Face à une quinzaine de manifestants pro-palestiniens, Andrius Kubilius, qui devait visiter le site de Thalès à Herstal, a dû faire machine arrière. Le ministre belge de la Défense, Theo Francken, a qualifié la manifestation de « terrorisme d’extrême gauche ».
À 100 kilomètres à peine de Bruxelles, les plans de la Commission européenne ne passent pas. Ce 5 juin, le commissaire chargé de la Défense, le Lituanien Andrius Kubilius, a dû faire demi-tour, arguant que sa sécurité n’était pas assurée… face à une quinzaine de militants pro-palestiniens, selon le quotidien wallon La Meuse. Peur du peuple ou du débat ? Le dirigeant devait visiter le site de Thalès à Herstal (province de Liège), entreprise spécialisée dans les systèmes de roquettes guidées, dont rien ne dit qu’ils n’achèvent pas leur parcours en Israël à l’issue de transferts indirects.
Le ministre belge de la Défense, Theo Francken, n’a pas tardé à qualifier la manifestation de « terrorisme d’extrême gauche », n’oubliant pas de donner un tour politique à l’affaire : il reproche au bourgmestre socialiste, Frédéric Daerden, de ne pas avoir mis en place les moyens policiers nécessaires. La ville rétorque avoir été informée de la visite mercredi soir. Trop tard pour déployer un dispositif adéquat, d’autant qu’elle craignait de voir davantage de manifestants se présenter sur place. Theo Francken exige une enquête.
70 tonnes de munitions et d’explosifs à destination d’Israël
Qu’on se rassure, la réunion avec les dirigeants de l’entreprise a bel et bien fini par se tenir au cœur du pouvoir, à Bruxelles. « Merci pour la montée en puissance du programme de missiles avec 10 millions d’euros… Un impact réel : lutter contre les drones et sauver des vies », s’est félicité Andrius Kubilius sur X après quelques sueurs froides vite épongées. Il sauve ainsi la face du plan ReArm Europe à 800 milliards d’euros qui a permis de lever l’austérité sur la guerre.
En 2024, le constructeur a intensifié sa production de roquettes à guidage laser sur son site d’Herstal, avec le soutien du gouvernement régional wallon aux mains de la droite. Mais les manifestants présents sur le site contestent l’efficacité du régime général des licences qui contrôle les ventes d’armes.
En mai 2024, l’exécutif wallon précédent, à dominante socialiste, avait adopté une interdiction de transit de matériel militaire à destination d’Israël avant que la mesure ne soit annulée par le Conseil d’État en 2025. Depuis, la droite au pouvoir s’est bien gardée de reformuler un cadre juridique clair et de formuler une interdiction spécifique à Israël. Depuis le 7 octobre 2023, 70 tonnes de munitions et d’explosifs auraient transité par l’aéroport de Liège vers Israël, selon Amnesty International.
Lina Sankari
L'Humanité du 07 juin 2026

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