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| Rajab Al-Baba, jeune Gazaoui de 9 ans, lors d’une séance rééducation à la suite de l’amputation de l’une de ses jambes, à Gaza, le 17 juin 2026. ABDELRAHMAN RASHAD POUR « LE MONDE » |
Si le bruit des bombes s’atténue au Liban et en Iran, alors que des négociations entre les Etats-Unis et la République islamique sont pour l’instant parvenues à imposer une trêve, la bande de Gaza continue, elle, de subir un siège et d’être la cible de bombardements.
Mardi 23 juin, une commission d’enquête internationale, mandatée par l’Organisation des Nations unies (ONU), a accusé l’Etat hébreu de « cibler » délibérément les enfants sur ce territoire palestinien, dénonçant un « génocide » en cours. Elle affirme que les conséquences du conflit dépassent largement les pertes humaines. Les enfants sont ainsi victimes de tueries, de blessures, de séparations, de déplacements forcés, de famine ou de manque d’accès à l’éducation et à la santé.
« Les blessures physiques et psychologiques graves, les traumatismes collectifs, l’orphelinage, la séparation, le handicap, les déplacements répétés, la famine et l’effondrement des systèmes éducatif et sanitaire ont anéanti l’enfance de ces enfants, et continueront de les marquer tout au long de leur vie à Gaza », détaille le rapport.
« Ciblage des maternités »
Dans un communiqué, le président de la commission d’enquête, le juriste et juge indien Srinivasan Muralidhar, affirme qu’« en prenant pour cible des enfants, Israël s’attaque à la capacité même du peuple palestinien d’exister et de déterminer son avenir ». L’Etat hébreu a, lui, dénoncé un rapport « diffamatoire », l’accusant de « passer sous silence les tactiques brutales du Hamas, qui s’en prend sans pitié aux enfants israéliens et utilise des enfants palestiniens comme boucliers humains ».
En septembre 2025, déjà mandatée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, mais ne s’exprimant pas au nom de l’organisation, la commission était arrivée « à la conclusion qu’un génocide se produi[sai]t à Gaza et continu[ait] de se produire ». Elle avait alors affirmé que les autorités et forces de sécurité israéliennes avaient commis « quatre des cinq actes génocidaires » définis par la Convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide (1948). A savoir : « Meurtre de membres du groupe ; atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe. » Seul critère absent : le « transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe ».
Dans ce nouveau rapport de près d’une centaine de pages, les enquêteurs dénoncent le « ciblage des services de néonatologie et de maternité » par Israël, ayant entraîné une augmentation des fausses couches et des malformations génitales, avec des effets durables sur la « continuité de la population ». Ils estiment aussi que la « famine provoquée par le blocus » israélien a causé la mort d’enfants et gravement détérioré leur santé. Ils considèrent que le démantèlement et la destruction des structures de protection et d’éducation à Gaza, mais également en Cisjordanie occupée, ainsi qu’à Jérusalem-Est, ont compromis leur développement et fragilisé les « fondements de la société palestinienne ».
Huit mois après la signature d’une trêve, en octobre 2025, « Israël continue de faire fi du cessez-le-feu et de la protection que le droit international impose d’accorder aux enfants palestiniens », dénonce Srinivasan Muralidhar. « En prenant pour cible des enfants, Israël s’attaque à la capacité même du peuple palestinien d’exister et de déterminer son avenir », affirme le président de la commission d’enquête mandatée par l’ONU.
Son rapport porte non seulement sur Gaza – territoire auquel Israël interdit l’accès à la presse étrangère depuis octobre 2023 –, mais aussi à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, où la commission a constaté une forte augmentation des violences commises par des colons israéliens contre des enfants palestiniens. Elle a également recueilli « des preuves de torture, notamment de violences sexuelles et fondées sur le genre, lors d’arrestations massives et de détentions ». Selon elle, « les enfants palestiniens, en particulier les garçons, ont été soumis à des mauvais traitements systématiques en détention, notamment des déshabillages forcés, des passages à tabac et des privations de nourriture ».
Jusqu’au 7 octobre 2023, date des attaques terroristes du Hamas contre Israël, et à la guerre d’anéantissement menée par la suite par l’Etat hébreu contre la bande de Gaza, la moitié de la population de l’enclave palestinienne était âgée de moins de 18 ans, rappelle la commission d’enquête. « Ces enfants avaient déjà passé toute leur vie sous le blocus et l’occupation israéliens, subissant de multiples épisodes d’hostilités et de traumatismes », accuse-t-elle. « Entre le 7 octobre 2023 et le 7 octobre 2025, au moins 20 179 enfants ont été tués, et 44 143 enfants ont été blessés à Gaza, représentant 30 % des personnes tuées et 26 % des personnes blessées au cours de cette période. »
Violence contre les civils
La commission note ainsi une augmentation de la proportion d’enfants tués par rapport aux précédentes guerres sur le territoire : lors des conflits de 2008-2009 et de 2014, ils représentaient environ 24 % des décès. La hausse, significative, documente la violence qu’exerce l’armée israélienne contre les civils de la bande de Gaza. Mais résulte-t-elle pour autant d’une augmentation mécanique du nombre de morts parmi les plus jeunes, effet d’une guerre totale qui s’abat sur l’ensemble de la société palestinienne, ou de la volonté délibérée de cibler un groupe social spécifique − les enfants −, comme le dénonce le rapport des experts de l’ONU ?
Fait nouveau, la commission d’enquête − qui appelle à ce que ces crimes ne restent pas impunis − a, cette fois, identifié nommément des unités militaires au sein des forces de sécurité israéliennes, qu’elle accuse d’être responsables de la mort et des blessures d’enfants palestiniens. Parmi les unités incriminées, la brigade Kfir, impliquée dans une frappe de drone qui a tué deux frères âgés de 9 et 10 ans, à l’est de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 29 novembre 2025. La 162e division, dont la 401e brigade qui lui est rattachée, et l’unité d’élite Shayetet 13 sont accusées d’avoir lancé des grenades dans une maison où se trouvaient 30 membres d’une même famille, blessant grièvement un garçon de 5 ans, puis d’avoir ensuite exécuté huit membres de sa famille, dont sa mère, enceinte de sept mois, et son père, à Sheikh Radwan, un quartier de la ville de Gaza, entre le 20 et le 21 décembre 2023.
La 401e brigade, encore, est désignée comme celle qui a assassiné la petite Hind Rajab, 6 ans, en janvier 2024. La fillette avait passé plusieurs heures au téléphone avec le Croissant-Rouge palestinien pour implorer de l’aide, alors qu’elle était coincée dans une voiture visée par l’armée israélienne. Son oncle, sa tante, sa cousine Layan, 15 ans, Hind Rajab, puis l’équipage de l’ambulance qui tentait de la sauver, ont été tour à tour tués par l’armée israélienne alors que tous étaient identifiés et leur localisation connue des militaires après des appels du Croissant-Rouge.
Par Madjid Zerrouky
Le Monde du 24 juin 2026

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