Aide des États-Unis à Israël : pour la première fois, une majorité de démocrates a voté pour supprimer le versement annuel de 3,3 milliards de dollars

 

Selon un sondage national réalisé en mai par le New York Times, 74 % des électeurs du parti de l’âne s’opposent à l’octroi d’une aide économique et militaire supplémentaire à Israël.
© Bergman Jason/SPUS/ABACA
L’amendement a été repoussé par la Chambre des représentants à majorité républicaine, mais le retournement du groupe démocrate s’avère spectaculaire.

L’amendement a été rejeté mais il n’en révèle pas moins une évolution majeure de la politique étasunienne. La proposition visait à supprimer l’intégralité de l’aide du pays à Israël, soit 3,3 milliards de dollars annuels. Pour la première fois, une majorité du groupe démocrate à la Chambre des représentants s’est prononcée en sa faveur : 103 ont voté pour, 98 contre. Cette bascule est intervenue malgré la rédaction même de l’amendement, qui ne différenciait pas aide militaire et aide humanitaire.
« Même si j’avais souhaité que nous puissions voter sur un amendement portant uniquement sur l’aide militaire, tout en soutenant bien sûr les programmes humanitaires, cette option ne s’offre pas à nous, a écrit le député Greg Casar, démocrate du Texas et président du Congressional Progressive Caucus, le comité regroupant les élus les plus progressistes, dans une lettre adressée à ses membres. Le peuple américain réclame à grands cris qu’on cesse d’utiliser l’argent des contribuables américains pour subventionner l’armée israélienne. »

Une « réinitialisation majeure » des relations entre les États-Unis et Israël
Le vote a divisé jusqu’aux dirigeants démocrates. Les députés Hakeem Jeffries, de New York, chef de file de la minorité et futur président de la Chambre en cas de victoire des démocrates lors des prochaines élections de mi-mandat, et Pete Aguilar, de Californie, numéro trois du parti démocrate, ont voté contre la mesure, tandis que la députée Katherine Clark, du Massachusetts, porte-parole du groupe, a voté en sa faveur.
Dans une déclaration rendue publique peu avant le vote, Nancy Pelosi, ancienne présidente de la Chambre des représentants et toujours députée, a qualifié cet amendement de « choix regrettable », tout en précisant qu’elle le soutiendrait « pour le message qu’il véhicule ». Un fait impensable il y a encore quelques mois. L’évolution d’un certain nombre d’élus est corrélée à celle de l’électorat démocrate.
Selon un sondage national réalisé en mai par le New York Times, 74 % des électeurs du parti de l’âne s’opposent à l’octroi d’une aide économique et militaire supplémentaire à Israël, avec une large majorité dans toutes les tranches d’âge. Des enquêtes d’opinion réalisées en octobre 2025 montrent aussi que l’électorat démocrate soutient majoritairement les droits des Palestiniens et appelle à des sanctions économiques contre Israël de même nature que celles prises contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud dans les années 80.
Le New York Times évoque « peut-être le revirement le plus rapide de l’opinion publique sur une question politique depuis la légalisation du mariage entre personnes du même sexe ».
Même les défenseurs inconditionnels d’Israël doivent en prendre la mesure. Ainsi Hakeem Jeffries a appelé pour la première fois à une « réinitialisation majeure » des relations entre les États-Unis et Israël. Il a également laissé entendre que les démocrates, s’ils remportaient la majorité au Congrès, insisteraient pour que toute aide en matière de sécurité accordée à Israël soit subordonnée à l’interdiction des violations des droits de l’homme à l’encontre des Palestiniens.

Christophe Deroubaix
L'Humanité du 16 juillet 26



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