Au Liban, l’armée israélienne capture la Forteresse de Beaufort et s’avance toujours plus au nord

 

L’armée israélienne a capturé la forteresse de Beaufort, au sud du Liban, le 31 mai 2026.
© DF/Handout via Xinhua/ABACAPRESS.COM
L’armée israélienne a pris le contrôle de la forteresse de Beaufort ce dimanche et étend son contrôle sur le sud du pays. Plusieurs civils ont été tués par des bombardements. La France a demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU.
Israël veut conquérir la terre libanaise, plus personne ne peut le nier. Ce dimanche 31 mai, l’armée israélienne a annexé la forteresse de Beaufort, au sud-est de Nabatieh et au nord du plateau du Golan occupé. Ce château en ruines, perché sur un rocher en hauteur et utilisé comme base par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) dans les années 1980, avait déjà été contrôlé par Israël après l’invasion du Liban de 1982, jusqu’en 2000.
Et lorsque à la mi-avril 2026, l’administration de Benyamin Netanyahou établit arbitrairement une « ligne jaune » au Liban, cela comprend cet avant-poste médiéval. Et correspond peu ou prou aux frontières rêvées de « Eretz Israël », la notion religieuse qui motive les suprémacistes à coloniser toujours plus avant.

Plus de 3000 morts
Le premier ministre israélien s’est félicité, via un communiqué, de cette annexion après des heures de combat contre le Hezbollah : « Ce soir, nos héros combattants ont pris le contrôle de l’avant-poste de Beaufort. Ils y ont fièrement hissé le drapeau de l’État d’Israël. »
Dans son habituel langage guerrier, le nationaliste s’est félicité de ce « changement radical dans la politique que nous menons », et a « ordonné à Tsahal (l’armée censée être défensive d’Israël – NDLR) d’étendre la manœuvre au Liban. Nos forces ont franchi le Litani. Elles se sont emparées des territoires contrôlés. Et maintenant, mon ordre est de consolider et d’étendre notre emprise sur les zones qui étaient sous le contrôle du Hezbollah ». Comme le Hamas est utilisé pour perpétrer son génocide à Gaza, Tel-Aviv justifie ses attaques sur le Liban du Sud par la lutte contre les « terroristes du Hezbollah ».
« Cela prendra du temps, mais nous rétablirons la sécurité pour les habitants du Nord, comme nous l’avons fait pour ceux du Sud », ose Benyamin Netanyahou. Depuis le mois de mars, après la guerre lancée en Iran conjointement avec les États-Unis, Israël a tué plus de 3 371 personnes et en a blessé plus de 10 000 au Liban, selon le ministère de la Santé. Plusieurs centaines de milliers de familles sont toujours sans abri après avoir fui le sud du pays, où Israël détruit méthodiquement toute trace de vie.
Et les bombardements continuent. Ce dimanche, l’armée israélienne a encore visé Tyr, sur la côte, et les petites villes avoisinantes telles que Zrariyeh, au nord de l’ancienne cité phénicienne. « L’ennemi israélien a lancé un raid dans les environs de l’hôpital Hiram, dans la ville de Tyr, blessant 13 membres du personnel hospitalier et causant de graves dégâts qui s’ajoutent à ceux déjà infligés à l’hôpital », a déploré le gouvernement libanais.
En retour, le Hezbollah a lancé des roquettes dans les régions d’Haïfa et Nahariya, en affirmant avoir visé des infrastructures de l’armée israélienne. Du côté du gouvernement, le premier ministre Nawaf Salam a parlé samedi lors d’une allocution télévisée d’une « politique de la terre brûlée et de punition collective » menée par Israël dans son pays, et dénoncé avec le président Joseph Aoun « les pratiques condamnables d’Israël » et la « poursuite des bombardements et de la destruction au bulldozer des habitations et des sites historiques ».

La France demande une réunion d’urgence à l’ONU
À l’international, l’indignation est également de mise. Dimanche après-midi sur le plateau de BFMTV, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a déclaré avoir demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies. « Rien ne peut justifier la prolongation des opérations militaires israéliennes au Liban », a-t-il affirmé en citant les viols du cessez-le-feu du 17 avril et du droit international, sans oublier de préciser qu’Israël avait le droit de se défendre contre le Hezbollah, « qui, le 2 mars dernier, a choisi d’entraîner le Liban dans la guerre ».
Le 28 mai, le Quai d’Orsay réaffirmait son « refus d’une occupation durable du Liban du Sud par Israël, avec une interdiction du retour des populations déplacées ou d’une vaste destruction des villages frontaliers », affirmant que « cette présence est contre-productive à terme pour la sécurité d’Israël et pour la souveraineté et la sécurité du Liban ».
Alors que sur le plan régional, le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran demeure fragile en l’absence d’accord pérenne, Tel-Aviv ne compte pas déposer les armes. « La campagne n’est pas encore terminée », a prévenu le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Les négociations entre les deux pays, menées par l’intermédiaire des États-Unis, n’ont pas débouché sur un cessez-le-feu effectif lors de la dernière réunion, vendredi au Pentagone. La capitale américaine doit accueillir une nouvelle discussion mardi 2 et mercredi 3 juin.

Axel Nodinot
L'Humanité du 31 mai 2026

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