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| Derrière les « fuites » insistant sur une
dégradation de leur relation, Trump n’a pas empêché Netanyahou d’ouvrir
un nouveau front au Liban. © Mehmet Eser/ZUMA-REA |
Donald Trump et Benyamin Netanyahou forment-ils un nouveau duo d’acteurs ? Le premier ministre israélien s’est longtemps présenté à son opinion publique comme un homme particulièrement habile avec l’hôte de la Maison-Blanche, capable de gagner et de conserver son soutien. Chaque jour apporte pourtant son lot de surprises, masquant les véritables desseins des deux hommes.
La semaine dernière, une conversation téléphonique qualifiée de « houleuse » par différents médias se serait ainsi déroulée, au cours de laquelle Donald Trump aurait qualifié Benyamin Netanyahou de « fou à lier ».
Le média Axios a révélé l’existence de cet appel le 1er juin, indiquant que le président états-unien avait vivement interpellé le premier ministre israélien au sujet des menaces de Tel-Aviv de reprendre les frappes aériennes sur la banlieue sud de Beyrouth. « Tout le monde vous déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça », aurait-il déclaré.
Donald Trump aurait ainsi demandé à Benyamin Netanyahou de ne pas cibler la capitale libanaise après que l’Iran a averti que les frappes israéliennes sur le pays du Cèdre compromettaient les négociations visant à mettre fin à la guerre, qui a débuté par des attaques conjointes américano-israéliennes. Au très conservateur New York Post, il confiait qu’il était « un peu perturbé » par les attaques incessantes de Netanyahou contre le Liban. À la suite de leur appel, il a même déclaré qu’Israël et le Hezbollah avaient convenu de cesser les hostilités.
« On nous force en quelque sorte à arrêter », soutenait le sondeur israélien Mitchell Barak, cité par l’agence Reuters. « Nous n’avons plus notre mot à dire. » L’affaire était donc grave. Si grave que, ce week-end, l’armée israélienne s’est déchaînée sur le sud du Liban et sur Beyrouth, censée être protégée par la parole de la Maison-Blanche.
La paix dans une impasse
Un nouvel accord de cessez-le-feu avait été annoncé mercredi 3 juin à l’issue d’une quatrième session de négociations entre le Liban et Israël à Washington, la trêve en vigueur à partir du 17 avril n’ayant jamais été respectée. Cet accord, rejeté par le Hezbollah, non impliqué dans les discussions, prévoit un cessez-le-feu conditionné à un « arrêt complet » des tirs du mouvement chiite, tout en permettant une poursuite des tirs et opérations de l’armée israélienne dans le sud du Liban !
Une entente surprenante entre Beyrouth et Tel-Aviv, puisque l’armée libanaise, visée à plusieurs reprises par les Israéliens, est incapable de répliquer, confinée notamment par les États-Unis dans le seul rôle de sécurité intérieure, c’est-à-dire une neutralisation du Hezbollah.
En réalité, les États-Unis et Israël, qui avaient déclenché conjointement la guerre contre l’Iran en février, se répartissent les rôles et les tâches. Samedi, les raids israéliens contre la ville de Saksakiyeh, dans le district de Saïda, ont tué deux Libanaises et fait 22 blessés, alors que trois militaires libanais sont morts, leur véhicule ayant été ciblé.
Ce même jour, les forces américaines ont frappé des sites radars côtiers iraniens après avoir abattu des drones lancés par Téhéran vers le détroit d’Ormuz. Le commandement central américain a déclaré sur X que les États-Unis avaient ensuite frappé les sites de surveillance iraniens à Goruk et sur l’île de Qeshm, tous deux situés dans le détroit d’Ormuz.
Téhéran exige que tout accord avec Washington englobe la fin des hostilités sur le sol libanais entre Israël et le Hezbollah, tandis que les États-Unis voudraient traiter les deux dossiers séparément. Ce qui explique le pas de deux de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou, sur fond de fausses divergences.
Cela permet au premier de se présenter auprès des électeurs américains comme cherchant à sortir de la guerre à l’approche des élections de mi-mandat, en novembre, alors que le second, à l’inverse, qui doit affronter les électeurs au mois d’octobre, veut renforcer sa position en se présentant comme un intraitable guerrier.
Nadav Strauchler, ancien conseiller de Netanyahou, a affirmé que le premier ministre israélien comptait sur le soutien de Trump lors de l’élection. « La manière dont la guerre (avec l’Iran et le Hezbollah) se terminera affectera plus que tout le résultat des élections. » Le même Strauchler a révélé que la perception d’un désaccord avec Trump était exagérée et que les deux dirigeants semblaient toujours alignés sur la plupart des questions majeures. C’est bien ce que montrent les bombardements menés simultanément par les États-Unis et Israël, contre l’Iran et contre le Liban. Sans surprise.
Pierre Barbancey
L'Humanité du 07 juin 26

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