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| Un drone de reconnaissance de l'armée de
l'air israélienne survole Dair El-Balah, au centre de la bande de Gaza,
le 14 juin 2024. © Ali Hamad apaimages/Imago/ABACAPRESS.COM |
Lorsqu’en 2006, pendant la guerre menée contre le Liban, Israël a utilisé des drones, le travail des journalistes a immanquablement changé. Là où, auparavant, nous nous déplacions en voiture avec un sigle « Presse », pour bien nous démarquer des combattants, notamment à l’approche de check-points, il devenait dès lors impossible de faire valoir notre qualité de média.
Au mois de juillet de cette année-là, tout mouvement au sud du fleuve Litani, surveillé en permanence (déjà) par ces engins pourtant moins performants qu’aujourd’hui, était prohibé. Leur bourdonnement que les Palestiniens, qui le subissent depuis le début des années 2000, appellent « zanana », n’est pas seulement obsédant. Les drones sont réellement porteurs de mort et ne font aucune différence. À Gaza, en 2014, un habitant résumait ainsi les choses : « Nous sommes comme de la viande au sol. »
Le drone, nerf de la guerre
Pour les reporters, la galère ne faisait que commencer, rendant plus difficile et dangereux l’exercice de leur métier. Ils sont d’ailleurs devenus la cible directe de ces engins, comme on l’a vu ces derniers mois avec la mort de plusieurs consœurs et confrères.
En 2019, lors d’un reportage dans le Nord-Est syrien, nous n’avons pas pu quitter la ville de Hassaké d’où nous voulions rejoindre des villages où des combats se déroulaient. Les drones lancés par l’armée turque frappaient tous ceux qui empruntaient la route. Dans ce domaine, la Turquie et Israël se sont toujours bien entendus. À tel point qu’Ankara, déjà connu pour sa répression des journalistes, est devenu expert en la matière.
Si le Moyen-Orient a été une zone d’expérimentation, tous les conflits dans le monde sont désormais régis par ces arsenaux de drones. En Ukraine, des pans entiers de territoire sont recouverts de filets de protection visant à masquer toute visibilité aux drones.
Le photojournaliste français Antoni Lallican, 37 ans, a ainsi été tué par une frappe russe, en octobre 2025. Kiev, qui n’est pas en reste, aurait produit 7 millions d’engins sans pilote l’an dernier. Résultat, de nombreuses zones ne sont plus couvertes par les médias. Ajoutez à cela la difficulté de délimiter les lignes de front, et vous aurez des espaces interdits de fait aux médias.
Un mot sur nos collègues palestiniens de Gaza. Plus de 200 d’entre eux ont été tués, très souvent par des drones. Bravant les dangers pour rendre compte du génocide en cours, ils ont été sciemment visés par l’armée israélienne, qui quadrille l’ensemble du territoire palestinien depuis le ciel. D’aéronefs espions, les drones sont devenus tueurs. Tueurs de civils, tueurs de journalistes, tueurs de la liberté de la presse. Pour que les crimes et les exactions se produisent sans témoins.
Pierre Barbancey
L'Humanité du 03 juin 2026

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