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| Benyamin Nétanyahou et Donald Trump, à la résidence Mar-a-Lago, à Palm Beach (Floride, Etats-Unis), le 29 décembre 2025. ALEX BRANDON/AP |
Benyamin Nétanyahou est entré dans l’histoire d’Israël au titre du nombre inégalé de jours passés au poste de premier ministre. Il va y rester pour un autre legs : l’effritement sans précédent des relations entre son pays et les Etats-Unis.
Le 28 février, le chef de la droite nationaliste israélienne croyait toucher au but. L’attaque lancée conjointement avec les Etats-Unis contre l’Iran ne visait pas seulement le programme nucléaire poursuivi opiniâtrement par Téhéran, comme lors de la courte guerre de juin 2025. Après trois vagues d’assauts, à partir d’avril 2024, qui avaient ouvert le ciel iranien aux frappes israéliennes, Benyamin Nétanyahou espérait tourner définitivement une page de l’histoire du Moyen-Orient en enterrant sous les bombes le régime issu de la révolution islamique de 1979.
Ce régime constituait le dernier obstacle à l’instauration d’une pax hebraica à l’échelle de toute la région, plus de deux ans après les massacres du 7-Octobre, pour lesquels Benyamin Nétanyahou n’a jamais rendu le moindre compte en dépit du fiasco sécuritaire qui les avait rendus possibles. Dans son entreprise, il avait besoin d’un partenaire inébranlable à Washington. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche comblait ses vœux, même si son prédécesseur démocrate, Joe Biden, n’avait rien fait pour empêcher l’anéantissement de Gaza, ni la multiplication des frappes israéliennes au Liban, en Syrie ou en Iran.
Sur le tarmac de l’aéroport Ben-Gourion, à Tel-Aviv, le 2 février 2025, à la veille de sa première visite à la Maison Blanche après la prestation de serment du républicain, Benyamin Nétanyahou assurait que « [leurs] décisions et le courage de [leurs] soldats [avaient] redessiné la carte » du Moyen-Orient. « Je crois qu’en travaillant étroitement avec le président Trump, nous pouvons la redessiner encore plus loin et pour le meilleur », ajoutait-il.
Et pour cause. Le premier mandat de Donald Trump (2017-2021) avait été l’occasion d’un alignement presque complet des Etats-Unis sur les positions défendues par le premier ministre de l’Etat hébreu, de la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale unique d’Israël à celle de sa souveraineté sur le plateau syrien du Golan en passant par la normalisation des relations avec des Etats arabes, dont les Emirats arabes unis, sans la moindre ouverture sur le dossier palestinien. Benyamin Nétanyahou n’avait pu que se féliciter de la constance de Donald Trump.
Dérive illibérale
Il touchait alors les dividendes d’un investissement de longue haleine aux Etats-Unis, bâti sur sa parfaite connaissance des rouages de Washington et sur sa maîtrise inégalée des médias américains. Cet édifice est ébranlé depuis la conclusion de l’accord de paix entre le président des Etats-Unis et le régime iranien.
Le 28 février, dans une allocution solennelle annonçant le début de l’offensive contre Téhéran, le premier ministre israélien avait assuré le locataire de la Maison Blanche de sa « profonde gratitude », le présentant comme « l’un des plus grands amis d’Israël à la Maison Blanche de tous les temps ». « Ensemble, nous apportons une grande lumière à tous ceux qui sont animés par l’aspiration à la liberté humaine », avait-il dit.
En quelques semaines, ces phrases ont bien mal vieilli. La relation avec Washington sur laquelle reposait le pouvoir de Benyamin Nétanyahou s’est transformée en fardeau. Le partenariat entre les deux hommes s’est abîmé sur l’impasse stratégique produite par l’attaque contre l’Iran. Donald Trump a stigmatisé, par des termes de plus en plus cinglants, le jusqu’au-boutisme du premier ministre israélien au Liban, qui menaçait sa quête acharnée d’une porte de sortie. Le grand dessein géopolitique de Benyamin Nétanyahou, traduit notamment par une emprise territoriale accrue à Gaza, au pays du Cèdre et en Syrie, subit un brutal coup d’arrêt.
Compte tenu du cynisme qui constitue le carburant politique de Donald Trump, cette brouille n’est pourtant pas l’indicateur le plus significatif de la dégradation de l’image d’Israël aux Etats-Unis. Cette dernière est à trouver dans le renversement historique de l’opinion publique américaine, qui s’est détournée de l’Etat hébreu au fil des guerres sans fin de son premier ministre. Les racines de cette bascule sont anciennes. Elle remonte autant à la décision du chef de la droite nationaliste israélienne de venir défier Barack Obama devant le Congrès, en 2015, au beau milieu des négociations conduites par le président des Etats-Unis sur le nucléaire iranien, que dans l’éloignement progressif d’une partie de la diaspora juive américaine devant la dérive illibérale de Benyamin Nétanyahou.
Le choix défendu, en 2021, par un proche conseiller du premier ministre également familier des Etats-Unis, Ron Dermer, de privilégier la droite évangélique aux dépens d’un électorat juif très largement démocrate a accentué l’hémorragie. Mais l’effritement du soutien à Israël dépasse désormais le clivage politique traditionnel américain : il est devenu également générationnel et s’étend progressivement aux jeunes électeurs. Le principal lobby pro-israélien, l’American Israel Public Affairs Committee, autrefois incontournable, n’est pas épargné par ce désaveu.
L’isolement international d’Israël produit par les choix politiques de Benyamin Nétanyahou l’a conduit à vanter, en septembre 2025, un modèle autarcique de « super Sparte » qui concernerait la défense de l’Etat hébreu. Cette dernière reste très dépendante du soutien militaire des Etats-Unis, qu’aucun locataire de la Maison Blanche n’a remis en cause à ce jour. Mais si l’évolution de l’opinion publique aux Etats-Unis se confirme, le crépuscule politique du premier ministre israélien, qui s’apprête à affronter des élections anticipées dans une position peu enviable, pourrait s’accompagner de celui d’une relation exclusive longtemps considérée comme inaltérable.
Gilles Paris
Le Monde du 17 juin 26

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