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| L'accord de la honte ! |
Israël et le Liban avaient à cœur d’empêcher l’Iran de revenir dans le jeu libanais, après que la République islamique a imposé, mi-juin, un cessez-le-feu au pays du Cèdre dans le cadre du protocole d’accord qu’elle a signé avec les Etats-Unis. Au terme d’une cinquième session de pourparlers directs, les deux pays ont signé, vendredi 26 juin, à Washington, sous l’égide des Etats-Unis, un accord-cadre qui pose, selon les mots du secrétaire d’Etat américain Marc Rubio, la première pierre d’« un cadre pour une paix et une sécurité durables », près de quatre mois après le début de la guerre entre l’Etat hébreu et le parti chiite Hezbollah, le 2 mars, qui a fait plus de 4 200 morts au Liban, en majorité des civils
L’accord-cadre trilatéral prévoit de confier aux Forces armées libanaises (FAL) le contrôle de deux « zones pilotes », l’une située au sud du fleuve Litani, la seconde au nord. L’armée israélienne se retirera de ces zones pour laisser aux FAL le soin de désarmer le Hezbollah et d’y démanteler ses infrastructures, avant la reconstruction et le retour des habitants. Ces « zones pilotes » ont vocation à se multiplier jusqu’à ce que l’armée libanaise ait repris le contrôle de l’ensemble des territoires occupés par l’armée israélienne dans le sud du Liban, situés dans une zone tampon d’une dizaine de kilomètres de profondeur. Ce processus graduel sera supervisé par un groupe de coordination militaire trilatéral pour le Liban.
Le rejet de cet accord-cadre par le Hezbollah, tenu à l’écart des négociations, et convaincu d’avoir remporté une victoire contre Israël avec son parrain iranien, constitue un obstacle sérieux, si ce n’est insurmontable, à sa mise en œuvre. Le texte fait du désarmement complet du parti chiite dans tout le Liban la condition du retrait israélien. Or, le parti de Dieu s’oppose à son désarmement et il conditionne son retrait du sud du fleuve Litani à la fin de l’occupation israélienne. Il accuse l’Etat libanais de pousser le pays à la guerre civile en cherchant à le désarmer par la force. L’occupation israélienne pourrait ainsi s’inscrire dans la durée, au risque de donner lieu à une reprise des combats avec le Hezbollah.
Risque de « guerre civile »
L’accord-cadre ne prévoit pas de retrait israélien total, a insisté le premier ministre Benyamin Nétanyahou dans un message vidéo. Il a répété que son armée resterait dans la zone de sécurité qu’elle occupe dans le sud du Liban jusqu’à ce que le Hezbollah soit désarmé. « Nous ne laissons pas entrer le Hezbollah et nous ne laissons pas non plus entrer la population civile », a-t-il ajouté. Un responsable israélien, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a précisé que l’armée israélienne conservera une totale liberté d’action militaire dans l’ensemble de la zone de sécurité pour éliminer les menaces de toute nature.
Si l’accord-cadre stipule que le gouvernement israélien ne nourrit « aucune ambition territoriale au Liban », l’exécutif libanais n’a pas obtenu, au terme de négociations décrites comme difficiles, la prise en compte de ses exigences, à savoir la mention d’un cessez-le-feu permanent et un calendrier clair pour le retrait israélien. Cet accord est un « premier pas » vers la restauration de la souveraineté du Liban, sans « occupation », « subordination », ni « tutelle », a assuré le président libanais, Joseph Aoun. « Nous jurons de poursuivre notre action jusqu’à ce que cet objectif soit pleinement atteint », a-t-il ajouté.
Le premier ministre libanais, Nawaf Salam, a, lui, tenu à rappeler, dans un message publié sur X, que les obligations incombant au Liban dans le cadre de cet accord-cadre – à savoir l’extension de l’autorité de l’Etat libanais, par le biais de ses forces armées, sur l’intégralité de son territoire –, « ne font que reprendre ce que les Libanais avaient déjà acté dans l’accord de Taëf, dont la mise en œuvre a été réaffirmée par la résolution 1701 du Conseil de sécurité [de l’ONU] », et qui a été réaffirmé dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu de 2024 et de la déclaration ministérielle du gouvernement.
Limiter l’influence du Hezbollah et de son parrain iranien au Liban est un objectif que partagent l’exécutif libanais et le gouvernement israélien. M. Nétanyahou a salué, vendredi, « une défaite stratégique pour l’Iran ». « L’Iran est écarté, le Hezbollah est écarté, et la voie vers la paix entre Israël et le Liban est ouverte », avait commenté son ambassadeur aux Etats-Unis, Yechiel Leiter, lors de la signature de l’accord-cadre. Cette « tentative d’entraver la voie d’Islamabad », c’est-à-dire le protocole d’accord signé le 17 juin entre l’Iran et les Etats-Unis, a été dénoncée par le Hezbollah. Le député Hassan Fadlallah a intimé aux Israéliens de ne « pas se réjouir trop vite de la soumission des autorités libanaises à leurs diktats humiliants ».
« Sans le Hezbollah, rien ne passera. (…) Nous bloquerons toute mesure prise par le gouvernement et nous resterons plus que jamais attachés à notre résistance et à nos armes », a ajouté le responsable du parti chiite. Il a prévenu que l’accord-cadre tripartite faisait courir un risque de « guerre civile » s’il était appliqué par les autorités libanaises. Comme pour confirmer cette menace, des partisans du parti sont descendus à moto dans les rues de Beyrouth à la nuit tombée, notamment dans les quartiers centraux proches du Parlement et le long d’une route menant à l’aéroport, et ont bloqué une route avec des pneus enflammés.
« Je suis favorable à la diplomatie, mais je crains que cet accord ne place le gouvernement libanais dans une position extrêmement difficile sans lui donner les moyens de réussir », a commenté sur X Dennis Citrinowicz, un expert israélien rattaché au cercle de réflexion Atlantic Council. Il estime peu probable que les FAL ou Israël parviennent à désarmer le Hezbollah dans un avenir proche, ce qui justifiera une présence militaire israélienne indéfinie. « Je crains que cet accord ne réduise les tensions à court terme sans pour autant créer les conditions d’un règlement politique durable. Le Hezbollah ne disparaît pas, les préoccupations sécuritaires d’Israël demeurent, et les frictions entre les deux parties risquent donc de perdurer », a-t-il ajouté.
« C’est le début du commencement. Il reste beaucoup de travail à accomplir. Nous ne sous-estimons en rien la difficulté de la tâche qui nous attend. Mais nous en comprenons l’importance », a reconnu le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio. Il a annoncé, dans un communiqué, une « aide humanitaire immédiate de 100 millions de dollars, en coordination avec les Nations unies », ainsi qu’un versement de « plus de 30 millions de dollars » aux Forces armées libanaises (FAL) pour renforcer leurs capacités.
Par Hélène Sallon
Le Monde du 27 juin 2026

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