Des membres du Likoud et d’autres partis nationalistes de la Knesset ont violemment perturbé une conférence organisée dans l’enceinte parlementaire par des députés communistes du Hadash, consacrée au nettoyage ethnique des communautés palestiniennes, dont le seul but était de faire connaître aux Israéliens les crimes de l’occupation.
La Knesset n’a quasiment jamais été un lieu favorable aux défenseurs des droits des Palestiniens. En particulier, durant les quatre années de la coalition Netanyahou-Ben Gvir-Smotrich, elle a promu des lois d’annexion, alloué des fonds massifs aux colonies illégales et supervisé la campagne concomitante de nettoyage ethnique des communautés palestiniennes à travers toute la Cisjordanie. Mardi, un événement rare a remis en question cette tendance. Les députés du Hadash Aida Touma-Sliman et Ofer Cassif ont porté devant le Parlement un appel à protéger les Palestiniens et à combattre l’occupation, et non l’inverse.
Ces deux parlementaires communistes chevronnés ont organisé une conférence intitulée « Transfert en pratique : les communautés palestiniennes sous attaque », souhaitant mettre en lumière la symbiose entre la violence des colons et la politique de l’État en Cisjordanie occupée. Lors de l’ouverture de la conférence, Aida Touma-Sliman a déclaré que, si beaucoup reconnaissent la violence des « colons extrémistes », c’est en réalité l’occupation et la politique du gouvernement Netanyahou qui permettent à ces crimes d’être commis, et que tout cela est « indissociable ».
Une logique coloniale passée de l’apartheid au génocide
Parmi les autres intervenants qui ont mis en lumière les relations entre l’armée, les colons et le monde politique, figuraient des représentants de la société civile juive et arabe, des organisations et des défenseurs des droits humains, des juristes, des chefs religieux œuvrant pour la paix et des Palestiniens victimes d’attaques de colons, qui sont intervenus à distance.
La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation dans les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, a adressé un message vidéo à la conférence, déclarant que « la logique coloniale des colons est passée de l’apartheid au génocide » et que « chacun devrait être libre, égal devant la loi et avoir un accès égal à la justice ». Elle a également encouragé les militants politiques et sociaux israéliens à poursuivre leur combat, qualifiant leurs actions d’« importantes pour les Palestiniens et pour le monde ».
Mais la conférence a été perturbée par un groupe de députés fascistes, mené par deux vice-présidents de la Knesset, Nissim Vaturi et Limor Son Har-Melech, le président de la commission parlementaire, Ofir Katz, et un vice-ministre, membre du Likoud, Almog Cohen. Ils ont infiltré les lieux, harcelé les orateurs, proféré des insultes racistes vulgaires, vandalisé la salle, détruit les ordinateurs assurant la diffusion en ligne et commis presque tous les actes obscènes possibles afin de perturber le bon déroulement de l’événement.
Ce fut une démonstration brutale de hooliganisme et de barbarie, totalement légitimée par les propres forces de sécurité de la Knesset, comme le montrent les vidéos postées sur les réseaux sociaux, malgré l’obtention de toutes les autorisations nécessaires. En fin de compte, ces agissements ont imité les tactiques employées par les colons pour perturber les communautés palestiniennes.
Le chaos politique aux yeux de tous
Hadash a fermement condamné la Knesset à la suite de ces « violences politiques et de cette censure », avertissant que des actes d’agression et de sauvagerie similaires pourraient être perpétrés par des éléments fascistes de la société durant la période électorale à venir. Ses dirigeants considèrent toutefois la conférence comme un succès, non seulement parce qu’ils ont réussi à la maintenir malgré les provocations violentes, mais aussi parce que le chaos politique a permis de la faire connaître à un public plus large.
Comme l’a souligné Yousef Jabareen, nouveau chef de file du Hadash pour les prochaines élections parlementaires, « les crimes des occupations et des colonies ont été mis au jour aujourd’hui par les fascistes ». Le fait que le terrorisme des colons contre les communautés palestiniennes et les menaces auxquelles celles-ci sont confrontées dans toute la Cisjordanie aient pu bénéficier d’une place de choix à la Knesset constitue une victoire en soi.
Le député Ofer Cassif, dans une intervention marquée par son ton percutant et sans détour, a conclu que les forces fascistes, celles qui croient à la suprématie juive, craignent la vérité et cherchent à faire taire ceux qui la dénoncent. Des événements comme cette conférence contribuent à dévoiler progressivement cette vérité, jusqu’à ce que nul ne puisse plus ignorer l’horreur qu’elle dissimule.
Amnon Brownfield Stein
L'Humanité du 03 juin 2026

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