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| Maggie Haberman et Jonathan Swan, Regime Change : Inside the Imperial Presidency of Donald Trump, Simon and Schuster, New York, 2026, 496 pages, 34 dollars. |
Ainsi que le relatent deux journalistes du New York Times, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a choisi ce moment pour entraîner Washington dans la guerre (1). Le 11 février, il a présidé, à la Maison Blanche, une sorte de conseil de guerre réunissant officiels israéliens et américains et leur a annoncé l’effondrement prochain de l’Iran, un triomphe historique à portée de main. Il suffirait de quelques attaques aériennes pour assener le coup de grâce : elles provoqueraient un soulèvement populaire, puis, « comme au Venezuela », défections et ralliements mettraient fin au « régime des mollahs ». M. Trump, soucieux d’étoffer son tableau de chasse et de bâtir au plus tôt son arc de triomphe, fut conquis.
Et puis, rien ne s’est déroulé comme prévu dans cette « guerre voulue ». Les experts autoproclamés auraient sans doute été bien inspirés de lire l’ouvrage de Vali Nasr, professeur de relations internationales à l’université Johns-Hopkins et par ailleurs l’un des meilleurs spécialistes du sujet (2). L’auteur y conteste l’idée selon laquelle la politique étrangère de l’Iran reflète les valeurs révolutionnaires ou le caractère théocratique du gouvernement. En réalité, le déterminant principal resterait un nationalisme farouche et pragmatique, né de la longue histoire d’un pays sans cesse menacé par des puissances étrangères, maintes fois occupé et dépecé. L’aspiration à l’indépendance (esteqlal) est essentielle.
Plus qu’aucun autre, un traumatisme a façonné la culture politique du pays : la guerre Iran-Irak (1980-1988). La leçon qui en a été tirée est que les Iraniens doivent, quel qu’en soit le coût, ne compter que sur eux-mêmes. Les États-Unis, l’Union soviétique et l’ensemble du monde arabe, à l’exception de la Syrie, avaient alors soutenu l’Irak. C’est ce conflit qui a favorisé l’hégémonie du tout-puissant Corps des gardiens de la révolution islamique — et de manière plus générale de l’appareil militaro-sécuritaire qui préside aux destinées du pays.
Les principes de la guerre asymétrique sont, eux, l’enseignement du conflit en cours. D’une part, le contrôle par l’Iran du détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du commerce mondial de pétrole, de gaz et d’engrais, a pris l’économie mondiale en otage. D’autre part, des attaques ciblées contre les infrastructures civiles ou militaires des États avoisinants (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, tous membres du Conseil de coopération du Golfe) ont révélé la fragilité de la protection américaine, et la possibilité pour l’Iran de faire payer cher à ses adversaires comme d’élargir son périmètre.
Ibrahim Warde
Le Monde diplomatique - Août 2026
Professeur associé à la Fletcher School of Law and Diplomacy (Medford, Massachusetts). Auteur de Propagande impériale & guerre financière contre le terrorisme, Agone - Le Monde diplomatique, Marseille-Paris, 2007.
(1) Maggie Haberman et Jonathan Swan, Regime Change : Inside the Imperial Presidency of Donald Trump, Simon and Schuster, New York, 2026, 496 pages, 34 dollars.
(2) Vali Nasr, Iran’s Grand Strategy : A Political History, Princeton University Press, 2025, 408 pages, 35 dollars.

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