour les droits de l’homme en Israël (PHRI), Gisha, Centre pour la défense de l’individu (HaMoked), l’Association pour les droits civils en Israël (Acri) et le Centre juridique pour les droits de la minorité arabe en Israël (Adalah) – ont argué du fait que le corridor permettrait aux patients de Gaza de recevoir des soins au sein même du système de santé palestinien.
Car les hôpitaux palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem-Est sont prêts et capables de recevoir des patients gazaouis, et le corridor existait avant octobre 2023. Près de 18 500 patients et blessés attendent désormais des soins médicaux qui ne peuvent être prodigués à Gaza, selon les chiffres présentés par les pétitionnaires.
Mais les magistrats israéliens ont écarté les arguments juridiques. La juge Yael Willner a demandé aux organisations de diriger les documents qu’ils avaient soumis à la cour vers d’autres pays, estimant que c’était là qu’ils devraient investir leurs « efforts considérables ».
Le juge Yechiel Kasher, lui, s’est demandé pourquoi les pays critiques à l’égard d’Israël n’acceptaient pas eux-mêmes davantage de patients en provenance de Gaza ! L’État a évoqué les transferts médicaux via des pays tiers comme alternative. Il a néanmoins admis que cela aboutirait à nombre d’évacués médicaux en dehors de Gaza, nombre qui se monterait à 10 % de ceux ayant accès aux soins en dehors du territoire palestinien.
Les preuves médicales balayées
Au début de l’audience, la cour a ordonné le retrait d’un affidavit (une déclaration écrite faite sous serment devant une personne autorisée par la loi) de la docteure Ambreen Sleemi, obstétricienne-gynécologue et uro-gynécologue américaine avec trente ans d’expérience, qui a passé six semaines en bénévolat à l’hôpital Nasser, à Gaza.
Elle a décrit une malnutrition sévère chez les femmes enceintes, les pénuries de médicaments, d’antibiotiques, de sang et de fournitures de base pour le soin des plaies, les nourrissons atteints de maladies congénitales traitables. Les patients atteints de cancer attendent des mois pour un transfert médical, a-t-elle révélé, expliquant qu’elle n’avait jamais rencontré de problèmes médicaux comparables au cours de trois décennies de pratique.
Pour l’avocat Adi Lustigman, qui représentait les cinq organisations pétitionnaires, « les conséquences d’un retard dans une décision ne sont pas seulement juridiques : elles se mesurent en vies humaines. Il y a quelques jours à peine, Hussein, un garçon de 10 ans et demi atteint de leucémie, est décédé après avoir attendu à plusieurs reprises l’autorisation d’accéder à un traitement dans un hôpital à seulement une heure de chez lui. Hussein était l’un des quelque 4 000 enfants parmi 18 500 patients qui ont actuellement un besoin urgent de soins médicaux ».
Plutôt que de s’intéresser aux preuves médicales elles-mêmes, la cour s’est concentrée sur les critiques d’Ambreen Sleemi à l’égard d’Israël et de l’armée israélienne. Le juge Alex Stein a déclaré que l’affidavit contenait des allégations contre les forces israéliennes qui n’étaient « pas toujours fondées » et a suggéré de le retirer plutôt que de risquer que la requête soit purement et simplement rejetée à cause du document.
La cour a ensuite ordonné que l’affidavit soit retiré du dossier, décrivant certaines parties comme contenant « des déclarations incorrectes et offensantes contre l’État d’Israël et les forces de Tsahal ».
La cour n’a pas rejeté la requête, mais elle n’a pas non plus accordé de réparation immédiate aux patients nécessitant des soins médicaux. Elle a demandé qu’une nouvelle mise à jour soit fournie, afin de déterminer si la situation avait changé.
« Nous avons exposé les obligations juridiques d’Israël, la réalité humanitaire urgente sur le terrain et les vies déjà perdues en attendant des soins médicaux. Aucun de ces arguments n’a été réfuté. Au lieu de les aborder, la cour a choisi de transférer la responsabilité ailleurs. Israël reste une puissance occupante avec des obligations juridiques claires envers la population palestinienne sous son contrôle », dénonce Milena Ansari, directrice du département des territoires occupés de Médecins pour les droits de l’homme en Israël.
Pierre Barbancey
L'Humanité du 23 juillet 2026

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