La justice britannique a validé lundi 15 juin en appel l’interdiction du groupe Palestine Action, dont le classement comme organisation terroriste par le gouvernement en juillet 2025 a conduit à l’arrestation de plus de 3 000 de ses soutiens. La décision du ministère de l’Intérieur était « proportionnée » et « n’était pas illégale », a tranché la Cour d’appel. Le mouvement a réagi : « Nous ne cesserons pas de nous battre pour que cette interdiction soit levée, pour que l’on cesse d’utiliser la législation antiterroriste contre nous et, surtout, pour une Palestine libre »
Des soutiens de Palestine Action s’étaient regroupés devant la Royal courts of justice, lundi, l’ONU avait jugé « disproportionnée » l’interdiction du mouvement d’action directe engagé à mettre fin au soutien mondial au régime génocidaire et d’apartheid d’Israël, et des artistes comme le cinéaste Ken Loach ou la romancière Sally Rooney l’avaient dénoncée. Mais rien n’y a fait, le gouvernement britannique et sa politique répressive ont fini par gagner.
La Cour d’appel a validé lundi 15 juin l’interdiction de l’ONG qui avait été décidé par le ministère de l’Intérieur le 23 juin 2025. Son classement en « organisation terroriste » – au même titre qu’Al-Qaïda ou l’État islamique – a conduit à l’arrestation de plus de 3 000 de ses soutiens.
Si la juge Sue Carr, à la tête de la formation de la Cour d’appel a reconnu que cette interdiction et son classement sont « hautement controversés », elle a tranché que la décision du ministère de l’Intérieur était « proportionnée » et « n’était pas illégale ». « C’est une erreur fondamentale de négliger le fait que Palestine Action promeut ouvertement une violence illégale qui s’apparente au terrorisme », a-t-elle ajouté.
« Nous ne cesserons pas de nous battre »
Le 13 février dernier, en première instance, trois juges sous la direction de la présidente de la Cour du banc du roi (« King’s bench division ») Victoria Sharp, avaient pourtant pris la décision inverse : ils avaient jugé que l’interdiction du mouvement de soutien au peuple palestinien était disproportionnée. Selon les juges, « un très petit nombre d’activités de Palestine Action constituaient des actes de terrorisme au sens de l’article 1 de la loi de 2000 ». La ministre britannique de l’Intérieur, Shabana Mahmood, avait donc fait appel, invoquant la nécessité de « conserver la capacité d’agir pour protéger la sécurité nationale ».
Après cette décision de la Cour d’appel, l’une des fondatrices de Palestine Action Huda Ammori a rapidement réagi sur X : « Nous ne cesserons pas de nous battre pour que cette interdiction soit levée, pour que l’on cesse d’utiliser la législation antiterroriste contre nous et, surtout, pour une Palestine libre », a-t-elle écrit.
En une décision politique, la moindre affiliation ou soutien public au mouvement décolonial est devenue passible d’une lourde peine de prison – jusqu’à quatorze ans. L’interdiction de Palestine Action créé surtout un précédent, en étant la première d’un groupe de protestation qui prône l’action directe et la désobéissance civile, de manière non-violente.
Parmi les actions reprochées à l’association : « l’attaque odieuse perpétrée à Brize Norton, aux premières heures du vendredi 20 juin 2025, (qui) s’inscrit dans une longue série d’actes de vandalisme inacceptables commis par Palestine Action », selon le ministère de l’Intérieur britannique. En réalité, des jets de peinture rouge sur des avions de chasse britanniques, stationnés sur la base de la Royal Air force de Brize Norton. Les opérations de Palestine Action avaient notamment permis, en 2022, de pousser Elbit Systems – la plus grande entreprise d’armement israélienne – à vendre son usine d’armement située à Oldham (nord de l’Angleterre) et à quitter la région.
3 300 personnes arrêtées
Parmi les soutiens qui étaient devant le tribunal ce 15 juin, Mary Bartlam, une retraitée de 68 ans. Pour elle, les membres de Palestine Action « ont enfreint la loi en commettant des actes de vandalisme, mais les qualifier de terroristes constitue une violation flagrante des principes du droit et de la justice ». « Ce n’est pas le Hamas, ils ne devraient pas être classés dans la même catégorie », juge cette ancienne chercheuse dans le domaine de la santé.
La décision était particulièrement attendue par les centaines de personnes inculpées pour avoir affiché leur soutien à Palestine Action lors des nombreuses manifestations qui ont eu lieu à travers le Royaume-Uni après son interdiction. Au total, plus de 3 300 personnes ont été arrêtées – dont la militante suédoise Greta Thunberg en décembre – et des centaines d’autres ont été inculpées depuis juillet lors des nombreuses manifestations de soutien au groupe, selon l’association Defend Our Juries qui les organise. L’AFP a rencontré certaines d’entre elles, parmi lesquelles des retraités, des étudiants ou encore une femme médecin.
Le 11 avril, la police a arrêté plus de 500 manifestants rassemblés à Trafalgar Square à Londres pour demander la levée de l’interdiction. Ils arboraient la pancarte « Je m’oppose au génocide, je soutiens Palestine Action ».
Vendredi encore, les forces de l’ordre ont interpellé 125 personnes qui protestaient devant le tribunal où comparaissaient quatre militants poursuivis pour les dégradations sur l’usine d’Elbit Systems. Les militants ont été condamnés à des peines allant de 5 à 7 ans d’emprisonnement pour cette action considérée comme « terroriste » par le juge.
Depuis l’interdiction, toute expression de soutien à Palestine Action est passible de peines allant jusqu’à six mois de prison, tandis que l’appartenance au groupe ou l’organisation d’événements de soutien peut entraîner jusqu’à 14 ans d’emprisonnement.
L'Humanité du 15 juin 2026

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