Un projet déséquilibré d’accord de cessez-le-feu au Liban a été annoncé depuis Washington. Pour le Hezbollah, ce texte équivaut à une « capitulation » du Liban.
Israël n’a jamais tenté de faire illusion. À peine l’accord dit « de la dernière chance pour parvenir à un cessez-le-feu global et définitif » au Liban a-t-il été annoncé, dans la nuit du 4 juin à Washington, que le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, déclarait que l’armée de son pays continuerait de garder sa « liberté d’action » dans la plaine de la Bekaa (est) et le Liban du Sud.
Les faits n’ont pas démenti ses propos. Tel-Aviv y a intensifié ses opérations, notamment dans les localités méridionales de Maaraké, Mansouri, Ramiyé, Cana (Tyr), Kfar Tebnit, Jibchit et Mayfadoun (Nabatiyé), Beit Yahoun et Braachit (Bint Jbeil). Les Libanais ne connaissent que trop bien ces annonces en trompe-l’œil. L’ONU aussi. Un casque bleu serbe, membre de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), est mort, ce 4 juin, dans une frappe qui a atteint une base dans le sud du Liban. Deux autres ont été blessés lors du même raid.
Les Israéliens pourraient chercher à pousser le Hezbollah à la faute
Après l’échec de la trêve instaurée le 17 avril, la déclaration conjointe publiée par les États-Unis, Israël et le Liban conditionne la cessation des combats à « un arrêt complet des tirs du Hezbollah et au retrait de tous ses membres du secteur sud du fleuve Litani ». Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, ne s’y est d’ailleurs pas trompé en dénonçant « un cessez-le-feu fictif, interprété comme un arrêt des hostilités du Hezbollah et un abandon du front sud par les résistants, alors que l’agression se poursuit sous la pression militaire, (ce qui) équivaut à une capitulation, une défaite et la réalisation des objectifs de l’ennemi ».
Le texte ne fait en effet aucune mention de la nécessité de voir Israël cesser ses bombardements et ses avancées terrestres au-delà de la zone tampon sur 5 à 10 kilomètres de profondeur. Si l’accord envisage un retrait graduel de l’armée israélienne avec la mise en place de « zones pilotes », dont les Forces armées libanaises (FAL), à la faiblesse structurelle et organisée, prendraient le contrôle exclusif, il y a fort à parier que les Israéliens pourraient chercher à pousser le Hezbollah à la faute afin de justifier leur maintien.
Parmi les « zones pilotes », le château médiéval stratégique de Beaufort qui surplombe le fleuve Litani. « La déclaration de Washington énonce les principes fondamentaux que les États-Unis et Israël envisagent pour la soumission du Liban au projet du « Grand Israël ». Faire du désarmement de la résistance (du Hezbollah) le point de départ de tout accord revient à détruire la puissance du Liban et constitue une menace existentielle pour le peuple résistant », a en outre expliqué Naïm Kassem, qui demande un cessez-le-feu global, sans distinction entre le Sud et le reste du territoire.
Dans le cadre des négociations, le président du Parlement, le chiite Nabih Berry, endosse le rôle d’intermédiaire entre les États-Unis et le Hezbollah, et garantit que ce dernier respectera un « cessez-le-feu global » en cas de conclusion de l’accord. Son rôle est devenu central pour assurer le soutien de la communauté chiite, la plus massivement meurtrie par la guerre israélienne, à cet accord. « Les négociations d’hier (mercredi, à Washington) ont été très difficiles », a d’ailleurs concédé le président libanais, Joseph Aoun.
De nouvelles discussions le 22 Juin
Le dirigeant du mouvement chiite a enfin rappelé à quel point les fronts iraniens et libanais étaient liés, et l’arrêt des combats dans les deux pays interdépendants. « Nous remercions l’Iran qui nous aide à reconquérir nos terres et recouvrir nos droits face à l’agression israélo-américaine, malgré ses propres conflits majeurs. L’Iran œuvre à l’instauration d’un cessez-le-feu global au Liban, dans le cadre de l’arrêt des hostilités en Iran », a-t-il précisé. Or la tenue de pourparlers distincts confirme que ce n’est pas l’approche privilégiée par Israël et les États-Unis.
De nouvelles discussions politiques et sécuritaires sont prévues durant la semaine du 22 juin. Joseph Aoun s’est voulu optimiste en affirmant que le cessez-le-feu « pourrait être mis en œuvre dans les vingt-quatre heures qui suivront son approbation définitive ».
Selon des informations partagées par le quotidien libanais l’Orient-le Jour, Nabih Berry et le leader druze Walid Joumblatt souhaiteraient que le Liban et Israël finalisent une version actualisée de la convention d’armistice de 1949 négocié après la première guerre israélo-arabe de 1948 et qui prévoyait la fin des combats, l’établissement d’une ligne de cessez-le-feu et des mécanismes de surveillance pour éviter la reprise des combats. Tout sauf un accord de paix avec Israël, ou une normalisation sur le modèle des accords d’Abraham, que souhaiteraient Tel-Aviv et Washington.
Lina Sankari
L'Humanité du 04 juin 2026

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